Les plus aisés vivent treize ans de plus que les plus pauvres
In La Croix du 16 décembre 2025
Plus on est riche, plus on vit longtemps. C’est ce que confirme l’Insee dans une étude publiée lundi 15 décembre. Entre 2020 et 2024, les hommes parmi les 5 % les plus aisés atteignent 85 ans d’espérance de vie en moyenne, contre seulement 72 ans pour les 5 % les plus modestes, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, la différence est de 9 ans (88,7 ans contre 80,1 ans). L’écart de mortalité par âge est le plus marqué à 50 ans : les hommes les plus modestes ont un taux de mortalité sept fois supérieur à celui des hommes les plus aisés. Quant aux femmes les plus riches, elles vivent en moyenne 17 ans de plus que les hommes les plus pauvres. Ce sont toujours elles qui vivent plus longtemps que les hommes : dès lors que le niveau de vie est d’environ 1 500 € par mois, leur espérance de vie dépasse celle des hommes appartenant aux 5 % les plus riches. Toutes catégories confondues, l’espérance de vie progresse moins rapidement à mesure que le niveau de vie augmente : autour de 1 200 € par mois, chaque tranche supplémentaire de 100 € est associée à un gain d’espérance de vie de 0,8 an pour les femmes et 1 an pour les hommes. Ce gain tombe à seulement 0,1 an pour les femmes et 0,2 an pour les hommes lorsque le revenu atteint environ 3 000 € par mois.
Surtout, souligne l’Insee, l’écart entre les 5 % les plus modestes et les 5 % les plus aisés s’est creusé entre 2012-2016 et 2020-2024, augmentant l’espérance de vie de 0,4 an chez les femmes et de 0,3 an chez les hommes. Globalement, l’espérance de vie des 25 % les plus modestes diminue, tandis que celle des plus aisés continue de progresser. « Cet écart, qui augmente depuis le milieu des années 2010, s’explique en partie par l’épidémie de Covid-19, qui a touché de manière plus dure et plus violente les populations les moins aisées. Mais cela signifie aussi que d’autres causes de décès, encore mal identifiées, sont plus marquées selon le niveau social », explique Nathalie BLANPAIN, chargée d’études à l’Insee. Cet écart peut-il continuer à se creuser ? « Si l’on considère que l’augmentation observée entre 2020 et 2024 est en partie liée à l’épidémie de Covid-19, et que celle-ci fait désormais moins de victimes, il est possible que l’écart se réduise légèrement », répond Nathalie BLANPAIN.
De manière générale, les personnes les plus modestes vivent moins longtemps pour plusieurs raisons. Les difficultés financières peuvent limiter l’accès aux soins : 3,2 % des individus parmi les 20 % les plus pauvres déclarent avoir renoncé à des examens médicaux pour des raisons financières, contre 1,8 % de l’ensemble de la population. Le niveau de vie est également lié à d’autres facteurs socio-économiques qui influencent à leur tour l’état de santé. « On sait par exemple que les personnes aisées sont moins exposées aux accidents du travail et aux maladies professionnelles, tandis que les moins diplômés fument davantage », précise Nathalie BLANPAIN. Par ailleurs, le niveau de diplôme et la catégorie sociale influencent la capacité à accéder à l’information en matière de santé, à la comprendre et à l’utiliser pour préserver sa santé. « Enfin, il ne faut pas oublier que le faible niveau de vie peut être la conséquence d’une mauvaise santé, et non seulement sa cause. Une santé défaillante peut limiter la poursuite des études et la recherche d’un emploi », poursuit-elle.
L’édition 2024 du baromètre de Santé publique France (SPF) permet également de mesurer l’ampleur des inégalités socio-économiques. « Elles pèsent sur tous les indicateurs de santé étudiés, et cela tout au long du gradient social. Plus on a de diplômes, une catégorie socio-professionnelle élevée et de ressources financières, moins on souffre de diabète, d’hypertension artérielle, ou d’insomnies, par exemple », explique Stéphanie VANDENTORREN, épidémiologiste chez SPF. Pour réduire ces inégalités, Stéphanie VANDENTORREN préconise un « universalisme proportionné » : « On applique une politique ou une intervention de santé de manière universelle, mais avec une intensité et des ressources adaptées aux besoins de chacun. » Cette approche est importante dès les premiers jours de la vie, car les inégalités se creusent dès l’enfance. « Plus on intervient précocement, plus le retour sur investissement sera important », ajoute-t-elle, rappelant qu’il est notamment essentiel d’adopter une approche transversale en agissant sur les déterminants sociaux structurels, comme les conditions de logement, d’accès à l’éducation et à l’emploi ou encore aux services de proximité.
Et ce n’est pas fini...