"En France"...
…Car c’est ainsi que nos élèves désignaient notre destination lorsque nous allions dans les pays limitrophes et francophones. Nous n’avions pas quitté le Ghana avant les vacances de Noël car nous avions dû attendre la livraison de notre 4L un bon moment : une telle voiture pour l’exportation n’était visiblement pas intéressante pour ce qui était à l’époque la RNUR, c'est-à-dire la Régie Nationale des Usines Renault (nationalisée à la Libération à cause de l’attitude collaborationniste de son PDG).
Nous devions donc partir trois couples pendant les vacances de Noël, direction Lome, puis remontée du Togo, passage en Haute-Volta (l’actuel Burkina Faso), puis arrivée à Niamey au Niger pour Noël, retour par Ouagadougou et redescente sur le Ghana.
Dès Lome, où les rues étaient décorées de calicots demandant à Gnassingbe EYADEMA de ne pas démissionner (comme il l’avait « menacé » – nous étions en 1975 et il est mort au pouvoir une trentaine d’années plus tard), un couple décida de ne pas poursuivre « l’aventure », visiblement nous n’étions pas faits pour nous entendre.
Nous remontâmes donc le Togo jusqu’à Fada n’Gourma en Haute Volta, pour prendre la route de Niamey, la capitale du Niger. Nous vîmes la différence sur les pistes voltaïques, qui étaient dans un état déplorable par rapport à celles du Togo et du Niger : nous étions obligés de slalomer entre les trous et les rochers, et nous craignions pour notre voiture qui n’avait pas deux mois.
Dès que nous eûmes franchi la frontière entre la Haute-Volta et le Niger, la piste redevint beaucoup plus carrossable, si bien que rose me proposa de prendre le volant au bout d’un moment. Nous échangeâmes nos places et elle se mit à monter les vitesses. Je lui fis remarquer que nous n’étions pas sur une route goudronnée et que la voiture risquait de glisser...ce qui se produisît dès qu’elle eut passé la 4ème, et nous terminâmes dans le fossé en contrebas. Nos compagnons de route, qui étaient devant, ne nous voyant pas arriver, firent demi-tour en soupçonnant que nous pouvions avoir eu des problèmes. Lorsqu’ils eurent rejoint l’endroit de l’accident, au milieu de ce désert, loin de toute habitation, des habitants avaient surgi d’on ne sait où. Nous demandâmes donc à l’un des témoins de surveiller notre voiture, d’où nous avions retiré le maximum transportable avant de nous embarquer, non pas dans un taxi-brousse, mais dans un gros camion qui transportait tant les êtres humains que les animaux ou les bagages. Nous étions le 24 décembre 1975.
Et ce n’est pas fini…
plusieurs fois : Busia, avec ses bungalows en bord de mer et les petits Ghanéens qui venaient pour trois fois rien nous préparer les langoustes fraîchement pêchées, les plages autour d’Elmina ou de Takoradi, que nous avons visité en train, wagon-lit
principaux lieux de séjour. A Elmina nous avons même dormi au sein du château, construit par Les Portugais et destiné à héberger les esclaves avant leur déportation. C’est le château qui est au centre du film « Ashanti ».




Les deux couples mixtes qui nous entouraient nous facilitaient les contacts avec la population et les institutions locales, et les jours de marché, quand nous eûmes récupéré notre 4L, Rose accompagnait notre voisine ghanéenne, et de manière surprenante, elle avait mission de marchander car la « bruni » (européenne) obtenait de meilleurs prix que l’autochtone, voire elle arrivait à faire sortir des marchandises de sous le manteau, comme par exemple des boîtes de lait concentré.
Le système éducatif ghanéen était calqué sur le système de l’ancien colon. Je me retrouvais donc dans une figure similaire à celle que j’avais connue à Newport : trois élèves en terminale et quatre élèves en première à qui je devais enseigner les langue, littérature et civilisation françaises, mais également la littérature francophone d’Afrique dont j’ignorais absolument tout. Et ce fut là mon premier choc avec Voltaïque, un recueil de nouvelles de Sembène Ousmane, écrivain sénégalais décédé en 2007, dont je m’empressais de lire les livres au fur et à mesure de leur sortie et que je m’appliquais à faire découvrir aux personnes qui m’étaient chères à mon retour en France.
Corporation) pour un voyage de quatre heures jusqu’à Kumasi, entrecoupé d’une pause pipi/restauration à Nkawkaw. A la gare routière de Kumasi, on se presse autour de nous pour nous aider à transporter nos bagages jusqu’au tro-tro pour Mampong. Un jeune garçon d’une douzaine d’années s’est fait charger par d’autres gamins notre malle de plus de quarante kilos sur la tête. Lorsque ses copains ont lâché la malle, j’ai eu l’impression que notre « porteur » se tassait sous le poids.
bagages dès qu’ils furent déchargés. Et nous fûmes conduits devant la Directrice, une Ghanéenne laïque qui venait de succéder à une bonne sœur, puisque, comme son nom l’indique, l’école était une école anglicane, qui était en train de se « ghanaïser ». Il restait une bonne sœur à la gestion et une autre comme prof. d’anglais, européennes toutes les deux. Il y avait également quatre « peace-corps » (des volontaires civils américains), et deux couples mixtes dont l’homme était européen et la femme ghanéenne ; la différence était que l’un d’entre eux avait pris la nationalité ghanéenne, ce qu’il regrettait parfois, et dans l’autre couple, c’était l’épouse qui était devenue « British citizen ».
E&D - COLLOQUE DE ROUBAIX (ACADEMIE LILLE)
