« Il n’est pas possible de revivre un tel été »
In Le Parisien du 3 septembre 2026 (extraits)
La CGT ne veut pas que le sujet du travail par fortes chaleurs soit remis au placard jusqu’à la prochaine canicule. Car c’est une préoccupation majeure des salariés si l’on en croit une enquête réalisée par le syndicat entre le 4 juillet et le 31 août à partir d’un questionnaire élaboré par des statisticiens CGT de la Dares et de la Dress avec 11 315 répondants.
Ces épisodes de fortes chaleurs du printemps et de l’été ont ainsi été pénibles voire insupportables pour 85,6 % des répondants, quasiment autant ressentant une fatigue importante et 25,1 % déclarant avoir eu peur pour leur santé. « Le plus impressionnant, c’est l’impact dans la durée sur les travailleurs, constate Sophie BINET, secrétaire générale de la CGT. Puisqu’une semaine après la canicule, 62,2 % déclarent qu’ils étaient davantage fatigués que d’habitude et 22,5 % expliquent même qu’ils n’avaient pas récupéré et qu’ils étaient épuisés. »
Si la plupart avouent avoir levé le pied pour se préserver, 10 % des répondants déclarent avoir assisté ou été victime d’un malaise causé par les fortes chaleurs. « Dans notre recensement militant, nous déplorons une vingtaine de morts liés à la canicule mais beaucoup sont invisibilisés, déplore Sophie BINET. Certains font un malaise au travail mais meurent chez eux. Combien, parmi les 7 300 morts en excès cet été estimés par Santé publique France, sont dus au travail sous des fortes chaleurs ? Nous avons demandé ce chiffre aux autorités et j’espère qu’on l’aura rapidement. »
Car ce que les répondants à l’enquête déplorent en premier lieu, c’est le manque d’adaptation face à la situation : 80,3 % ont eu le sentiment, au moins en partie, qu’on leur demandait de travailler « comme si de rien n’était ». Un salarié sur trois explique même que son employeur n’a mis en place aucune mesure particulière en termes d’organisation du temps de travail (horaires aménagés, repos…) et un sur cinq déplore qu’aucune mesure de protection (mise à disposition d’eau, informations, climatisation, vêtements de travail adaptés…) n’ait été prise.
De quoi faire bouillir Sophie BINET qui regrette que les leçons de la canicule de 2003, moins intenses que les épisodes à répétition de 2026, n’aient pas été tirées. Certes, un décret de mai 2025 renforce les obligations de l’employeur pour protéger les salariés contre les épisodes de chaleur intense (trois litres d’eau par salarié et par jour, rafraîchissement des locaux, aménagement des horaires…).
Mais pour la CGT, c’est notoirement insuffisant. « C’est indispensable d’avoir des seuils objectifs au-delà desquels soit on est obligé d’adapter drastiquement le travail soit, si on ne peut pas, on est obligé d’arrêter l’activité. Ce qui est choquant, c’est lorsque plus de 70 départements étaient en vigilance rouge en juin, seulement 7 arrêtés préfectoraux, essentiellement en Île-de-France, ont été pris pour interdire le travail après 12 heures ! »
Une impréparation dénoncée par la secrétaire générale de la CGT. « On a tiré la sonnette d’alarme dès le mois de juin et on nous a répondu : Circulez, il n’y a rien à voir, on se revoit à l’automne. Le ministre du Travail ouvre des concertations en septembre, elles doivent déboucher sur une révision du Code du travail. »
Avec, selon la CGT, un seuil de température au-delà duquel des mesures strictes doivent être prises, des sanctions pour les employeurs qui ne font pas de prévention et des mesures immédiates que pourraient prendre les inspecteurs du travail comme l’arrêt sur le champ du travail en cas de danger.
« Il y a aussi des mesures qui doivent être inscrites dans le prochain budget notamment un plan d’isolation et de climatisation des bâtiments qui accueillent des personnes vulnérables : les hôpitaux, les Ehpad, les crèches… », ajoute la secrétaire générale de la CGT.
Elle était d’ailleurs présente, aux côtés du ministre du Travail mercredi et jeudi, pour un voyage d’études organisé par Jean-Pierre FARANDOU sur les solutions mises en place par les Espagnols pour assurer la continuité de la vie économique sous de fortes chaleurs. « Il n’est pas possible de revivre un été de l’enfer comme on vient de le vivre, prévient-elle. Et c’est maintenant qu’on doit le préparer. »
Et ce n’est pas fini...