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Le blog de Bernard SARLANDIE

Femme noire

20 Mars 2024, 09:35am

Publié par Bernardoc

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au cœur de l’Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fait lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémit aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.

Léopold Sédar Senghor, Chants d'ombre

 

Et ce n'est pas fini...

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Mistral gagnant.

19 Mars 2024, 11:57am

Publié par Bernardoc

À m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Et regarder les gens tant qu'y en a
Te parler du bon temps qu'est mort ou qui r'viendra
En serrant dans ma main tes p'tits doigts
Pi donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups d'pied pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures
Te raconter un peu comment j'étais, minot
Les bonbecs fabuleux qu'on piquait chez l'marchand
Car-en-sac et Mintho caramels à un franc
Et les Mistral gagnants

À marcher sous la pluie cinq minutes avec toi

Et regarder la vie tant qu'y en a
Te raconter la terre en te bouffant des yeux
Te parler de ta mère un p'tit peu
Et sauter dans les flaques pour la faire râler
Bousiller nos godasses et s'marrer
Et entendre ton rire comme on entend la mer
S'arrêter, repartir en arrière
Te raconter surtout les carambars d'antan et les coco-boers
Et les vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres et nous niquaient les dents
Et les Mistral gagnants

À m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi
Regarder le soleil qui s'en va
Te parler du bon temps qu'est mort et je m'en fous
Te dire que les méchants c'est pas nous

Que si moi je suis barge ce n'est que de tes yeux
Car ils ont l'avantage d'être deux
Et entendre ton rire s'envoler aussi haut
Que s'envolent les cris des oiseaux
Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie et l'aimer même si
Le temps est assassin et emporte avec lui
Les rires des enfants et les Mistral gagnants

Et les Mistral gagnants

 

Renaud

Et ce n'est pas fini...

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Chanson de grand-père

18 Mars 2024, 16:49pm

Publié par Bernardoc

Dansez, les petites filles,
Toutes en rond.
En vous voyant si gentilles,
Les bois riront.

Dansez, les petites reines,
Toutes en rond.
Les amoureux sous les frênes
S'embrasseront.

Dansez, les petites folles,
Toutes en rond.
Les bouquins dans les écoles
Bougonneront.

Dansez, les petites belles,
Toutes en rond.
Les oiseaux avec leurs ailes
Applaudiront.

Dansez, les petites fées,
Toutes en rond.
Dansez, de bleuets coiffées,
L'aurore au front.

Dansez, les petites femmes,
Toutes en rond.
Les messieurs diront aux dames
Ce qu'ils voudront.


 

Victor HUGO,
L'art d'être grand-père

Et ce n'est pas fini...

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Coloris

17 Mars 2024, 18:40pm

Publié par Bernardoc

En teintes folles, en demi-tons,
dans la lumière qui resplendit,
tes cheveux sont couleur de miel
et tes yeux sont couleur de ciel
tes lèvres sont couleur de vie
et sur ta peau d’un blond roussi
le soleil a fait un semis
de mille jolies taches de son.


 

Esther GRANEK, Portraits et chansons sans retouches, 1976

Et ce n'est pas fini...

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Notre nid

16 Mars 2024, 10:04am

Publié par Bernardoc

A Madelaine F.

Un jardin tout planté de poiriers en plein vent,
Auxquels depuis trente ans le pinson est fidèle,
Une blanche maison où revient l’hirondelle,
Voilà le nid heureux que je rêve souvent.

Un bouquet de sureaux au parfum énervant,
Par les midis en feu, servirait de tonnelle ;
J’aurais un banc très court pour être plus près d’Elle
Et mieux sentir son doux regard noir me couvant.

Puis des murs tapissés de ronces et de treilles,
Des carrés tout remplis de fèves et de pois,
Dont les fleurs à ta joue, ô chère ! sont pareilles.

Là, nous apporterions un livre quelquefois,
Je te lirais mes vers au bruit de nos abeilles,
Et tu t’endormirais doucement à ma voix.


 

François FABIE, La Poésie des Bêtes, 1886

Et ce n'est pas fini...


 

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Le matin

15 Mars 2024, 10:53am

Publié par Bernardoc

Et la première est d’un matin
Dit tout en bleu, dit tout en blanc,
Et la première est d’un matin
Ici pour le commencement,

De paix d’abord, cloches sonnant,
Et Flandre étant – Vive la Rose –
Douce à chacun à sa façon,
Suivant son bien, suivant ses choses.

Or Mai mettant les fleurs en cause,
Et la première est d’un matin,
Or Mai mettant les fleurs en cause,
Et la première est d’un jardin,

Voici qu’il sent le romarin,
Et qu’on dirait – Vive la Vie –
Voici qu’il sent le romarin,
Et qu’on dirait qu’on se marie,

Et la première est d’un matin
Ainsi de paix et d’ornement,
Avec du pain, avec du vin,
Ici pour le commencement.


 

Max ELSKAMP

Et ce n'est pas fini...

 

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Le bonheur d’aimer

14 Mars 2024, 16:58pm

Publié par Bernardoc

Il est auprès de moi, sa main presse ma main,
Sa bouche s’embellit du plus charmant sourire,
Son teint s’anime, je soupire,
Sa tête mollement vient tomber sur mon sein ;
Là je respire son haleine,
Son haleine en parfum plus douce que la fleur.

De ses bras l’amoureuse chaîne
Rapproche mon cœur de son cœur ;
Bientôt nos baisers se confondent,
Ils sont purs comme nos amours :
Nous demeurons sans voix ;
Seuls nos yeux se répondent ;
Ils se disent tout bas :
Toujours, toujours, toujours !

Adélaïde DUFRENOY, Élégies et poésies diverses (1813)

Et ce n'est pas fini...

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A l’intérieur de mon jardin

13 Mars 2024, 14:45pm

Publié par Bernardoc

Parmi le vert
et la floraison
de toutes les plantes les plus belles
je flâne.
Je délibère ici
Je rêve par là.
L’heure s’arrête
ou plutôt s’étend pleinement,
se déplie et s’amplifie.

Ces tournoiements et ondulations soudaines
de brises d’été,
envoient tous les parfums
dans l’air chaud.
Contempler une feuille
ou le motif sur le mur
créés par des branches les plus près.

Ces têtes-là de fleurs dansantes
exposent délicatement
toute leur gloire.

Quelle simplicité à se perdre.
Et quelle aisance à respirer
doucement.
Et quelle aisance
à avoir des pensées profondes.

Chloé DOUGLAS, 1995

Et ce n'est pas fini...

 

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Pétales bleus de la rose de l’aube

12 Mars 2024, 16:54pm

Publié par Bernardoc

Pétales bleus de la rose de l’aube
acceptez les agissements de ma plume.
Si je cours si tôt, ce n’est pas pour vous remuer.
Apollon me tire de vos cotés, mais ne me donne guère de leçons.

Quand j’aurai fini, nous irons ensemble
sur les collines, au-dessus de la mer
où le vent d’automne caressera nos visages baignés de lumière.

C’est là-bas, pièce par pièce
que nous regarderons ce puzzle.
Et quand les bateaux quitteront le port,
nous partirons, nous aussi,
par le chemin de la falaise que nous connaissons si bien.

Mais maintenant, ma fleur, patience, dormez…

Jules DELAVIGNE, 1999

Et ce n'est pas fini...

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La petite marchande de fleurs

11 Mars 2024, 14:02pm

Publié par Bernardoc

Le soleil froid donnait un ton rose au grésil,
Et le ciel de novembre avait des airs d’avril,
Nous voulions profiter de la belle gelée.
Moi chaudement vêtu, toi bien emmitouflée
Sous le manteau, sous la voilette et sous les gants,
Nous franchissions, parmi les couples élégants,
La porte de la blanche et joyeuse avenue,
Quand soudain jusqu’à nous une enfant presque nue
Et livide, tenant des fleurettes en main,
Accourut, se frayant à la hâte un chemin
Entre les beaux habits et les riches toilettes,
Nous offrir un bouquet de violettes.
Elle avait deviné que nous étions heureux
Sans doute, et s’était dit : “ ils seront généreux ”.
Elle nous proposa ses fleurs d’une voix douce,
En souriant avec ce sourire qui tousse,
Et c’était monstrueux, cette enfant de sept ans
Qui mourait de l’hiver en offrant le printemps.
Ses pauvres petits doigts étaient pleins d’engelures.
Moi, je sentais le fin parfum de tes fourrures,
Je voyais ton cou rose et blanc sous la fanchon,
Et je touchais ta main chaude dans ton manchon.
Nous fîmes notre offrande, amie, et nous passâmes ;
Mais la gaîté s’était envolée, et nos âmes
Gardèrent jusqu’au soir un souvenir amer.
Mignonne, nous ferons l’aumône cet hiver.

François COPPEE, Intimités

Et ce n'est pas fini...

 

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