Quand l'exemple vient d'en haut...
Après deux suicides d'agents des services du Premier ministre en mars et plusieurs tentatives de suicides d'autres agents ces derniers mois, une enquête préliminaire ainsi que des enquêtes internes à Matignon ont été ouvertes, a appris lundi 3 août France Inter(Nouvelle fenêtre) de sources concordantes. L'article 40 du code de procédure pénale, qui prévoit que tout fonctionnaire qui a connaissance d'un délit ou d'un crime doit en informer le procureur de la République, a été déclenché par un représentant du personnel au mois de juin, puis une plainte a été déposée par une agente pour harcèlement moral et mise en danger de la vie d'autrui.
La plainte, déposée le 25 juin par Laura*, une fonctionnaire, intervient après une tentative de suicide survenue fin avril dans une gare. Selon son avocate, Christelle Mazza, Laura a progressivement été privée de ses missions, écartée des réunions puis isolée dans un bureau en sous-sol. "Quand la situation s'est dégradée, elle a évidemment activé tous les mécanismes internes, y compris la cellule de signalement sur les situations de harcèlement moral", raconte à France Inter Me Christelle Mazza. "Elle n'a eu aucun retour : à partir du moment où il y a ce type de signaux, il faut les entendre parce que là, l'addition est très salée", dénonce-t-elle.
La tentative de suicide de Laura va conduire un représentant du personnel à saisir en juin le procureur de la République via un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, estimant qu'il y a des "éléments d'une gravité exceptionnelle" démontrant une souffrance au travail au sein des services du Premier ministre : car au-delà du cas de Laura, deux agents se sont suicidés en mars 2026, et un troisième a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail en octobre 2025.
Plusieurs agents évoquent un contexte d'instabilité lié aux changements successifs de Premier ministre avec quatre différents en deux ans, et à la réforme de la Fonction publique, "avec des effectifs qui baissent et la proportion de contractuels qui augmente", témoigne un agent à France Inter. "À chaque fois, c'est une nouvelle armée qui débarque (…) et on doit se plier aux nouvelles exigences du nouveau patron", témoigne un autre. "Il y a une radicalité dans le management", estime un dernier. Pour Me Christelle Mazza, "on a des comportements inacceptables avec de l'ultra concurrence entre les agents : il faut marcher sur la tête d'à côté pour réussir. Les places sont très chères, ce qui conduit les agents publics à une perte totale de repères", analyse-t-elle.
Et ce n’est pas fini...