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Le blog de Bernard SARLANDIE

Le Mexique pousse son salaire minimum toujours plus haut

6 Décembre 2025, 11:17am

Publié par Bernardoc

In Les Echos du 5 décembre 2025

Où l’on voit que la droite utilise toujours les mêmes arguments pour combattre le progrès social, quel que soit le continent.

L'annonce d'une nouvelle augmentation de 13 % du salaire minimum au Mexique confirme la politique sociale ambitieuse de la gauche.Elle a permis une réduction significative de la pauvreté, mais le recul de la productivité inquiète les milieux économiques.

Le Mexique est engagé dans une expérience socio-économique audacieuse. La présidente de gauche, Claudia SHEINBAUM, l'a annoncé ce mercredi : les Mexicains verront leur salaire minimum augmenter de 13 % en 2026. Il sera porté à 15 euros (315 pesos) par jour, soit 449 euros (9.582 pesos) par mois. Loin d'être une mesure isolée, la politique de revalorisation du salaire minimum est la pierre angulaire de l'agenda social du gouvernement mexicain, qui a permis de tripler le salaire minimum journalier entre 2018 et 2025.

« Une correction historique nécessaire qui avait été trop longtemps reportée, pour le directeur de l'Institut mexicain des experts-comptables, Rolando Silva Briceño. Ces augmentations sont perçues comme radicales, mais en réalité, elles viennent combler des décennies de retard salarial accumulé. » Les revalorisations successives auraient permis, selon une analyse de la Commission nationale des salaires minimums, de sortir de la pauvreté 6,6 millions de personnes.

« Tout cela est fantastique dans un contexte de croissance », raille Sofia RAMIREZ, directrice de l'observatoire économique 'Mexico, como vamos ?'. Mais comme le souligne cette analyste, la productivité du Mexique stagne, et a même « régressé » pour revenir à ses niveaux de 2018.

Cette divergence croissante est la principale source d'inquiétude pour les économistes, qui la décrivent comme une course contre la montre. Pour Sofia RAMIREZ - classée en 2024 par « Forbes Mexico » parmi les économistes les plus influentes du pays -, le gouvernement raisonne « de façon purement arithmétique ». Elle rappelle que la productivité avait bondi pendant la pandémie parce que l'emploi informel s'était effondré. « Une productivité artificielle, dit-elle. On ne peut pas bâtir une politique durable sur une illusion statistique. »

Le risque le plus immédiat est le transfert des coûts salariaux accrus vers les prix à la consommation. Le secteur des services est particulièrement exposé : selon les prévisions de Banamex, il devrait subir des pressions inflationnistes persistantes.

Face à cette augmentation des coûts, les entreprises pourraient être poussées à ajuster leur modèle. Rolando SILVA évoque le risque d'une substitution technologique, où les employeurs investissent dans la robotisation pour remplacer la main-d'oeuvre. L'expert évoque également le risque d'un impact sur toute la grille salariale : « Pour maintenir les écarts de rémunération, les salaires des cadres doivent aussi être augmentés », alourdissant l'ensemble de la masse salariale.

Le marché du travail montre déjà des signes de tension. La création d'emplois formels stagne, tandis que l'économie informelle a gagné du terrain, augmentant récemment de près de 2 points, pour atteindre 56 % de la main-d'oeuvre. Ce sont les micro et petites entreprises, souvent moins productives, qui sont les plus affectées. Dans ces structures, le salaire minimum annuel pèse déjà plus de 70 % du salaire moyen. « Je ne doute pas que certains chefs d'entreprise soient contraints de réduire leurs effectifs, mais ce qui m'inquiète le plus, c'est que cette augmentation se transforme en un frein à la création d'emplois. Peut-être ne licencieront-ils personne, mais si quelqu'un part, ils n'embaucheront pas de remplaçant », prévoit encore Sofia RAMIREZ.

Malgré ces avertissements, le gouvernement mexicain affiche une détermination politique sans faille à poursuivre son programme social. Claudia SHEINBAUM a clairement indiqué qu'elle continuerait à miser sur des augmentations de salaire significatives. L'objectif affiché est d'atteindre une capacité d'achat de 2,5 « canastas basicas » (ou paniers de biens essentiels, un concept utilisé au Mexique pour mesurer le pouvoir d'achat) par mois, d'ici à 2030.

Et ce n’est pas fini...

 

 

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