Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de Bernard SARLANDIE

Liberté

19 Mars 2026, 17:49pm

Publié par Bernardoc

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul ELUARD

Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)
Au rendez-vous allemand (1945, Les Éditions de Minuit)

Et ce n’est pas fini...

 

Voir les commentaires

Citoyenne Libellule

18 Mars 2026, 08:48am

Publié par Bernardoc

Rebelle silencieuse
délicate comme de la dentelle
enrobée de lumière
ton corps doré-bourbier
du reflet de ta rivière

Hausser les ailes turquoises verdoyantes !
Tu veux exploser, cracheuse du feu d’artifice!

Tu en as marre du tremblement incessant
Dans ton âme amoureuse, terminé le silence patient.

Ne voltige plus,
voler loin
caresser les vents du Nord
utiliser les nuages
pleurer tout ce que tu veux
hurler à faire peur.

Il faut prévenir La Terre
de la défaillance finale.
Plus jamais d’impitoyable loi de silence.
Chantonner, bourdonner,
rigoler jusqu’au retour
à ta chère rivière.
Ta voix retrouvée
dans une sagesse transparente.

Chloé DOUGLAS, 2014

Et ce n’est pas fini...

Voir les commentaires

Chien errant

17 Mars 2026, 10:04am

Publié par Bernardoc

Il essaie des fois de défaire ce nœud
Essentiel, sa force, sa faiblesse
Une couronne imaginaire posée sur la tête,
Une brioche croquée dans la pénombre,
Loin du regard des autres

Le soleil brille sur lui
Il ne le voit pas

L’estragon de son hémisphère,
Il pourrait laisser ses bagages derrière lui
Et aller dans les roses de son enfance
Embrasser le sable des jours oubliés

Pourquoi se cache-t-il quand le vent se lève ?
Ses poches sont vides de toute façon.
Le chien errant en lui le suit depuis toujours
Mais n’a jamais la force pour le rattraper

Son ciel de l’absolu est entouré d’horizons
Mais il l’écarte, un mensonge démenti

Installé confortablement sur son canapé
Au milieu d’un champ de poussière
Il ne vit que la moitié de son existence

Jules DELAVIGNE, 2006

Et ce n’est pas fini...

 

Voir les commentaires

Byzance, mon berceau

16 Mars 2026, 16:00pm

Publié par Bernardoc

ODE III.

BYZANCE, mon berceau, jamais tes janissaires
Du Musulman paisible ont-ils forcé le seuil ?
Vont-ils jusqu’en son lit, nocturnes émissaires,
Porter l’épouvante et le deuil ?

Son harem ne connaît, invisible retraite,
Le choix, ni les projets, ni le nom des visirs.
Là, sûr du lendemain, il repose sa tête,
Sans craindre au sein de ses plaisirs,

Que cent nouvelles lois qu’une nuit a fait naître,
De juges assassins un tribunal pervers,
Lancent sur son réveil, avec le nom de traître,
La mort, la ruine, ou les fers.

Tes mœurs et ton Coran sur ton sultan farouche
Veillent, le glaive nu, s’il croyait tout pouvoir ;
S’il osait tout braver ; et dérober sa bouche
Au frein de l’antique devoir.

Voilà donc une digue où la toute-puissance
Voit briser le torrent de ses vastes progrès !
Liberté qui nous fuis, tu ne fuis point Byzance ;
Tu planes sur ses minarets !

André CHENIER

Et ce n’est pas fini...

 

Voir les commentaires

Des mots…

15 Mars 2026, 08:18am

Publié par Bernardoc

Des mots dans l’infamie
Des mots dans le mépris

La parole en filature
Pour redresser les tordus
Qui osent encore espérer

Des mots pour secouer
Des mots pour diviser

La parole en villégiature
Pour tresser l’ennui
Contre ceux qui osent encore rêver

Des mots pour soumettre
Des mots pour démettre

La parole entre parenthèses
Et imposer le silence
Contre le bruit des consciences

Dominique BLANCHEMAIN, 2017

Et ce n’est pas fini...

 

Voir les commentaires

Aux premières loges

14 Mars 2026, 13:07pm

Publié par Bernardoc

Spectatrice, j’observe la scène de la vie
Où des personnages surgissent,
Dans les moments de joie ou de dépit
Où le rêve devient illusion et meurt avec mépris
Où le mensonge devient vrai et la vérité au fond du puits
Mais qui suis-je dans ce monde plein d’acteurs ?
Où chacun monte sur l’estrade,
Joue son rôle comme ses prédécesseurs
Qui suis-je quand moi-même j’ai un rôle dans cette scène ?
J’observe, je souffre
Mais j’applaudis tous ces mensonges réels
Que serait le monde s’il n’était pas une fiction
Si ces scènes étaient bien réelles et faites avec passion
Je jure devant Dieu que j’assisterais tous les jours
Je serais l’héroïne de la gaieté
De la confiance et de l’amour
J’applaudirais jusqu’à ne plus en pouvoir
Et j’appellerais les âmes chagrinées pour venir la voir
Mais hélas la scène de la vie demeure la même
Et je demeure aux premières loges
Avec ou sans mes applaudissements le rideau s’ouvre et se ferme

Rhita BENJELLOUN, 2011

Et ce n’est pas fini...

Voir les commentaires

Le long chemin des profs qui souhaitent se reconvertir

13 Mars 2026, 18:59pm

Publié par Bernardoc

In La Croix du 11 mars 2026

C’est un phénomène circonscrit mais qui prend de l’ampleur : en cinq ans, les départs volontaires d’enseignants ont été multipliés par dix, avec 2 400 professeurs sur l’année scolaire 2023-2024, sur un total de 850 000 enseignants.

Partir, mais pour faire quoi ? Les professeurs qui veulent changer d’air peuvent d’abord envisager d’évoluer en interne : concours pour devenir chef d’établissement ou inspecteur, départ à l’étranger, postes en détachement… Mais certains choisissent de quitter pour de bon l’éducation nationale. Malgré les près de 400 responsables ressources humaines de proximité implantés depuis 2019 dans les académies, ils doivent souvent solliciter des tiers associatifs pour réussir à partir, faute d’informations claires et d’accompagnement.

La première motivation de ces professeurs semble de fuir leurs conditions de travail. « Surcharge d’effectifs, formations hors temps scolaires, injonctions de la hiérarchie, difficulté de mobilité, rémunération… », égrène Matthieu DROUHIN, secrétaire national du syndicat d’enseignants SE-Unsa qui propose régulièrement des stages dédiés à la mobilité des enseignants.

C’est en effet un « ras-le-bol » dû à la charge mentale et à l’épuisement liés à des classes surchargées et à un manque d’AESH qui a poussé Dominique, 58 ans, à démissionner il y a deux ans, après vingt ans d’enseignement en maternelle au nord de Grenoble. Ancienne ingénieure dans l’industrie déjà reconvertie par goût de transmettre aux élèves, elle ne voulait pas y finir sa carrière.

Mais le parcours n’a pas été simple. Ne sachant où s’orienter, elle commence par un bilan de compétences puis découvre la graphothérapie (la rééducation de l’écriture), à laquelle elle se forme pendant les vacances, avant de demander une rupture conventionnelle pour ouvrir son cabinet. Celle-ci lui est refusée pour « nécessité de service », c’est-à-dire pour assurer la continuité du service public. Décidée à partir, elle finit par démissionner trois jours avant la rentrée scolaire, soutenue par l’association Aide aux profs, qui accompagne les professeurs à se reconvertir, et lance son activité.

Coaching, artisanat, rachat de franchise, salariat, ouverture de commerce… Les reconversions constatées par Rémi BOYER, président et fondateur de l’association Aide aux profs, sont variées. Lui explique la hausse des départs par le recul de l’âge de la retraite et par le Covid, qui a agi comme un déclic, et relève la difficulté des enseignants à « cerner leurs compétences transférables » pour s’orienter.

Frédéric, 51 ans, a lui aussi bataillé pour quitter son métier d’enseignant en élémentaire dans les Yvelines, un territoire en tension. Sa demande de prolongation de sa mise en disponibilité – afin de créer son entreprise de maquettes en relief pour enfants – lui a également été refusée pour les mêmes motifs. Après un long chemin pour négocier son départ et pour faire reconnaître son diagnostic d’autisme, il a fini par démissionner. Un départ selon lui « impossible » sans le soutien d’Aide aux profs. « On ne quitte pas l’éducation nationale comme ça », insiste celui qui a lancé son entreprise.

Stéphanie, agrégée d’anglais de 42 ans, a réussi à jeter l’éponge avec l’aide de l’association, après des années où le plaisir d’enseigner « ne pesait plus assez lourd dans la balance ». Celle qui a quitté son poste en 2021 après onze ans dans un lycée de banlieue parisienne puis trois ans dans des classes Ulis évoque le poids de la charge mentale, l’impression « de ne servir à rien », et un manque de reconnaissance. Mais le coup de grâce a lieu en 2015, quand elle confie son souhait de partir à un inspecteur. « Vous n’allez quand même pas quitter la grande maison ! », lui répond-il. Une phrase symptomatique selon elle : « L’éducation nationale ne veut pas reconnaître qu’on a besoin de seconde carrière. Aujourd’hui, on ne veut plus faire ça toute sa vie », s’insurge celle qui, après un long cheminement, a fini par trouver un poste en détachement au sein de France Éducation International, un établissement public administratif (EPA) rattaché au ministère, où elle s’épanouit.

L’éducation nationale tente en effet de juguler le phénomène des départs pour réguler les effectifs, alors que 2 500 professeurs manquaient à l’appel à la rentrée 2025. Le motif de « nécessité de service » est souvent invoqué pour refuser des mises en disponibilité ou des ruptures conventionnelles. Ce mode de départ permettant de toucher le chômage a récemment été pérennisé pour la fonction publique, mais quatre demandes sur cinq seraient refusées.

Et ce n’est pas fini...

 

Voir les commentaires

Ah ! La campagne bucolique…

11 Mars 2026, 14:42pm

Publié par Bernardoc

Hier matin, notre balade à vélo quotidienne, que nous avons reprise après plusieurs mois d’interruption suite aux intempéries hivernales, nous a conduits vers le « chemin nature » entre Mérignac et St Médard en Jalles. Le sol était bien égoutté, mais avant l’été il serait utile, pour ne pas dire indispensable, de reboucher les trous pour éviter des accidents.

C’était une balade fort agréable...

jusqu’à ce que nous arrivions près de la déchetterie de St Médard : visiblement certains ignoraient ( ? ) la présence de ce lieu et pensaient que les bois allaient intégrer leurs déchets et les faire disparaître. Malheureusement ce n’est pas le cas.

J’ignore si cet endroit est situé sur Mérignac ou St Médard, mais il mes semble que le traitement des déchets relève de la Métropole et les contrevenants, de la justice. Encore faut-il les retrouver. Je fais confiance à la police/gendarmerie pour que nos espaces verts ne soient pas transformés en dépotoirs.

Et ce n’est pas fini...

 

Ah ! La campagne bucolique…Ah ! La campagne bucolique…

Voir les commentaires

Face à l’extrême droite, l’unité des travailleurs s’impose !

10 Mars 2026, 11:29am

Publié par Bernardoc

In L’Humanité du 9 mars 2026

La secrétaire confédérale de la CGT Nathalie BAZIRE alerte sur les menaces que fait peser l’extrême droite sur les intérêts des salariés, qu’il s’agisse des conquêtes sociales ou des droits syndicaux et politiques. Elle appelle les candidats aux municipales à refuser toute alliance avec ces formations politiques.

Depuis plus d’un siècle, la CGT défend, sans relâche, les droits, la dignité et les intérêts des travailleurs. Notre boussole est simple : l’émancipation par le progrès social, la solidarité et l’égalité. Au nom de ces principes, nous affirmons avec gravité que l’extrême droite est une menace pour le monde du travail. L’histoire sociale de notre pays montre que les mouvements d’extrême droite se sont toujours construits sur la ­division : entre nationaux et étrangers, entre travailleurs précaires et salariés protégés, entre celles et ceux qui auraient « droit » à la solidarité et les autres. Or le mouvement syndical s’est bâti sur une conviction inverse : c’est l’unité des travailleurs, quels que soient leur origine, leur religion ou leur statut, qui permet d’arracher des droits et d’améliorer les conditions de vie.

Derrière les pseudo-discours sociaux, l’extrême droite entretient des liens étroits avec le patronat, adoptant des positions économiques favorables à ses intérêts. Les programmes portés notamment par le Rassemblement national révèlent une réalité préoccupante. À l’Assemblée nationale ou au Parlement européen, les élus d’extrême droite votent régulièrement contre des mesures visant à renforcer les droits des salariés, à lutter contre la précarité, contre l’augmentation du Smic, pour l’augmentation de l’âge de départ à la retraite, pour la défense des plus riches face à la taxe ZUCMAN.

Ils défendent une vision autoritaire du pouvoir, hostile aux corps intermédiaires et aux syndicats. Contre les violences structurelles de l’extrême droite, le syndicalisme est le dernier barrage pour défendre les intérêts du monde du travail, alors qu’on assiste à une nouvelle étape dans la banalisation de ses idées racistes, xénophobes et antisémites.

L’extrême droite prospère sur la colère sociale et le déclassement. Au lieu de s’attaquer aux véritables responsables des inégalités, les logiques financières, la dérégulation, la course au moins-disant social, elle désigne des boucs émissaires : les étrangers, les bénéficiaires de minima sociaux ou bien les institutions démocratiques. Cette stratégie détourne les travailleurs de leurs intérêts communs et affaiblit les solidarités indispensables pour gagner de nouveaux droits.

La réponse aux difficultés des salariés ne peut être le repli nationaliste ni la stigmatisation. Elle passe par l’augmentation des salaires, le renforcement des services publics, la sécurisation de l’emploi et la transition écologique juste. Elle passe aussi par le respect de l’État de droit, des libertés publiques et du pluralisme syndical.

LA CGT appelle tous les travailleurs à la vigilance. Les conquêtes sociales – congés payés, Sécurité sociale, retraite, droit du travail... – ont été obtenues par la mobilisation collective. Elles seront remises en question si les forces qui méprisent la démocratie sociale, prônent l’autoritarisme et les intérêts du capital accèdent au pouvoir. Lorsque l’extrême droite prend le pouvoir, elle ne le rend pas. Preuve en Italie, en Hongrie ou en France dans les collectivités territoriales, comme à Béziers, Hénin-Beaumont ou Perpignan.

L’échéance des élections municipales doit nous alerter et la CGT appelle les candidats à ne faire aucune alliance avec l’extrême droite, ni au premier ni au second tour, les 15 et 22 mars. L’extrême droite ne répond en rien aux aspirations des territoires et organise les inégalités entre les citoyens. La CGT a conscience que les collectivités sont asphyxiées par les budgets d’austérité successifs, mais il n’en demeure pas moins que d’autres choix s’imposent dans un moment où le danger est à nos portes. Alors que l’extrême droite flèche les budgets des collec­tivités pour alimenter l’appétit du privé au détriment des missions des services publics.

Face aux crises, notre responsabilité est de rassembler, de renforcer la démocratie sociale, non de l’affaiblir, et de remettre les questions sociales au centre des débats. La CGT continuera, fidèle à ses valeurs, à défendre une société de justice, d’égalité et de solidarité. Elle œuvre à défendre le partage des richesses, le droit et les libertés publiques, dans l’intérêt du monde du travail, et plus largement de la population, contre ceux qui veulent les détruire. L’heure n’est ni à la résignation ni au pessimisme : construire l’unité du monde du travail est fondamental contre l’extrême droite, ennemie de la démocratie et du progrès social. 

Et ce n’est pas fini...

 

Voir les commentaires

L’Observatoire du long terme alerte sur le « grand décrochage » français

9 Mars 2026, 16:00pm

Publié par Bernardoc

In La tribune du 6 mars 2026

La France va-t-elle retrouver un niveau de productivité comparable à la période d’avant-Covid ? C’est à cette question brûlante que l’Observatoire du long terme a tenté de répondre, dans un épais rapport de 145 pages publié jeudi 5 mars. Intitulé « Le Grand décrochage », le document s’attache à montrer que la productivité est au centre des préoccupations des Français : pouvoir d’achat, retraites, services publics, souveraineté.

« La productivité est une clé essentielle pour résoudre la plupart de ces tensions », observent les trois auteurs Fabrice PECTOUSSE, Louis HEDE et Richard ROBERT.

Loin de concerner uniquement la France, la chute des gains de productivité frappe une grande partie des économies développées. Mais le phénomène dans l’Hexagone est particulièrement criant. Productivité du travail, productivité du capital et productivité globale des facteurs : les économistes passent au crible toutes les dimensions de cette notion au centre du fonctionnement de l’économie capitaliste.

Premier enseignement important de ce rapport inspiré des travaux des économistes Philippe AGHION et Antonin BERGEAUD, la France accuse un sérieux retard en matière de recherche et développement. Là encore, le constat n’est pas nouveau, mais les données présentées par l’Observatoire mettent en relief le décrochage de l’Hexagone.

« C’est sans doute le plus grave : le levier de plus long terme, l’innovation et la recherche, a été mis en veille au point de décrocher non seulement par rapport aux États-Unis et à la Chine, mais aussi par rapport aux pays européens les plus avancés », soulignent les économistes.

En pourcentage du produit intérieur brut (PIB), les dépenses dans l’Hexagone s’élevaient à 2,18 % en 2023, bien loin des objectifs de l’UE fixés à 3 %. Dans les pays étudiés, ces dépenses s’établissent à 3,13 % en Allemagne, 2,68 % au Royaume-Uni ou 3,45 % aux États-Unis.

Un écart considérable alors que le crédit d’impôt recherche représente une niche fiscale colossale sur le plan budgétaire, évaluée à plus de 7 milliards d’euros ces dernières années. Face au décrochage de la France, les économistes font de la recherche et développement une « priorité critique ».

Bien que le coût soit jugé élevé (environ 1 point de PIB), les experts estiment que si l’Europe, et surtout la France, continuent d’investir moins que la Chine et les États-Unis, le rattrapage sera tout simplement impossible. Parmi leurs recommandations, les dépenses de recherche doivent être exclues de toute politique de rigueur. Le surplus à investir doit représenter 0,25 point de PIB chaque année (7 à 8 milliards d’euros).

Autre levier important évoqué dans le rapport : augmenter le nombre de chercheurs et renforcer l’attractivité de ces métiers. « Les carrières dans la recherche sont devenues peu attractives financièrement », regrettent les auteurs. Sur la mise en œuvre, le rapport préconise d’engager une réflexion de fond sur ces métiers et leurs conditions de reconversion.

Sur le travail, le rapport de l’Observatoire pointe le retard de la France sur le taux d’emploi des jeunes et des seniors. Sur les 55-64 ans par exemple, le pourcentage d’emploi de l’Hexagone (60,4 %) demeure bien inférieur à celui de la moyenne des pays riches (64,6 %) ou de l’Union européenne à 27 (65,2 %). Sous l’effet des réformes des retraites successives depuis 2010, le taux d’emploi des seniors a bondi, mais beaucoup d’entreprises continuent de freiner sur l’embauche de cette catégorie d’âge.

Quant aux jeunes, leur situation n’est guère enviable.

« Par rapport aux pays comparables, les jeunes Français ont plus de mal à entrer dans l’emploi », affirment les chercheurs.

Et ce, malgré une réforme profonde de l’apprentissage dont les effets sur le chômage des jeunes sont remis en question. À titre de comparaison, le taux d’emploi des jeunes âgés de 15 à 24 ans est de seulement 35 % en France contre 51 % en Allemagne ou au Royaume-Uni. Autre limite pointée du doigt par le rapport : la qualité du management en France et le manque de confiance à l’égard des salariés.

« La France connaît une diffusion plus faible des bonnes pratiques de management et d’efficacité opérationnelle », constatent les auteurs.

Ces méthodes peuvent ainsi entraîner du mal-être au travail et avoir des répercussions sur la productivité. Là encore, il s’agit d’une spécificité tricolore régulièrement mentionnée par les spécialistes.

Et ce n’est pas fini

 

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 > >>