A la découverte de la perfide Albion
Lorsque j’arrivai à Jean Aicard en 5ème M (moi qui arrivais de 5èmeM7, c’est dire la différence d’échelle) au début du deuxième trimestre, j’avais comme professeur d’anglais M. ROLLAND, qui arrivait d’un séjour de cinq ans aux USA (d’où il avait rapporté les stylos-feutre) et que tout le monde appelait « Sorcier » à cause de son tic de langage : « C’est pas sorcier ». Il était très controversé, mais pour moi, qui depuis un an déjà avais envie de devenir prof. d’anglais, ce fut un de mes inspirateurs. Il m’avait à la bonne car, selon ses critères de notation, j’étais deux ou trois points au dessus du suivant. Comme pour tous les élèves, il raccourcissait mon nom : j’étais habituellement « Sarlan », « Sar » lorsqu’il était en forme.
Je retrouvai cet enseignant en seconde. Comme j’étais toujours décidé à me diriger vers l’enseignement de l’anglais, il insista pour que je me rende dans un pays anglophone. Après discussion avec ma mère, contact fut pris avec une officine et en juillet 1964 j’allais partir comme hôte payant à Walthamstow, une banlieue de l’est londonien. Mes parents m’accompagnèrent en train à Paris où ils n’étaient pas revenus depuis notre déménagement. Je devais prendre le train de St Lazare à Dieppe, puis le ferry de Dieppe à Newhaven pour enfin arriver à Victoria station. Je me souviens du départ, moi hilare dans le train et ma mère en pleurs sur le quai ! Tout se passa bien, je me découvris le pied marin et je me retrouvai quasiment seul sur le quai de Victoria station, en train de demander aux quelques hommes encore présents : « Excuse me, are you Mr WRIGHT ? ». Une partie de la famille (il y avait cinq enfants) finit par arriver. Je fus fort bien intégré, je découvris la baignoire, les tapis et les fauteuils qui ne faisaient pas partie de mon environnement familial.
Le père était électricien et collectionnait les vieux disques, voire rouleaux de cire, sur lesquels étaient gravés des standards du jazz. La plus petite fille, Jenny, avait trois ans ; c’est la seule qui n’allait pas à l’école, et tous les matins elle regardait la seule émission de télévision qui existait à l’époque, et qui était à destination des enfants de son âge : Play School. Et je dois dire qu’en regardant cette émission avec elle, j’ai fait d’énormes progrès en anglais. Tout de suite après le déjeuner, je prenais le train pour me rendre à Londres que je découvrais grâce à un guide que m’avait fait acheter Mr WRIGHT. Grâce à lui, je visitais aussi les usines Ford de Dagenham, aujourd’hui disparues, une véritable ville dont les documents m’ont servi bien des années plus tard lors de certains cours à Blanquefort.
Et ce n’est pas fini…