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Le blog de Bernard SARLANDIE

Vive la guerre ! A bas les services publics !

1 Juin 2026, 18:19pm

Publié par Bernardoc

In La Tribune du 30 mai 2026 (extraits)

L’exécutif a transmis, jeudi 28 mai, au parlement deux décrets qui annulent 847 millions d’euros de crédits budgétaires. Au total, Bercy met 4 milliards d’euros de côté sur la sphère de l’État, en comptant 3,2 milliards d’euros de gel de crédits.

Nous devons prévoir d’ores et déjà un certain nombre de mesures à hauteur de 6 milliards d’euros, avait annoncé, le 21 avril, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David AMIEL. Ce dernier constatait une dégradation des finances publiques de l’Hexagone en raison de la guerre au Moyen-Orient. Et de préciser la répartition suivante : 4 milliards d’euros de freinage de la dépense de l’État et 2 milliards d’euros sur la Sécurité sociale. Le gouvernement a indiqué, le 22 mai, que « l’enveloppe budgétaire dédiée aux allégements généraux n’augmentera pas » avec la revalorisation du Smic au 1er juin. Cette décision permet une économie de 2,2 milliards d’euros sur la sphère sociale. Toutefois, l'exécutif n’avait jusqu’à présent rien détaillé sur le volet État.

Ce jeudi 28 mai, l’exécutif a finalement expliqué dans un échange avec la presse qu’il allait prendre trois mesures : un surgel de crédits des ministères de 3,2 milliards d’euros — ces crédits sont rendus temporairement indisponibles mais pourraient être « dégelés » en cours d’année si la situation économique s’améliore —, une annulation pure et simple de crédits à hauteur de 847 millions d’euros et une ouverture de crédits de 407 millions d’euros pour financer les aides annoncées par le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Pour réaliser techniquement ces annulations et ouvertures de crédits budgétaires, l’exécutif a rédigé deux décrets. Il les a transmis, jeudi soir, pour avis aux commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat.

La crise iranienne a déjà alourdi le poids de la dette de 3,6 milliards d’euros à ce jour. Mais Bercy n’a pas détaillé ce que recouvre précisément cette somme.

En revanche, le ministère a bien transmis un décret « portant annulations de crédits » d’un montant de 440 millions d’euros en autorisations d’engagement (AE) et un autre de 407 millions d’euros. « Ces annulations concernent exclusivement les crédits hors masse salariale. Elles portent, pour l’essentiel, sur la réserve de précaution », écrit le ministre Amiel. Ce courrier annexé est adressé au président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Éric COQUEREL. C’est-à-dire, détaille Bercy, « des crédits qui étaient mis en réserve depuis la loi de finances et qui n'avaient ni objet ni destination de manière précise ».

À la lecture des deux tableaux joints aux décrets, on s’aperçoit que l’exécutif a choisi de « couper » de manière transversale sur les ministères, tout en préservant les ministères régaliens — notamment les Armées et la Justice. Aucun crédit n’a été annulé pour le Défense par souci de « cohérence », indique Bercy. Les dépenses sont en effet en hausse cette année en raison du conflit au Moyen-Orient. En revanche, « les Armées et la Justice contribuent quand même à l’effort collectif via des mesures de surgel de crédits », précise le ministère. Par ailleurs, l’Outre-mer a aussi été épargné en raison d'« un gel anticipé de crédit en mars ».

Les chiffres des coupes donnés par mission budgétaire permettent quelques constats : près de 200 millions d’euros ont été annulés sur la mission « Régimes sociaux et de retraite ». Cela concerne les retraites de la SNCF et de la RATP. Par un jeu de transfert de charges, l’État a pris un arrêté en décembre dernier. Cet acte augmente la contribution employeur de ces entreprises publiques. C’est pourquoi l’annulation de ces crédits a été rendue financièrement possible.

Par ailleurs, la mission « Recherche et enseignement supérieur » est amputée de 139 millions d’euros et celle concernant « Travail, emploi et administration des ministères sociaux » de 122 millions d’euros. Au sein de cette dernière, le programme « Accès et retour à l’emploi » est particulièrement touché avec 112 millions d’euros en moins pour cette année. Par ailleurs, la mission « Enseignement scolaire » perd près de 44 millions d’euros de crédits. La mission « Culture » voit quant à elle s’annuler 38 millions d’euros.

En parallèle, le gouvernement a pris un décret d’avance qui ouvre 407 millions d’euros de crédits en autorisations d’engagement. Ces crédits vont être imputés à la mission « Écologie, développement et mobilité durables » et dans le programme « Énergie, climat et après-mines ». Le ministre de l’Action et des Comptes publics juge cette manière de procéder « impérative » pour financer les aides annoncées par le Premier ministre.

Concrètement, cet argent va permettre de « financer l’aide forfaitaire » de 100 euros aux grands rouleurs. Pour rappel, elle correspond à 20 centimes d’euro par litre de carburant. Elle s’adresse aux foyers jusqu’au 5e décile de revenus utilisant leur véhicule à des fins professionnelles ou pour leurs trajets domicile-travail. Elle peut être sollicitée sur le site de l’administration fiscale, impots.gouv.fr, depuis le 27 mai. Au cours de l’échange avec la presse, Bercy a précisé que cette aide représente un coût de 320 millions d’euros pour l’État.

Autre dispositif que ces crédits vont financer : le chèque énergie qui a été « élargi » ce printemps. Bilan : 700 000 ménages supplémentaires ont perçu un chèque moyen de 153 euros. Ce qui a un coût de près de 100 millions d’euros pour l’État. La réforme du chèque énergie a aussi « étendu l’aide spécifique à tous les résidents des logements-foyers conventionnés APL, aux logements en intermédiation locative et aux revenus les plus modestes des établissements accueillant des personnes âgées ». Là encore, le coût pour l’État s’élève à 36,6 millions d’euros au titre de 2025 et de 50 millions d’euros pour 2026 (86,6 millions d’euros au total).

Pour contrebalancer ces ouvertures de crédits, des annulations d’un même montant (407 millions d’euros) ont été « intégralement gagées » sur « des crédits ministériels hors masse salariale issus de la réserve de précaution », insiste Bercy. Elles sont intégrées aux chiffres de coupes budgétaires cités plus haut.

À ce stade, le gouvernement de Sébastien LECORNU vise toujours une cible de 5 % de déficit en 2026. Mais la marche paraît de plus en plus haute. L’Insee a en effet annoncé, ce vendredi 29 mai, un recul de la croissance de l’Hexagone de 0,1 % au 1er trimestre.

L’avis qui sera rendu par l’Assemblée nationale et le Sénat d'ici à jeudi prochain devrait, selon Bercy, « clore cette première phase de freinage de la dépense publique ». Fin juin se déroulera un nouveau comité d’alerte des finances publiques à l’issue duquel de nouvelles mesures pourraient être prises par le gouvernement.

Et ce n’est pas fini...

 

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