On ne naît pas militant
Lorsque j’ai adhéré à la CGT, je retournais en fait dans le giron familial, puisque mon père y avait milité (il était même collecteur, c'est-à-dire que chaque mois il faisait le tour des adhérents pour recueillir les cotisations) jusqu’en 1968, époque où il l’avait quitté car, gréviste en mai il assurait malgré tout son travail de cuisinier au sein de l’hôpital de l’APHP dans lequel il était chef. Et ce qui l’avait dégoûté c’était le fait que les adhérents de sa section, qui habituellement ne mangeaient pas au restaurant du personnel, y sont venus pendant le mois de mai en décrétant que c’était gratuit. Si bien que, gréviste, il n’avait jamais autant travaillé !
L’article de Sud ouest mentionne que mon père était un défenseur de l’école publique. Effectivement, je me souviens de l’année 1959, lorsque je montais avec lui les cages d’escalier du populaire quartier de la Goutte d’or à Paris, pour faire signer la pétition contre les lois Debré qui allaient accorder tant de crédits à l’école privée, qui était loin de défendre les principes de notre république laïque.
Lorsque j’étais à l’école primaire, rue St Luc en attendant la rue Richomme (qui avait remplacé l’école Erckmann-Chatrian), nous allions tous les samedi soirs à la piscine Hébert, encadrés par des responsables de l’amicale laïque (qui animaient aussi le patronage du jeudi et le ciné-club du mercredi soir), et mon père nous accompagnait régulièrement. Nous étions au tout début de la guerre d’Algérie, et je me souviens d’un soir où les adultes nous dirent : « Si on vous demande de vous mettre à plat ventre, ne posez pas de questions et couchez-vous tout de suite : il se peut que ce soit une question de vie ou de mort. » Néanmoins, nous sommes quand même allés à la piscine. En y réfléchissant plus tard, je pense que nos accompagnateurs étaient d’anciens résistants communistes qui ainsi voulaient montrer qu’ils n’allaient pas se laisser influencer par les fascistes de l’OAS.
C’est eux aussi qui nous encourageaient à aller vendre le muguet le 1er mai sur le boulevard Barbès pour financer les sorties au Tréport du mois de juin. Lorsqu’il y a une quinzaine d’années je croisais rue Ste Catherine à Bordeaux des élèves de Goya en train de vendre du muguet, bien entendu je leur en achetai plusieurs brins et je leur demandais si c’était pour financer leur voyage au Portugal ; « Non M’sieur, c’est pour nous ! » Quelle déception !
Je garde aussi de mes années primaires le souvenir du porte à porte que j’effectuais chaque année pour vendre des timbres de la JPA (Jeunesse au Plein Air), contre la tuberculose ou des billets de la tombola de l’école ; contrairement à ce qui se passe maintenant, ce n’était pas directement payé par la coopérative ou par le Foyer Socio-Educatif.
Et ces actions ont largement contribué à forger le militant que je suis devenu.
Je dois aussi une immense gratitude à mon père qui, malgré la pression familiale, a refusé de m’imposer le catéchisme : il avait beaucoup plus d’espoir en l’Ecole républicaine pour former l’homme et le citoyen que je suis devenu, plutôt qu’en les apôtres d’une quelconque secte. Merci Papa !
Et ce n’est pas fini…