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Le blog de Bernard SARLANDIE

A Julie

21 Mars 2021, 09:19am

Publié par Bernardoc

On me demande, par les rues,
Pourquoi je vais bayant aux grues,
Fumant mon cigare au soleil,
A quoi se passe ma jeunesse,
Et depuis trois ans de paresse
Ce qu’ont fait mes nuits sans sommeil.

Donne-moi tes lèvres, Julie ;
Les folles nuits qui t’ont pâlie
Ont séché leur corail luisant.
Parfume-les de ton haleine ;
Donne-les-moi, mon Africaine,
Tes belles lèvres de pur sang.

Mon imprimeur crie à tue-tête
Que sa machine est toujours prête,
Et que la mienne n’en peut mais.
D’honnêtes gens, qu’un club admire,
N’ont pas dédaigné de prédire
Que je n’en reviendrai jamais.

Julie, as-tu du vin d’Espagne ?
Hier, nous battions la campagne ;
Va donc voir s’il en reste encor.
Ta bouche est brûlante, Julie ;
Inventons donc quelque folie
Qui nous perde l’âme et le corps.

On dit que ma gourme me rentre,
Que je n’ai plus rien dans le ventre,
Que je suis vide à faire peur ;
Je crois, si j’en valais la peine,
Qu’on m’enverrait à Sainte-Hélène,
Avec un cancer dans le coeur.

Allons, Julie, il faut t’attendre
A me voir quelque jour en cendre,
Comme Hercule sur son rocher.
Puisque c’est par toi que j’expire,
Ouvre ta robe, Déjanire,
Que je monte sur mon bûcher.

Alfred de MUSSET

Et ce n'est pas fini...

 

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Étoiles de mes nuits

20 Mars 2021, 07:55am

Publié par Bernardoc

Par un matin laiteux où j’errais en maraude
Une femme inconnue a surgi du brouillard
En passant tout près d’elle, j’ai croisé son regard
Deux gemmes de saphir aux reflets d’émeraude

Bordées de longs cils noirs qui formaient un écrin
A des prunelles ardentes où brûlaient les paillettes
D’un or gris plus brillant que les mille facettes
D’un diamant ciselé par un outil divin

Dans un instant secret, cet éclair de lumière
A enflammé ma vie, morose et routinière
Me sortant pour toujours de ce mortel ennui

Depuis, dans le visage des ombres fugitives
Je cherche ces yeux pers, dont mon âme est captive
Et je les vois parfois, dans le ciel de mes nuits

Antoine LIVIC, Chants d’écume suivi de Fleurs fanées, 2017

Et ce n'est pas fini...

 

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A une robe rose

19 Mars 2021, 09:14am

Publié par Bernardoc

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !

Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un coeur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.

De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.

D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?

Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?

Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.

Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.

Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.

Théophile GAUTIER, La comédie de la mort

Et ce n'est pas fini...

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L’attente

18 Mars 2021, 09:24am

Publié par Bernardoc

Je languis pour toi, mon amour, c’est trop !
De fabuleuses touches, doigts doux au piano,
Sur tout l’instrument, hanté de frissons,
Voix veloutées, soupires profonds,
A un cheveu près avec mes défauts,
Je te sens me caresser sous la peau.

Encore des frissons puisque tu me manques,
Un manque de rappels physiques pour l’instant,
Jusqu’au jour, oui, retour dans mes bras, joie !
Sublime mais tranquille et active de toute foi.

Chloé DOUGLAS, 2015

Et ce n'est pas fini...

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La Mémoire

17 Mars 2021, 11:28am

Publié par Bernardoc

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?
Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr’ouverte qui rende
L’incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l’antilope errant sous le taillis humide
N’a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie,
O faculté sublime à l’égal du génie,
Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois ! »

François COPPEE, L’Exilée (1877)

Et ce n'est pas fini...

 

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A une passante

16 Mars 2021, 08:00am

Publié par Bernardoc

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Charles BAUDELAIRE

Et ce n'est pas fini...

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L’infâme adultère

15 Mars 2021, 10:00am

Publié par Bernardoc

Regards furtifs aux lueurs incandescentes
Caractère fautif et allure indécente
Sourires entendus et palabres bues
Promesse du fruit si peu défendu

L’infâme adultère ne dit jamais non
A l’homme délétère qui ne dit pas son nom

Investissant sur le pêché capital
Le bénéfice de l’amour marital
Spéculant sur les courbes boursières
Telle une chatte en mal de litière

Voluptueuse et enivrante imminence
Du jour promis à la jouissance
Expédiant le dîner qui précède
Au profit de l’idée qui l’obsède

L’infâme adultère ne dit jamais non
A l’homme délétère qui ne dit pas son nom

S’abandonnant sous des postures orpheline
Aux bons auspices de la gent masculine
Dans l’espoir qu’un monde meilleur
Illuminera son immonde laideur

A la liberté trop vite rendue
Par un amant dont la trace est perdue
Poursuivant sans répit son insatiable quête
A l’affut patiemment comme le ferait une bête

L’infâme adultère ne dit jamais non
A l’homme délétère qui ne dit pas son nom

Elie AYACHE

Et ce n'est pas fini...

 

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Désir

14 Mars 2021, 10:53am

Publié par Bernardoc

Mon désir est la région qui est devant moi
Derrière les lignes boches
Mon désir est aussi derrière moi
Après la zone des armées

Mon désir c’est la butte du Mesnil
Mon désir est là sur quoi je tire
De mon désir qui est au-delà de la zone des armées
Je n’en parle pas aujourd’hui mais j’y pense

Butte du Mesnil je t’imagine en vain
Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs d’eux
Trop enfoncés sous terre déjà enterrés

Ca ta clac des coups qui meurent en s’éloignant

En y veillant tard dans la nuit
Le Decauville qui toussote
La tôle ondulée sous la pluie
Et sous la pluie ma bourguignotte

Entends la terre véhémente
Vois les lueurs avant d’entendre les coups
Et tel obus siffler de la démence
Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût

Je désire
Te serrer dans ma main Main de Massiges
Si décharnée sur la carte

Le boyau Goethe où j’ai tiré
J’ai tiré même sur le boyau Nietzsche
Décidément je ne respecte aucune gloire
Nuit violente et violette et sombre et pleine d’or par moments
Nuits des hommes seulement

Nuit du 24 septembre
Demain l’assaut
Nuit violente ô nuit dont l’épouvantable cri profond devenait
plus intense de minute en minute
Nuit qui criait comme une femme qui accouche
Nuit des hommes seulement

Guillaume APOLLINAIRE, Calligrammes

Et ce n'est pas fini...

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Endymion

13 Mars 2021, 09:42am

Publié par Bernardoc

Endymion s’endort sur le mont solitaire,
Lui que Phœbé la nuit visite avec mystère,
Qu’elle adore en secret, un enfant, un pasteur.
Il est timide et fier, il est discret comme elle ;
Un charme grave au choix d’une amante immortelle
A désigné son front rêveur.

C’est lui qu’elle cherchait sur la vaste bruyère
Quand, sortant du nuage où tremblait sa lumière,
Elle jetait au loin un regard calme et pur,
Quand elle abandonnait jusqu’à son dernier voile,
Tandis qu’à ses côtés une pensive étoile
Scintillait dans l’éther obscur.

Phœbé ! le vallon, les bois et la colline
Dorment enveloppés dans ta pâleur divine ;
A peine au pied des monts flotte un léger brouillard.
Si l’air a des soupirs, ils ne sont point sensibles ;
Le lac dans le lointain berce ses eaux paisibles
Qui s’argentent sous ton regard.

Non, ton amour n’a pas cette ardeur qui consume.
Si quelquefois, le soir, quand ton flambeau s’allume.
Ton amant te contemple avant de s’endormir.
Nul éclat qui l’aveugle, aucun feu qui l’embrase ;
Rien ne trouble sa paix ni son heureuse extase ;
Tu l’éclaires sans l’éblouir.

Tu n’as pour le baiser que ton rayon timide,
Qui vers lui mollement glisse dans l’air humide,
Et sur sa lèvre pâle expire sans témoin.
Jamais le beau pasteur, objet de ta tendresse,
Ne te rendra, Phœbé, ta furtive caresse.
Qu’il reçoit, mais qu’il ne sent point.

Il va dormir ainsi sous la voûte étoilée
Jusqu’à l’heure où la nuit, frissonnante et voilée.
Disparaîtra des cieux t’entraînant sur ses pas.
Peut-être en s’éveillant te verra-t-il encore
Qui, t’effaçant devant les rougeurs de l’aurore,
Dans ta fuite lui souriras.

Louise ACKERMANN, Premières Poésies, 1871

Et ce n'est pas fini...

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Pour l'égalité devant l'impôt.

12 Mars 2021, 09:38am

Publié par Bernardoc

 Face à la crise, il va falloir augmenter les taxes foncières » disent les maires. Je crains le pire.

Entre 2019 et 2020, l'augmentation a été de 1,3% (rappelons que le taux de l'inflation sur lequel le Smic est censé être indexé était de 0,9%). Et comme je suis « riche », je continue de payer la taxe d'habitation qui, elle, n'a augmenté « que » de 0,7%.

Je suis bien sûr consentant à l'impôt, fidèle à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789, et c'est pour cela que je m'interroge sur l'inégalité des contributions décidée par ce gouvernement. La suppression de l'ISF, l'augmentation de plus de 20% de la CSG pour les vieux, les cadeaux faits sans contrepartie aux entreprises ne peuvent qu'augmenter la fracture sociale.

C'est pour cela que les personnels hospitaliers ou d'aide à domicile, les enseignants, les retraités attendent toujours la revalorisation promise. « Quoi qu'il en coûte » qu'il disait. Ben oui, mais il faut prendre l'argent là où il est (cf. mon billet d'hier).

Et ce n'est pas fini...

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