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Le blog de Bernard SARLANDIE

Dans lequel il n'est pas question de Fillon.

2 Février 2017, 13:58pm

Publié par Bernardoc

Extrait d'un article de Julien BALDASSARRA, publié sur le site du « Réseau sortir du nucléaire ».

L’industrie nucléaire communique avec discrétion. Quand elle s’adresse au plus grand nombre, c’est au prix d’un travail de mise en forme soigné. Petit tour d’horizon des éléments de langage et des biais, qui permettent au lobby de l’atome de mieux nous vendre son électricité, ses centrales...et ses déchets.

Clips joyeux, brochures à l’attention des enfants, visites virtuelles interactives, vidéos Youtube ludiques...avec des dizaines de millions d’euros investis chaque année en marketing, l’industrie nucléaire réinvente constamment ses formats pour communiquer.

Mais ce renouvellement des formats s’accompagne d’une constance dans l’élaboration d’éléments de langage méticuleusement choisis. Par la délimitation d’un panel de mots autorisés, les acteurs de la filière nucléaire disposent de puissants leviers pour masquer les dangers et les coûts liés à l’exploitation des matières fissiles.

La stratégie de communication d’Areva passe par un effort linguistique qui sélectionne une série de mots et d’expressions. Par la production d’éléments de langage qui fonctionnent comme autant d’outils capables de masquer les points négatifs de l’énergie atomique, l’utilisation ou au contraire l’évacuation de certains mots participe déjà en-soi au travail de publicité. Sur le site internet d’Areva, on peut recenser un panel de mots-clés :

  • indépendance énergétique (la totalité des minerais exploités par Areva pour confectionner ses combustibles nucléaires provient de pays étrangers).

  • énergie compétitive, énergie économique, énergie bon marché (qualifiée de « fuite en avant » par la Cour des Comptes, la gestion d’Areva a été épinglée à plusieurs reprises. La dette d’Areva et celle d’EDF culminent à plus de 49 milliards d’euros. De plus, les bilans annuels ne comptent pas les coûts de fonctionnement liés au stockage des déchets sur le long terme : si pour chaque conteneur vitrifié entreposé, les comptes intégraient sa gestion sur plusieurs dizaines de milliers d’années, la facture serait plus salée qu’elle ne l’est déjà).

Ce champ sémantique autorisé participe à l’élaboration d’une stratégie marketing très largement axée sur le greenwashing. Cet « écoblanchiment » vise à donner à Areva l’image d’une entreprise à l’activité écologiquement soutenable et éthiquement responsable. Ainsi, Areva n’hésite pas à comparer le coût environnemental de son activité à celui du pétrole ou du charbon. L’argument préféré des partisans de l’atome revient comme un mantra : le nucléaire est une énergie propre car il ne rejette pas de CO2 dans l’atmosphère. Aussi discutable soit-il, cet argument est déployé par Areva en une déclinaison de termes-clés qui reviennent systématiquement et qui sont très connotés écologiquement :

  • tri sélectif

  • recyclage

  • énergie recyclable

  • cycle

  • retraitement

  • énergie propre

  • gestion responsable

  • faiblement émettrice de CO2

  • respect de l’environnement

  • contrôle de l’environnement

  • gestion maîtrisée

  • développement durable

  • réduction de l’empreinte écologique

  • engagement zéro impact

  • zéro rejet

Sur son site internet, Areva n’hésite pas à utiliser le pictogramme du recyclage. À l’inverse, on ne trouve jamais sur le site le terme « enfouissement » ou « enterré ». On préfèrera des expressions euphémisantes comme « conditionner les déchets sous une forme convenable » ou « stockage géologique ». Pour qualifier les déchets, on parlera de « combustibles usés », « entreposés en colis ».

À côté des affiches léchées aux slogans bien calibrés, des encarts dans la presse écrite et des spots publicitaires en pixel art décrivant un monde idéal, les communicants combinent désormais les campagnes traditionnelles avec une nouvelle forme de communication en apparence plus neutre. Kits pédagogiques à l’attention des enfants, visites virtuelles interactives, spots vidéos ludiques : le maître-mot est désormais l’explication et la transparence.

Ainsi, si on part du principe que le public hostile au nucléaire l’est par un déficit d’information, le meilleur moyen de faire tomber ses défenses et de lui proposer un dispositif qui joue sur la transparence et l’explication.

Et ce n'est pas fini...

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