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Le blog de Bernard SARLANDIE

La SNCF obéit à Bruxelles et enterre Fret SNCF

5 Novembre 2024, 10:41am

Publié par Bernardoc

In Le Figaro du 5 novembre 2024


Fin de partie pour Fret SNCF. En janvier prochain, deux sociétés dont le nom a été révélé lundi se substitueront au leader du transport ferroviaire de marchandises en France : Hexafret, qui fera rouler ces trains, et Technis, qui s’occupera de la maintenance des locomotives. L’aboutissement d’un long processus : alors que Fret SNCF sortait de deux exercices (2021 et 2022) dans le vert après vingt-cinq ans dans le rouge, la Commission européenne avait lancé une procédure contre l’État français début 2023. Elle affirmait que les pouvoirs publics avaient compensé chaque année de façon indue les pertes de sa filiale, spécialiste du fret. En effet, dans la mesure où le marché du transport ferroviaire de marchandises était ouvert à la concurrence dans l’Hexagone depuis 2006, Bruxelles estimait qu’il s’agissait d’une distorsion de concurrence. Et exigeait le remboursement des 5,3 milliards d’avances par Fret SNCF. De quoi tuer cet opérateur et faire disparaître les emplois de ses 4 800 salariés.

« On aurait pu contester en justice cette décision et cela aurait duré deux ans, estimait en mai 2023 Clément BEAUNE, alors ministre des Transports. Mais notre risque de perdre était élevé. Nous avons donc privilégié une autre piste, même si elle exigeait de gros efforts pour les cheminots. » Pour éviter de rembourser ces sommes énormes, il s’agissait de mettre en place une solution de discontinuité. En clair, faire disparaître Fret SNCF et créer deux sociétés qui feraient le même métier mais avec un autre périmètre. La preuve qu’elles n’avaient rien à voir avec la filiale du groupe SNCF qui avait bénéficié de ces renflouements illicites. Le gouvernement Barnier s’est aussi rangé à cette solution. François Durovray, ministre des Transports, l’a fait ­savoir lundi dernier.

Un choix qui exige beaucoup de sacrifices de la part de Fret SNCF. Pour prouver que cette société a bien disparu, Hexafret n’héritera pas de tous les contrats de sa devancière. Elle sera amputée de 23 flux rendus à la concurrence. Par exemple à DB Cargo France, la filiale fret hexagonale de la Deutsche Bahn, ou le belge Lineas. Une sacrée punition, car il s’agit des flux les plus rentables : des trains dédiés à un seul client (un métallurgiste, un groupe agro- alimentaire…). En tout, cela représente 30 % de ses trafics et 20 % de son chiffre d’affaires. Et cela entraîne 10 % de suppressions de postes, soit 480.

Toutefois, la SNCF s’engage à ne procéder à aucun licenciement et à reclasser tous les salariés concernés. « Aujourd’hui, près de 50 % sont reclassés, les autres le seront en 2025 ou 2026. Essentiellement dans le TER. La plupart retrouvent un emploi sur place et n’ont pas besoin de déménager », affirme Frédéric DELORME, président de Rail Logistics Europe, qui chapeaute toutes les activités fret de la SNCF (Captrain, Forwardis, Naviland Cargo, les autoroutes ferroviaires, Hexafret et Technis). Pour ne pas plomber ces deux dernières qui sont nouvelles, le groupe SNCF reprendra à sa charge pendant quinze ans les surcoûts liés au régime de retraite avantageux des cheminots au statut de ses filiales fret. Soit 20 millions d’euros en 2025 et, ensuite, un peu moins chaque année. Dernière étape exigée par Bruxelles : fin 2025-début 2026, Rail Logistics Europe devra ouvrir son capital au privé. Mais le groupe SNCF restera majoritaire. Et ­Frédéric DELORME se veut rassurant sur l’avenir de ces activités. « En 2025, Hexafret et Technis devraient ensemble réaliser le même chiffre d’affaires que Fret SNCF en 2023, soit 715 millions, estime-t-il. Car nos commerciaux ont gagné de nouveaux contrats, notamment dans la défense où nous assurons des transports pour l’Otan. »

Pas suffisant pour rassurer les représentants des salariés. En fin de semaine dernière, les quatre syndicats représentatifs (CGT, Unsa, Sud-rail et CFDT) ont lancé une alarme sociale. Un dispositif qui doit permettre de trouver un compromis entre les parties. Le dernier espoir de trouver une solution avant une grève. Ces fédérations syndicales demandent « l’arrêt du processus de discontinuité de Fret SNCF et l’obtention d’un moratoire ». Ce sujet ne date pas d’hier. Fin mai, une manifestation avait eu lieu à Paris pour protester contre la mort annoncée de Fret SNCF. Elle avait réuni quelques milliers de cheminots selon les syndicats. Évidemment, le groupe ferroviaire public ne voit pas les choses de la même façon. « La SNCF s’est battue aux côtés de l’État pour obtenir la discontinuité la plus modérée possible », plaide Frédéric DELORME.

D’après lui et d’autres cadres de la SNCF, la Commission européenne penchait initialement pour un abandon de 50 % du chiffre d’affaires, 50 % des trafics et la suppression de 50 % des effectifs chez Fret SNCF. Une potion amère administrée à la compagnie aérienne italienne Alitalia, transformée en ITA pour renaître de ses cendres. On verra vite si le régime moins sévère imposé aux successeurs de Fret SNCF leur permettra d’enclencher enfin la vitesse supérieure sur un marché du transport ferroviaire de marchandises toujours difficile.

Et ce n’est pas fini...

 

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