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Le blog de Bernard SARLANDIE

Bête à bon dieu

29 Mars 2026, 00:30am

Publié par Bernardoc

Vibrer quand je frôle cette taule
Ne plus la voir comme une idole
Conserver mon self contrôle
Arracher cet antivol

Courir dans les étoiles
Prendre mon envol
Sortir les voiles
Quelle drôle de bestiole

Fonctionnelle au mouvement perpétuel
Essentielle à ma pensée obsessionnelle
Croire en cette mécanique éternelle
Au volant de ma coccinelle

Ethan STREET, 2008

Et ce n’est pas fini...

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Enivrance

28 Mars 2026, 10:57am

Publié par Bernardoc

Enivre-toi de tes envies
Hurle jusqu’à la délivrance
Ris à en perdre la tête
Pleure de tes émotions
Déchire-toi de tes cicatrices
Vole à travers tes rêves
Regarde l’allégresse du monde
Vibre au-delà des horizons,
Écoute parler la pluie,
Vois ce que disent les nuages,
Goûte la saveur du soleil,
Bois l’eau de la source,
Vole à travers le vent,
Touche l’érosion de la terre,
Marche entre les instants d’un devenir.
Tu peux dormir les yeux ouverts,
Incrédule ou docile.
Tu peux nier ou décider de voir
Irrésistiblement la vie.

Laetitia SIOEN, 2021

Et ce n’est pas fini...

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Hirondelle

27 Mars 2026, 09:08am

Publié par Bernardoc

Étanché de sa soif, évidé de racines,
Escortant le soleil et son arc rougissant,
L’oiseau palpe le temps d’une palme de vent
Puis griffonne sa chair aux fusains des marines.

Son plumage émargé d’un regard sans rétine,
Glisse sa peau de miel et son teint de réglisse
Entre les plis fardés d’un ciel crû où blanchissent
La mousse des marais et les pins à résines.

Il fige le plaisir au bout de ses deux ailes,
Brise le roc des flots, et d’un stylet de glace,
Tranche la soie du jour d’une ganse rebelle.

Lors, son vol passe le Nil, les lacs et les terres
Où déjà meurt l’orient sur les hautes terrasses,
Pour suivre un lourd radeau dont les voiles s’enferrent.

Francis Etienne SICARD, Odalisques, 1995

Et ce n’est pas fini...

 

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Au Cabaret Vert, cinq heures du soir

26 Mars 2026, 10:39am

Publié par Bernardoc

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
– Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Arthur RIMBAUD, Cahier de Douai

Et ce n’est pas fini...

 

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Épitaphe pour un lièvre

25 Mars 2026, 09:59am

Publié par Bernardoc

Au temps où les buissons flambent de fleurs vermeilles,
Quand déjà le bout noir de mes longues oreilles
Se voyait par-dessus les seigles encor verts
Dont je broutais les brins en jouant au travers,
Un jour que, fatigué, je dormais dans mon gîte,
La petite Margot me surprit. Je m’agite,
Je veux fuir. Mais j’étais si faible, si craintif!
Elle me tint dans ses deux bras : je fus captif.
Certes elle m’aimait bien, la gentille maîtresse.
Quelle bonté pour moi, que de soins, de tendresse !
Comme elle me prenait sur ses petits genoux
Et me baisait! Combien ses baisers m’étaient doux !
Je me rappelle encor la mignonne cachette
Qu’elle m’avait bâtie auprès de sa couchette,
Pleine d’herbes, de fleurs, de soleil, de printemps,
Pour me faire oublier les champs, les libres champs.
Mais quoi! l’herbe coupée, est-ce donc l’herbe fraîche ?
Mieux vaut l’épine au bois que les fleurs dans la crèche.
Mieux vaut l’indépendance et l’incessant péril
Que l’esclavage avec un éternel avril.
Le vague souvenir de ma première vie
M’obsédant, je sentais je ne sais quelle envie ;
J’étais triste ; et malgré Margot et sa bonté
Je suis mort dans ses bras, faute de liberté.

Jean RICHEPIN, La chanson des gueux, 1881

Et ce n’est pas fini...

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Antipodes

24 Mars 2026, 11:43am

Publié par Bernardoc

Atteintes antipodes et vous îles lointaines
Dans mes rêves d’enfant jetées loin devant moi,
Rêveuses vahinés, glaciers profonds, forêts hautaines,
M’y voici homme fait, l’avenir derrière moi.

Je m’étais figuré de fabuleux domaines
Peuples d’animaux fous où les riants émois
D’heureux peuples oubliés au fond de leurs Edens
Volaient au gré des vents ondoyant leurs trémois.

J’ai vu des terres marines, patries de peuples braves
Travaillant au milieu des geysers et des laves
Libres des continents qui les ont exilés

Mes rêves en vieillissant plus vrais sont devenus
Et plus libres, et mon âme qui les voit défiler
Retient l’amer plaisir d’abolir l’inconnu.

Christian MEGRELIS, 2008

Et ce n’est pas fini...

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Alabama des chiens

23 Mars 2026, 11:10am

Publié par Bernardoc

il y avait l’homme Blanc
il y avait l’homme Noir
il y a maintenant les Chiens
les chiens aboyant dans Alabama…

quelque part dans Birmingham des enfants ne chantent plus
les blues de la faim de la faim de vivre enfin
Birmingham est une prison une nuit de portes de fer
rabattues sur des corps noirs comme un verrou de braise
Birmingham est lieu de mort la lèpre noire est déclarée
rentrez madame vos toutous et vos caniches
les molosses vont sauter aux poignets et mordre dans les jambes
déchirer les dos baver contre les ventres laver la ville
ternir les miroirs nègres jusqu’à l’image de peur…

et pourtant dans ces miroirs leurs yeux du souvenir
pas très loin dans autrefois vivait Mindanao
brûlait Guadalcanal flambait Tassafong
en ce temps là le sang fuyait également
la peau roussissait également
l’abîme s’ouvrait également
en ce temps là un seul et même doigt
libérait le chien des fusils…

Amérique quelque chose rôde autour de toi
pétri du sang de peau et de vertige
des blues se préparent qui seront alléluias
Amérique ne force pas la naissance d’un Chaka
n’appelle pas d’étranges sortilèges
car les nègres Amérique les nègres vont sortir…

Edouard J. MAUNICK

Et ce n’est pas fini...

 

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J’aime la solitude

22 Mars 2026, 09:08am

Publié par Bernardoc

J’aime la solitude
Quand les mots se voilent
Quand le silence chérit le murmure des étoiles

J’aime la solitude
Quand elle m’enveloppe de sa tendresse
L’esprit libéré des dictatures de la sagesse

J’aime la solitude
Elle seule connaît la vérité
Aux haillons de fortune, je préfère la nudité

J’aime la solitude
Mère de renaissance
Cousine de l’abandon néanmoins sœur de résilience

J’aime la solitude
Quand elle m’absout de l’œil humain
Et m’épargne le supplice des molles poignées de main

J’aime la solitude
Elle renforce mon armure
Quand l’amour haineux use de fers souillés

J’aime la solitude
Celle du voyageur
Seul…
Mais dont le sourire inonde le monde entier

Jérôme MATIN, 2021

Et ce n’est pas fini...

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Gavroche du crayon

21 Mars 2026, 11:53am

Publié par Bernardoc

A Cabu

Il est mort, le rieur, les doigts pleins d’encre
Gavroche du crayon, espiègle diablotin
Qui croquait la bêtise de sa plume épicée.
Son regard, lampion contre l’obscurantisme
S’est éteint ce matin. Ravivons la lumière
Nulle voix ne va jamais se taire
Face à la barbarie encagoulée.
Debout les vivants !
Aucune peur ne musellera nos paroles :
Sans bâillon ni camisole,
Par un cri accordé à nos gorges éraillées
D’une seule et même voix clamons :
Le rire vole plus haut que les plombs !
Rions, rions de l’ignorance crasse
Des fanatismes de tout poil.
Poètes, affûtons nos crayons
Osons être plus audacieux en créant
Ce rien et ce tout qui se nourrit d’âme
Et qui fait vivre intensément.

Michelle GRENIER

Et ce n’est pas fini...

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Far-niente

20 Mars 2026, 08:47am

Publié par Bernardoc

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

Théophile GAUTIER, Premières Poésies

Et ce n’est pas fini...

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