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Le blog de Bernard SARLANDIE

Pourquoi la présidente de la Moldavie réveille l’idée d’une réunification avec la Roumanie ?

18 Janvier 2026, 18:56pm

Publié par Bernardoc

In La Croix du 16 janvier 2026

La présidente moldave, Maia SANDU, s’est dite favorable à une réunification de son pays avec la Roumanie, dans une interview donnée à un podcast britannique, lundi 12 janvier 2026. Des propos qui ont déterré un vieux débat, alors que les deux pays partagent une histoire commune et ont déjà été unis par le passé.

« Si un référendum avait lieu, je voterais pour la réunification », a déclaré celle qui porte la double nationalité moldave et roumaine, comme un million de personnes dans son pays (sur 2,5 millions d’habitants).

Si ses propos ont pu surprendre – jamais un haut responsable moldave n’avait pris publiquement une telle position –, ils font aussi resurgir l’histoire commune entre la Roumanie et la Moldavie, ancienne et quelque peu oubliée.

Preuves encore visibles – ou plutôt audibles – de ce lointain héritage commun : les langues moldave et roumaine. Toutes deux d’origine latine, elles font figure d’exception dans une région dominée par la culture slave. Cela remonte à l’époque romaine, lorsqu’en 106 après J.-C. l’empereur Trajan conquiert la Dacie, un territoire correspondant à l’actuelle Roumanie et à une partie de l’actuelle Moldavie. Le latin devient alors la langue courante.

La Moldavie, en tant que région historique, est apparue plus tard, au Moyen Âge, avec la fusion de plusieurs territoires pour former la principauté de Moldavie, dont la capitale Lasi se trouve aujourd’hui côté roumain. Cette principauté s’étendait des montagnes des Carpates jusque sur les bords du Danube, avec un accès à la mer Noire. Elle attisait les convoitises des empires qui se la partagèrent au XIXe siècle.

En 1812, avec le traité de Bucarest, l’Empire ottoman cède ainsi à la Russie la Bessarabie, la région orientale de la principauté moldave. Soixante ans plus tard, en 1878, les Ottomans reconnaissent l’indépendance de la Roumanie, un nouvel État incluant la région de la Valachie et la Moldavie occidentale, qui était restée sous leur contrôle. Voilà la Moldavie historique scindée entre Russie et Roumanie.

En 1918, après la révolution bolchevique, la Moldavie orientale reprend son indépendance vis-à-vis des Russes et rejoint la Roumanie. C’est ainsi que pendant vingt ans, de 1918 à 1939, les États roumain et moldave ne font qu’un.

Leur séparation intervient à nouveau en 1939 avec le pacte germano-soviétique qui permet à l’Union soviétique de remettre la main sur la Moldavie orientale (la Bessarabie). La Roumanie pro-nazi en reprendra le contrôle quelques années pendant la Seconde Guerre mondiale, avant que l’Armée rouge ne la récupère en 1944. Pendant la guerre froide, Roumanie et Moldavie se retrouvent du même côté du rideau de fer. Mais la Roumanie communiste reste indépendante, tandis que la Moldavie devient dune république soviétique.

En 1991, lorsque l’URSS s’effondre, la Moldavie recouvre une nouvelle fois son indépendance. La question se pose alors, comme en 1918, d’une nouvelle réunification avec la Roumanie. Un projet de référendum voit le jour en 1994, mais les sondages ne mentionnent que 30 à 40 % de Moldaves favorables, en raison notamment d’une forte opposition de la population russophone et des habitants de la Transnistrie. Finalement, le vote n’aura pas lieu.

Aujourd’hui encore, selon les sondages, une majorité de la population moldave serait défavorable à une réunification. La présidente moldave, Maia SANDU, le sait. Dans l’interview où elle ressort cette option du tiroir, elle le reconnaît : « Il n’y a pas une majorité aujourd’hui en faveur de la réunification. » Selon un sondage publié par l’institut iData en août 2025, 61,5 % des Moldaves y sont opposés.

La voie roumaine semble donc une impasse. Pour Maia SANDU, l’évoquer permet surtout de réaffirmer sa volonté de rejoindre au plus vite l’Union européenne (des négociations avec Bruxelles sont en cours) et l’Otan, alors qu’elle n’a cessé d’alerter sur la menace russe et les multiples ingérences de Moscou dans son pays.

De leur côté, les responsables politiques roumains ne se montrent pas si réfractaires à cette idée, laissant la porte ouverte. Le journal roumain Calea Europeana rappelle les propos du président roumain, Nicusor DAN, en 2025 : « En 1918 a eu lieu une unification entre la Roumanie et la Moldavie, et en 2018, le Parlement roumain a adopté une décision, à l’occasion du centenaire de cet événement. Elle prévoit que si la république de Moldavie est prête à l’unification, la Roumanie le sera aussi. »

Et ce n’est pas fini...

 

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