Au congrès de la CGT, le bilan de Sophie BINET largement adopté
In Libération du 2 juin 2026
«Un point d’équilibre à la CGT», affirmait le sociologue spécialiste des syndicats Karel YON à propos de Sophie BINET, au moment de son arrivée à la tête du syndicat en 2023. Trois ans plus tard, alors que les délégués CGT sont réunis à Tours pour leur congrès, ses mots semblent toujours appropriés. Le rapport d’activité de la numéro 1, qui a acquis une légitimité depuis son élection surprise, a été approuvé, ce mardi 2 juin, à une large majorité de 81,36%. Si ce résultat n’a rien de surprenant, il reste un signal important pour la secrétaire générale car lors du dernier congrès du syndicat à Clermont-Ferrand, les congressistes avaient rejeté pour la première fois à 50,32% le bilan de son prédécesseur Philippe MARTINEZ. Avec ce désaveu, ce dernier avait aussi dû encaisser le rejet de la candidature de Marie BUISSON qu’il voulait voir lui succéder.
La capacité de Sophie BINET à porter la parole du syndicat dans les médias et sa connaissance des dossiers sont souvent louées. Seule candidate à sa succession, elle devrait, sauf surprise, être reconduite comme secrétaire générale, vendredi. Cette année, le congrès du deuxième syndicat de France se déroule donc dans un contexte plus apaisé mais les objets de débats n’en sont pas moins nombreux, à commencer par le dossier des retraites qui reviendra vite sur la table, lors de la campagne présidentielle. «Nous avons refusé de tourner la page et nous avons tenu parole : nous avons fait échouer le conclave et décalé l’application de la réforme», a déclaré Sophie BINET, lundi 1er juin, à son pupitre, précisant que l’objectif reste l’abrogation du texte.
Le rapport d’activité adopté souligne justement l’importance de la séquence de la réforme des retraites lors de son mandat et «des 15 journées de mobilisation – atteignant les 1, 2 ou 3 millions de manifestants – pendant six mois». Pour la CGT, les journées de lutte contre le recul de l’âge de départ à 64 ans ont permis de redonner toute leur place aux syndicats mais ont aussi mis en lumière «la radicalisation du patronat» satisfait de la réforme. Quant au nombre de syndiqués en chute libre depuis les années 1980 (-10% environ), la CGT revendique une hausse entre 2023 et 2024, les mobilisations contre la réforme des retraites ayant permis de repasser la barre des 600 000 adhérents. Mais le syndicat décrit une hausse en trompe-l’œil, expliquant que ces nouveaux venus ne restent pas.
Si bien que la représentativité de la CGT (25%), doublée en 2017 par la CFDT (30%), continue de s’effriter. Dans les grandes entreprises, par exemple, où beaucoup d’emplois d’ouvriers ou d’employés sont externalisés, la CGT est concurrencée par le syndicat des cadres, la CFE-CGC. Selon Sophie BINET, les ouvriers et employés sont aussi «de plus en plus nombreux et nombreuses dans les petites entreprises, le tertiaire, la logistique, le commerce et les services», des secteurs où la CGT est moins implantée.
Dans l’objectif de faire grandir leurs forces face au patronat, la CGT et la FSU – où 15% des enseignants sont syndiqués – ont entamé un processus de rapprochement depuis le 10 juillet 2023. «Nous avons lors de ce congrès, la possibilité d’enclencher une autre dynamique en posant les fondations d’une maison commune», a déclaré Sophie BINET avant de préciser qu’il ne s’agissait pas d’une fusion. La coopération s’inscrit dans la stratégie intersyndicale renforcée pendant les journées de lutte contre réforme des retraites alors qu’historiquement, les centrales restaient divisées. Lors du prochain mandat, l’un des enjeux de l’intersyndicale sera donc faire gonfler le nombre de grévistes autant que le nombre de manifestants lors des journées de mobilisation car «nous n’avons pas réussi à étendre la grève, après le 7 mars, jour où l’intersyndicale avait appelé à mettre le pays à l’arrêt», a mis en garde la secrétaire générale.
Se qualifiant de «locomotive de l’unité», la CGT a aussi listé, dans son rapport, les dernières victoires syndicales, comme celle de «l’enterrement d’une réforme de l’assurance chômage» – portée par Gabriel ATTAL puis reprise par François BAYROU qui voulait durcir les règles d’indemnisation – ou encore l’annulation de «la mise en place de trois jours de carence pour les fonctionnaires et la désindexation du régime de base de pensions des retraités». Tout en admettant qu’il faut «désormais porter des projets concrets dans les territoires», la CGT se félicite d’avoir mis le sujet de la désindustrialisation sur le devant de la scène, notamment via sa liste noire des plans de licenciements mise à jour régulièrement.
Outre ce bilan, à l’approche des présidentielles, le congrès est aussi et surtout pour la CGT l’occasion de refaire infuser dans les esprits un autre défi de taille : la lutte contre l’extrême droite et son rapprochement avec le patronat. «Le RN est traité comme un parti comme les autres par le Medef. Les masques tombent ; la vraie idylle cachée de Jordan BARDELLA, a lâché la secrétaire générale, ce n’est pas la princesse des Deux-Siciles mais le patronat».
Et ce n’est pas fini...