Devenir syndicaliste
In L’humagazine du 28 mai 2026
« Tu es syndiqué, sois syndicaliste », c’était le titre d’une brochure éditée par la CGT à destination des centaines de milliers de nouveaux adhérents qui la rejoignaient en 1936. Son objectif était de déployer des formations syndicales destinées à faire d’eux beaucoup plus que des cotisants, des forces nouvelles pour le combat. Devenir syndicaliste c’est en effet porter, en plus de ses intérêts propres, ceux des collègues et autres salariés qui nous entourent, c’est construire des actions collectives, travailler à des conquêtes.
La formation syndicale est l’un des moyens par lesquels des nouvelles et nouveaux syndiqué·es, pas forcément jeunes, peuvent s’approprier l’histoire, les valeurs et les référents de l’organisation, son identité. La formation syndicale aide à comprendre le processus d’exploitation du travail par le capital et à se situer soi-même dans celui-ci. Elle contribue à voir clair dans les stratégies patronales et gouvernementales au plan économique et social et aussi au plan idéologique. Elle donne des clés pour parvenir à les déjouer, clés mises en lumière par des années d’expérience, de luttes pas toujours victorieuses. Elle permet, enfin, de se sentir appartenir à une organisation qui a une histoire, des principes de fonctionnement, une stratégie syndicale. Elle aide à devenir à son tour un maillon actif de la chaîne militante qui, depuis cent trente ans, a fait et continue de faire la CGT.
Le 1er juin prochain va s’ouvrir le 54e congrès de la Confédération CGT. 54 congrès, cent trente années d’existence, plusieurs générations de militantes et militants qui se sont passé le relais, cela a de quoi impressionner. Chaque congrès a apporté des modifications plus ou moins importantes aux orientations et aux pratiques de la CGT pour qu’elle reste en prise avec un salariat qu’elle veut unifier et organiser afin de parvenir à renverser « tous les systèmes d’exploitation et de domination », comme le disent ses statuts adoptés en 1995.
Les générations changent, les militantes et militants également, parfois aussi les formes d’organisation. Mais les valeurs demeurent : « Bien-être, Liberté, Solidarité » sont inscrits au fronton de la CGT depuis toujours. Son blason historique entoure de ces trois principes une mappemonde, symbole d’internationalisme, et deux mains qui se croisent, symbole d’unité. Que dire de plus actuel pour symboliser l’action passée, présente et sans aucun doute future de la CGT ?
La CGT est composée de salariés comme les autres qui, un jour, pour des raisons très diverses, ont décidé de se syndiquer et de « faire » la CGT pour qu’elle réponde à leurs attentes, qu’elle soit l’outil de leurs luttes et l’instrument de leur émancipation. Au fil du temps, les raisons pour lesquelles on se syndique ont très peu varié : être défendu, se défendre avec d’autres en créant un syndicat, s’opposer à telle ou telle mesure patronale ou gouvernementale, faire progresser une cause, soutenir de grands combats. Si les raisons de se syndiquer varient peu dans le temps, l’opportunité et les moyens de le faire sont fragilisés. La majorité des salariés travaille dans des petites unités sans présence syndicale. Le syndicalisme est affaibli au moment même où l’éclatement du salariat et les mises en concurrence rendent plus impératif que jamais de construire du collectif, ce qui est sa raison d’être.
Réduire ce hiatus est l’un des enjeux de ce congrès. Il concerne, au-delà des syndiqué·es et des salarié·es, la société tout entière.
Maryse DUMAS
Et ce n’est pas fini...