Blanquefort, la suite
Lendemain de la rentrée de janvier, sans prévenir (ça ne se faisait pas à l’époque), l’inspectrice débarque dans ma classe en me déclarant qu’elle venait en tant que conseillère pédagogique.
Première chose : « Où est le cahier de textes ? » « Ils l’ont perdu Madame. » « Un cahier de textes, ça ne se perd pas » ; toi, va le chercher dit-elle en désignant un élève. Trois minutes après, le cahier de textes était dans la classe.
Elle eut l’occasion de me dire lors de l’entretien de refuser de faire cours si cela se reproduisait et je dois dire qu’au cours de ma carrière d’enseignant j’eus l’occasion de mettre par deux fois ce précepte en pratique une fois à Blanquefort (une semaine) et une fois à BoraBora (deux semaines). Finalement les élèves en avaient assez de ne pas avoir de cours et le cahier de textes finissait par revenir. L’inspectrice me déclara également que mes élèves étaient des sauvages et que je ne m’en sortais pas si mal que ça devant ce public. Elle me conseilla aussi de faire poncer les tables qui étaient en piteux état, ce qui était facile grâce à l’atelier bois. Et du jour où les tables revinrent propres, elles le restèrent – au moins tant que je fus le seul à utiliser cette salle.
Mon CAECET (Certificat d’Aptitude à l’Enseignement en CET –alors que nous étions devenus des LEP depuis plusieurs mois) se solda par un succès, notamment parce que « j’avais compris que la pédagogie Freinet ne pouvait s’appliquer dans le secondaire » selon les termes de l’inspectrice. Je n’argumentai pas, car ce qui importait était la titularisation qui me permettrait de gagner ma liberté pédagogique.
Je repiquai donc dans le même établissement, en ayant négocié des heures séparées pour l’anglais, ce qui me procura un emploi du temps beaucoup moins avantageux que l’année précédente. Ainsi, je ne travaillais le vendredi qu’après la récréation de seize heures, et pour un cours de français qui se terminait un quart d’heure plus tôt que d’habitude pour permettre aux internes d’attraper leur train. Pas vraiment le meilleur moment pour un cours de français à des élèves qui apprenaient une profession du bâtiment.
Estelle eût le bon goût de naître à ce moment-là, ce qui me permit de bénéficier d’un jour de congé supplémentaire, car à cette époque les onze jours du congé de paternité n’étaient même pas en gestation.
Et ce n’est pas fini…