Londres bis
Deux ans plus tard, rebelote. Cette année-là, j’y allais au mois d’août puisqu’il fallait attendre les résultats du bac. Ce fut une expérience complètement différente, puisque je me retrouvai à Catford, une banlieue du sud est, un peu plus chic à l’époque (nous étions en 1964), et au lieu d’une famille nombreuse, je me retrouvais chez une veuve passionnée de jardinage et qui fumait comme un pompier. C’est d’ailleurs quelque chose qui m’avait frappé : le nombre de femmes anglaises qui fumaient ouvertement dans la rue.
Nous étions au mois d’août, et contrairement au mois de juillet de ma première visite, ce ne fut pas trois semaines de beau temps et une semaine de pluie, mais le contraire.
Comme j’avais pas mal visité Londres la première fois, j’étais moins avide d’aller en ville tous les jours et la semaine ensoleillée fut consacrée à la piscine en plein air, bondée bien entendu. J’ai découvert les cinémas, enfumés, les courses de lévriers où une fois par semaine j’allais miser mon argent de poche disponible (mais il faut dire que les enjeux étaient très modestes). C’était bien avant que les anglais deviennent « métriques », quand la livre comportait vingt shillings qui eux-mêmes étaient divisés en douze pence.
Je profitai aussi d’une journée de voile sur un estuaire avec le fils de ma logeuse, ce qui se traduisit aussi par une acquisition de vocabulaire spécialisé, qui n’était pas à négliger deux mois avant mon entrée en fac d’anglais à Nice. En ce temps-là la rentrée universitaire se déroulait aux alentours de la Toussaint.
Je décidai aussi de rendre visite aux WRIGHTS à Walthamstow ; je m’étais fait « beau », comme on disait à l’époque, et je tombai dans une ambiance libertaro-beatnik où mon costume me mettait mal à l’aise. Ce fut la dernière fois que j’entendis parler de cette famille pourtant artiste et sympa, mais nous n’en étions pas au même point d’évolution.
Cet été là fut celui de Jackie la coiffeuse, ma première English girl-friend avec qui nous sommes restés en contact pendant plusieurs années, comme avec Mrs MORLEY d’ailleurs avec qui nos échanges épistolaires se sont terminés avec sa mort.
Ces deux fois quatre semaines passées seul dans deux familles différentes me firent découvrir des aspects différents de la vie outre-manche et surtout me permirent d’énormes progrès dans l’expression anglaise, ce qui me mettait dans une situation favorable pour entamer ces études britanniques.
Et ce n’est pas fini…