Ambroise, reviens !
In Le Monde du 17 décembre 2025
Le chiffre est rendu public à un moment de fortes tensions autour des économies en santé. Alors que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) arrive au terme de son marathon parlementaire, et devait être soumis au vote solennel des députés, mardi 16 décembre, la Mutualité française dévoile, ce même jour, des données-clés sur les nouveaux tarifs. En 2026, les cotisations des assurés devraient augmenter de plus de 4 %, en moyenne, selon l’enquête annuelle menée par cette fédération qui représente 500 mutuelles et environ la moitié du marché des complémentaires santé (avec, aussi, des instituts de prévoyance et des assureurs). Voilà plusieurs années que la tendance haussière se maintient : il y a un an, la Mutualité avait annoncé une hausse de 6 % pour 2025. Elle avait atteint 8 % l’année précédente. Un record.
En 2026, elle devrait donc être moindre, mais toujours soutenue. Cette hausse devrait s’élever à 4,3 % pour les contrats individuels et 4,7 % pour les contrats collectifs. Pour l’expliquer, la Mutualité invoque des dépenses de santé qui « resteront dynamiques », tout en rappelant la nécessité, pour ces organismes, d’être à l’équilibre, « conformément à leurs obligations prudentielles » – autrement dit,de ne pas s’endetter. Dans son communiqué diffusé mardi, la fédération dénonce un projet de budget de la Sécurité sociale « irresponsable » et une enveloppe pour la santé « insincère ».
L’évolution des cotisations est annoncée dans un contexte budgétaire éruptif : l’exécutif a inscrit une taxe de 1 milliard d’euros sur les mutuelles, à l’article 7 du budget de la « Sécu ». Un sujet très débattu par les parlementaires. D’abord rejetée par l’Assemblée nationale en première lecture, avec de nombreux élus, de gauche notamment, dénonçant le risque d’une hausse des cotisations pour les assurés qui en découlerait, la taxe a été rétablie par le Sénat. Avant un dernier retournement : en deuxième lecture, les députés ont changé leur fusil d’épaule, conservant cette « contribution » de 1 milliard d’euros – les socialistes ne s’y opposant pas, cette fois-ci. Les 100 millions d’euros de taxes supplémentaires, qui avaient été envisagés par l’exécutif pour contribuer au financement de la suspension de la réforme des retraites, n’ont finalement pas été retenus dans la version finale du texte.
L’argumentaire du gouvernement est connu : cette taxation fait suite à l’abandon, il y a près d’un an, du projet de hausse du « ticket modérateur » – soit la somme restant à la charge des patients sur les consultations médicales et les médicaments, le plus souvent couverte par leurs complémentaires. Dès janvier, la ministre de la santé d’alors, Catherine VAUTRIN, avait ainsi annoncé son intention de « récupérer » le milliard d’euros qu’auraient anticipé les mutuelles en prévision de cette mesure, finalement écartée. Une version contestée par les organismes complémentaires, qui ne cessent de répéter, depuis, que leurs tarifs sont fixés durant l’été, bien en amont des débats budgétaires.
Automne après automne, les hausses de tarifs des assureurs santé alimentent un bras de fer entre leurs représentants et les gouvernements successifs.
Les premiers défendent des augmentations imputées à la hausse des dépenses de santé ou encore aux « transferts de charges » de l’Assurance-maladie à leurs dépens (sur les soins dentaires, par exemple). L’État souligne, pour sa part, une contribution toujours plus importante de l’Assurance-maladie obligatoire. Le 29 octobre, la ministre de la santé, Stéphanie RIST, a annoncé une mission sur la répartition entre l’Assurance-maladie obligatoire et la complémentaire.
Un amendement au PLFSS, porté par les socialistes et adopté dans l’Hémicycle, vise à « s’assurer que les organismes d’assurance-maladie complémentaires ne vont pas répercuter » cette taxe sur les contrats des assurés de 2027. Il prévoit, pour cela, une « négociation » entre le gouvernement et ces organismes d’ici le 31 mars. Reste qu’il est déjà dénoncé comme « incantatoire » par ses opposants.
Et ce n’est pas fini...
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