Le bénévolat, une activité à mieux valoriser
Intéressante tribune collective dans Les Echos du 26 août 2022
L'activité contributive désigne l'ensemble de nos engagements personnels et de nos tâches quotidiennes dans la sphère familiale, dans notre voisinage, dans notre territoire. Elle intègre également le travail gratuit opéré pour soutenir les proches qui sont travailleurs indépendants, ou encore l'activité professionnelle non solvable, effectuée dans des domaines comme l'art, l'éducation ou l'agriculture.
L'activité contributive, c'est aussi bien évidemment le bénévolat, le volontariat et la participation à des communs (donner du temps à une coopérative, au conseil syndical de son immeuble, etc.). L'activité contributive, c'est ce qui rompt l'isolement social, crée du lien, inclut l'autre dans sa fragilité ou sa différence. C'est l'invisible condition d'efficacité de notre système de soins et de protection sociale. C'est elle qui nourrit, entre les citoyens, les relations choisies et réciproques. Elle qui apporte la médiation et l'entraide pour constituer le socle de la concorde et de la fraternité. Elle qui donne accès aux biens et aux services essentiels autrement que par l'achat et la marchandisation. Pour ceux qui sont privés d'emploi ou à la retraite, l'activité contributive est ce qui permet d'exister, de sentir qu'on appartient. Elle est incontournable pour vivre ensemble, produire l'économie et « faire société ».
C'est grâce à elle que l'on peut passer de la notion de « pouvoir d'achat », étroite et monétaire, à celle autrement plus riche de « pouvoir de vivre », au sens plein du terme.
Nous en voulons pour preuve deux chiffres issus de l'étude que « L'initiative contributive » vient de publier : l'activité contributive nous occupe en moyenne trois jours par semaine (soit l'équivalent de 87 % du temps que nous consacrons au travail) et l'effort qu'elle requiert vaut autant que 68 % du PIB (1.557 milliards d'euros). Deux exemples : les entreprises du sport ne pourraient pas réaliser leurs 78 milliards de chiffre d'affaires sans l'apport contributif de 11 milliards d'euros. Et que dire des 130 milliards de la silver économie à côté des 266 milliards de l'effort des aidants ?
Mais l'activité contributive, c'est aussi parfois une charge insurmontable. Rappelons le chiffre : elle nous occupe trois jours par semaine en moyenne. Tout le monde n'arrive pas à faire face à cette charge. La non-reconnaissance, l'invisibilité de l'activité contributive, sa dissociation de tout dispositif de protection, de reconnaissance ou de rétribution sont des défaillances qui assignent un nombre immense de nos concitoyens à l'inexistence ou à la difficulté, parfois à l'amertume et à l'indignation. Et on sait les risques encourus par une société où le ressentiment s'épanche.
Au vu de l'importance des chiffres de cette activité, ne faut-il pas s'interroger sur son invisibilité ? Il est temps que les partenaires sociaux et les politiques intègrent dans leurs champs d'intérêt le soutien à l'activité contributive et les droits des contributeurs. La réussite des transitions en cours et à venir en dépend. Les contributeurs du quotidien sont des créateurs de valeur, reconnaissons-les comme tels.
Et ce n'est pas fini...