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Le blog de Bernard SARLANDIE

En métropole, la précarité des étudiants ultramarins

8 Novembre 2022, 12:23pm

Publié par Bernardoc

par  Denis Peiron in La Croix du 8 novembre 2022

 

Encore une lutte à mener pour la dignité.

C’est avec émotion mais sans surprise qu’Anne-Claire a découvert sur Internet la vidéo, devenue virale, dans laquelle Maëlle, élève de Sciences Po, alerte, en pleurs, sur ses difficultés financières. Comme elle, cette étudiante en psycho à l’université de Montpellier a 20 ans et vient de La Réunion. Comme elle, Anne-Claire sait ce que« vivre avec 100 € par mois » signifie. « C’était le montant de ma bourse, l’an dernier. Depuis que ma petite sœur étudie aussi, il est passé à 180 €. Mais cela ne suffit toujours pas à payer ma chambre de cité U, même après déduction de l’aide personnalisée au logement. »

Avec un seul salaire, les parents d’Anne-Claire apportent tant bien que mal le complément. Mais il suffit d’un imprévu pour que la situation devienne critique. Comme lorsque la jeune fille s’est fait voler sa carte bancaire. « Pendant des semaines, j’ai dû recourir à des paniers alimentaires », confie l’étudiante.

Ces paniers, c’est Solidarité DOM-TOM qui les distribue. « Après le Covid, la fréquentation de notre épicerie solidaire a triplé », observe le directeur Jean-Marie Bargot. Les étudiants ultramarins ne sont pas les seuls à y acheter pour 5 € de quoi se nourrir une ou deux semaines. Mais c’est à eux que s’adressent les autres activités de cette association presque trentenaire, comme les ateliers cuisine ou couture, « avec confection de coffrets destinés à ceux, nombreux, qui ne fêteront pas Noël en famille » (1).

Précarité et isolement vont souvent de pair, comme le montre l’exemple d’Ansufiddine, originaire de Mayotte, venue à ­Bordeaux étudier les langues. Sa bourse s’élève à 500 € par mois. « Mais en cité U, j’ai trouvé seulement un lit, une table, une chaise. J’ai donc dû investir dans de la vaisselle et un four micro-ondes. » Venant d’une île où les températures ne tombent jamais sous les 20 °C, Ansufiddine doit aussi refaire sa garde-robe… Des dépenses qui l’amènent à refuser des sorties au resto ou au ciné. Et qui conduisent d’autres étudiants « à sauter un repas par jour », déplore Alaouiya Mabhane, présidente de l’association Mayotte Gironde.

« Les étudiants ultramarins connaissent des difficultés identiques à celles des autres étudiants français, auxquelles s’ajoutent des problématiques semblables à celles des étudiants internationaux », analyse Loïc Iscayes, président du réseau Jeunesse outre-mer. Un exemple ? « De peur de se retrouver impuissants en cas de loyers impayés, certains bailleurs hésitent à louer si le garant réside à 10 000 kilomètres. »Plus ou moins grand, le décalage culturel est souvent renforcé par des remarques déplacées sinon malveillantes, prolonge, « sans verser dans la victimisation », Kévin Padelo, président de Martinique Ambition jeunes. « À mon inscription en DUT, j’ai eu beau répéter que j’étais français, la secrétaire m’a réclamé avec insistance un titre de séjour ! »

Son association propose aux étudiants ultramarins une prise de contact avant même qu’ils ne partent pour la métropole. L’accompagnement qu’elle leur propose ensuite inclut aussi, le cas échéant, un suivi par des psychologues bénévoles. « En plus du dépaysement, ces jeunes ressentent souvent une forte pression. Car ils savent que leur famille, dans un contexte social tendu, consent des sacrifices pour financer leurs études. » Visionnée sept millions de fois, la vidéo de Maëlle aura aidé à prendre conscience des conditions d’études des Ultramarins en métropole. Un sujet qui s’invite dans les concertations en cours sur la vie étudiante, avec en ligne de mire une refonte des bourses. « Des dispositifs spécifiques existent déjà, fait néanmoins valoir le ministère de l’enseignement supérieur. Des seuils inférieurs s’appliquent pour le calcul des bourses des Ultramarins. Et parce qu’ils ne peuvent pas toujours rentrer dans leur famille l’été, ces étudiants bénéficient de douze mois de bourse au lieu de dix. »

De mon temps, on pouvait s'appuyer sur l'Unef, mais qu'est-elle devenue ?

Et ce n'est pas fini...

 

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