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Le blog de Bernard SARLANDIE

Mon discours du 11 novembre.

12 Novembre 2014, 09:33am

Publié par Bernardoc

Chers Amis, chers Camarades,

 

         J'ai été pendant six ans élu du Haillan, et à chaque célébration du 11 novembre, j'avais sous les yeux le monument aux morts avec cette inscription, sous le coq qui chapeaute la stèle : Le Haillan à ses fils vainqueurs. Je disais toujours à mes collègues qu'il y avait un autre hommage place Jean JAURES, mais je n'ai pas réussi à motiver quiconque pour venir, avec nous, réclamer la réhabilitation de ces fantômes de la République, les fusillés pour l'exemple. « Ses fils vainqueurs », tu parles ! 900 morts par jour pendant quatre ans, plus du tiers des jeunes gens entre 19 et 22 ans décimés, 600 000 veuves et autant d'orphelins, et bien sûr les 639, chiffre officiel du gouvernement, martyrs.  

         L'an dernier j'intervenais pour la première fois au nom de l'Union Pacifiste de France pour cette cérémonie. Et j'avais terminé mon discours en espérant que ce soit la dernière. En effet,  le ministre des Anciens combattants, Kader Arif, avait annoncé le 16 avril précédent, à Craonne, dans l’Aisne, qu’il avait demandé un rapport avant la fin du mois de juillet pour avancer dans le processus de réhabilitation des fusillés pour l’exemple de la « Grande » Guerre. Qu'est-ce que j'étais naïf ! Ce n’était pourtant pas une promesse électorale, non, simplement une promesse gouvernementale. Imaginer que nos gouvernants allaient marcher sur les traces de Jaurès, qui écrivait dans son dernier papier, paru dans L'Humanité le 31 juillet 1914, c'est à dire le jour de son assassinat : « Le plus grand danger à l'heure actuelle...est dans l'énervement qui gagne, dans l'inquiétude qui se propage, dans les impulsions subites qui naissent de la peur, de l'incertitude aigüe, de l'anxiété prolongée. A ces paniques folles les foules peuvent céder et il n'est pas sûr que les gouvernements n'y cèdent pas. » Eh bien, cent ans plus tard, notre Président va-t-en guerre y a cédé et continue de refuser le geste humaniste et républicain que serait la réhabilitation.

         Parmi les fondateurs de l'UPF, il y avait Robert JOSPIN, le père de l'autre ; mais bon sang a pu mentir et la décision tant attendue n’ pas été prise par son fils au moment où il l’aurait pu.

         Les quelques réhabilitations qui ont lieu se font au compte-gouttes, alors que la République réclame une loi pour la réhabilitation collective de ces « véritables pionniers d'un monde sans guerre » comme disait Einstein.

         Un écrivain français, Jean GIONO, a survécu à la grande guerre, mais dans quel état ? Voici ce qu'il en dit : « Je ne peux pas oublier la guerre. Je le voudrais. Je passe des fois deux jours ou trois sans y penser et brusquement je la revois, je la sens, je l'entends, je la subis encore. Et j'ai peur. » Pourtant il ajoute : « Je suis sûr de n'avoir tué personne. J'ai fait toutes les attaques sans fusil ou bien avec un fusil inutilisable. (…) Je n'ai pas honte, mais, à bien considérer ce que je faisais, c'était une lâcheté. J'avais l'air d'accepter. Je n'avais pas le courage de dire : « Je ne pars pas à l'attaque. » Je n'ai pas eu le courage de déserter. Je n'ai qu'une seule excuse : c'est que j'étais jeune. »

         Il faut dire qu'on fusillait de partout : dans la Marne, dans la Meurthe-et- Moselle, dans l'Aisne...Lorsque Pétain a remplacé Nivelle à Craonne après la perte de plus de 30 000 hommes, son premier geste fut de faire fusiller pour l'exemple 43 hommes supplémentaires.

         Un siècle après, on ne parle plus de ministère de la guerre, mais de la « défense » ; là aussi, on joue sur les mots car on n'ose assumer. On ferait mieux de parler de « ministère de l'attaque », ce serait plus conforme à sa fonction.

         Je ne crois pas, hélas, que cette cérémonie soit la dernière, mais je continuerai de venir chaque année jusqu'à l'obtention de la réhabilitation collective. D’autres pays l’ont fait : la Nouvelle – Zélande en 2 000, le Canada en 2001, le Royaume – Uni en 2006. Rien ne justifie la honteuse position des autorités françaises qui, avec un siècle de retard, refusent la réhabilitation de ceux qui ont été fusillés et qui ne se sont pas déshonorés. Circonstance aggravante, le gouvernement Valls ne reconnaît même pas que les généraux français ont été coupables de crimes contre les poilus.

 

         Vivent les déserteurs !

         Honneur aux fusillés pour l'exemple !

         A bas toutes les armées !

         Et n’oublions pas ce couplet rarement chanté de L’Internationale :

Les rois nous saoulaient de fumée,

Paix entre nous, guerre aux tyrans ;

Appliquons la grève aux armées,

Crosse en l’air et rompons les rangs.

S’ils s’obstinent ces cannibales

A faire de nous des héros,

Ils sauront bientôt que nos balles

Sont pour nos propres généraux.

https://plus.google.com/photos/112734244000396611033/albums/6080508963358096673?authkey=CLro1uDv3LLP4QE

Et ce n’est pas fini…

 

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H
Merci pour votre article, de tout coeur avec vous
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M
Je suis "ami Facebook" avec un Monsieur plus que respectable et respecté, très engagé dans cette lutte de la réhabilitation des fusillés pour l'exemple.<br /> Oui, c'est sur, sans vouloir en rajouter, en voila un bel exemple historique !<br /> <br /> Monsieur Eric VIOT anime régulièrement des conférences sur les fusillés afin de présenter les hommes mais aussi sa position pour une réhabilitation collective.<br /> Je vous engage à visiter sa page facebook dont je vous mets ci-dessous le lien et il me semblerait important que la commune qui nous concerne prenne une bonne décision dans ce sens.<br /> <br /> Très cordialement à toutes et à tous.<br /> <br /> https://www.facebook.com/eric.viot.3?fref=pb&hc_location=friends_tab&pnref=friends.all
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