François-Noël BUFFET proposé au poste de Défenseur des droits : pourquoi ça coince ?
In L’Opinion du 8 juillet 2026
Emmanuel MACRON a proposé de nommer le sénateur LR au poste de Défenseur des droits pour succéder à Claire HEDON. Mais ses positions passées contre le mariage homosexuel ou la PMA crispent la gauche et le monde associatif.
Les réactions pleuvent après le communiqué publié mardi 7 juillet en fin de journée par l’Elysée annonçant qu’Emmanuel MACRON proposait de nommer le sénateur François-Noël BUFFET (Les Républicains) au poste de Défenseur des droits. De nombreux élus de gauche et représentants d’associations protestent contre cette hypothèse en raison de certains avis portés par l’ancien ministre.
« Les positions de François-Noël BUFFET sont incompatibles avec le rôle de Défenseur des droits », soutenait dès le mois de mai et l’apparition des premières rumeurs un collectif constitué de la CGT, du syndicat Solidaires, de la FSU et de plusieurs collectifs de défense des droits des femmes dont Osez le féminisme.
Une pétition lancée il y a un mois a recueilli plus de 108 000 signatures dont celles de chercheurs et présidents d’associations. Elle ne mentionne pas directement le sénateur mais appelle à « une nomination à la hauteur des responsabilités immenses confiées à cette autorité administrative » qui existe depuis 2011.
Ses contempteurs reprochent à l’élu du Rhône, âgé de 62 ans et sénateur depuis 2001, d’avoir soutenu la Manif pour tous en 2013 et de s’être opposé à la légalisation du mariage homosexuel. Plus récemment, dénoncent encore les associations, François-Noël BUFFET a voté en 2021 contre l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes. Il s’est enfin abstenu lors de la constitutionnalisation de l’IVG en 2024, pourtant soutenue par la majorité du groupe LR au Palais du Luxembourg (79 voix pour sur 132 membres).
« Le Défenseur des droits a deux missions : défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés et permettre l’égalité de toutes et tous, poursuivent les organisations à l’origine du communiqué déjà mentionné. Par cette possible nomination, le message envoyé est catastrophique, dangereux et inacceptable. »
L’avis des ONG et associations hostiles à cette nomination est partagé par des élus de gauche. « En Macronie, on peut être nommé Défenseur des droits tout en étant LGBTphobe, xénophobe, sexiste et en soutenant des positions liberticides », s’est insurgée sur X l’eurodéputée insoumise Manon AUBRY. « Cette nomination a tout d’un oxymore, considère quant à lui Aurélien ROUSSEAU, ancien ministre macroniste devenu député Place publique. Il va falloir que Monsieur Buffet soit très clair sur sa détermination à défendre des droits qu’il a souvent combattus. »
Au-delà de son avis sur les questions de genre et d’égalité entre les femmes et les hommes, celui qui fut maire d’Oullins, en banlieue lyonnaise, s’est aussi prononcé pour diminuer ou réformer l’Aide médicale d’État. Un point qui ne passe pas auprès des organisations humanitaires qui défendent notamment les droits des immigrés.
Son profil tranche avec celui de sa prédécesseure, Claire HEDON, dont le mandat de six ans prend fin en juillet. Celle-ci avait été présidente de l’ONG ATD-Quart monde en parallèle d’une carrière de journaliste. Dès son arrivée au poste de Défenseure des droits, en 2020, elle s’était opposée publiquement à la loi dite « sécurité globale », dont l’article sanctionnant la diffusion d’images montrant des policiers avait provoqué une polémique. Un texte auquel avait contribué François-Noël BUFFET, alors président de la commission des lois du Sénat.
Le parlementaire affiche aussi à son CV deux courts passages au gouvernement. Le premier au ministère des Outre-mer, fin 2024, sous la houlette du Premier ministre Michel BARNIER. Le second en tant que ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur Bruno RETAILLEAU, de décembre 2024 à août 2025, alors que François BAYROU était à Matignon.
Si l’hypothèse qu’un élu de droite soit intronisé Défenseur des droits dénote, un précédent existe. Figure du RPR puis de l’UMP, Jacques TOUBON avait lui aussi été accueilli froidement à sa nomination en 2014. Mais son opposition à la déchéance de nationalité pour les binationaux inculpés dans des affaires de terrorisme ou encore à l’usage des LBD par la police avait finalement convaincu les associations amenées à collaborer avec lui.
Sur TF1, le président du Sénat Gérard LARCHER a défendu François-Noël BUFFET, évoquant « un homme très attaché à l’État de droit », qui « a toutes les qualités pour exercer cette fonction ». Pour être effective, sa nomination doit encore être approuvée par les commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat. L’ex-ministre sera auditionné le 21 juillet au Palais du Luxembourg et le 25 au Palais-Bourbon.
Et ce n’est pas fini...