Il faut soutenir une police démocratique
In Le Monde du 5 juillet 2024
La sociologue Laurence Proteau et le secrétaire général de la CGT-Intérieur-Police, Anthony Caillé , alertent contre le risque d’une instrumentalisation politique de la police par l’extrême droite
Nous refusons que l’institution policière – qui est un service public nécessaire dans une démocratie – soit instrumentalisée au profit de pouvoirs autoritaires et d’idéologies mortifères portées par une extrême droite héritière directe d’une idéologie raciste, fasciste et réactionnaire.Si demain ces pouvoirs ont autorité, la police comme institution démocratique au service des citoyennes et des citoyens sera portée disparue, ce qui aura de terribles conséquences sur l’exercice de nos libertés.
Il faut donc absolument soutenir une police démocratique et respectueuse des libertés privées et publiques. En effet, les amalgames et les caricatures qui construisent une figure repoussoir d’une police que l’on peut montrer du doigt, conspuer, rejeter d’un bloc ne sont pas un projet politique. Cette affirmation pourra sembler provocatrice tant on assimile police et violence, mais c’est une nécessité politique, aujourd’hui encore plus qu’auparavant, de penser la police dans sa diversité.
Il est urgent de rompre avec l’imagerie qui condamne toute une profession et construit une vision diabolique d’un service public pourtant absolument fondamental dans les démocraties : si nous n’avons pas un service public de police, nous aurons des milices incontrôlables et bien plus brutales et arbitraires que les violences et les errements policiers insupportables qu’il faut dénoncer sans relâche et punir sévèrement.
La condamnation aveugle (« tout le monde déteste la police ») masque tout ce que les pratiques policières doivent à la politique : on tape sur les policiers alors qu’il faudrait taper plus encore sur les politiques autoritaires qui autorisent des pratiques policières de plus en plus antirépublicaines. Cette condamnation masque aussi les formes discrètes (et parfois plus directes) de résistance ou, du moins, de pratiques différentes que de nombreuses policières et policiers s’efforcent de mettre en œuvre.
LA police n’existe pas ! Il y a DES polices, autant de métiers qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. UnCRS [un policier de la police nationale affecté à une compagnie républicaine de sécurité] n’est pas un OPJ [officier de police judiciaire] de la brigade financière, un patrouilleur n’est pas un voltigeur (BRAV-M [brigade de répression de l’action violente motocycliste]). Tous ne sont pas d’extrême droite, loin de là. Tous ne sont pas des brutes qui frappent, loin de là. Tous ne sont pas des ripoux, loin de là. Mais il est certain qu’un véritable service public de police doit exiger de ses agents et agentes une exemplarité républicaine et accepter le contrôle et les sanctions en cas de manquement au droit.
Il ne s’agit donc pas de faire l’apologie de la police, mais de revenir à la raison. Nous avons besoin d’une police démocratique qui protège les citoyens. Il faut se réapproprier notre police, et ce n’est pas en lançant des anathèmes et des slogans que nous y parviendrons.
Des tentatives ont été faites pour fabriquer une police plus proche des citoyens, comme la police dite « de proximité », mais elle fut arbitrairement supprimée par Nicolas Sarkozy en 2003. De plus, il n’a pas été mis assez de moyens à la disposition de cette police pourtant souhaitable, ce qui a abouti à un rejet de la part des policiers, qui l’ont souvent vécue comme un déclassement. Les policiers souffrent aussi d’un défaut de formation ou, plus exactement, d’une formation trop « policière » et pas suffisamment « armée » par les sciences sociales.
Cet appel veut convaincre autant les policiers, les politiques (qui souhaitent une police au service de la population et pas de« l’Etat ») et les citoyens que nos libertés privées et publiques sont garanties, certes d’abord par les luttes sociales et politiques, mais aussi grâce à une police bien formée et bien contrôlée qui ne vient pas brimer ces luttes, mais permet leur expression sereine.
Nous appelons les policiers démocrates et respectueux des valeurs de la République à sortir du devoir de réserve, à exprimer leurs inquiétudes, à défendre leurs métiers de service public et à s’afficher comme protecteurs de la population, de toute la population sans discrimination aucune. Il faut aussi que nous, citoyennes et citoyens, imposions une police plus juste, démocratique et républicaine. C’est pourquoi nous appelons à construire des espaces de dialogue et de réflexion pour repenser un service public de police qui aura vraiment les moyens d’être au service de toutes et tous.
Et ce n’est pas fini...