Survivre à Ouagadougou
Nous avions rencontré des coopérants qui avaient proposé de nous héberger lors de notre séjour à Ouagadougou. Ils nous indiquèrent également l’adresse de l’ambassade, puisque j’étais « en permission » et que je devais rencontrer le médecin militaire attaché à l’ambassade.
Je rencontrai un homme charmant, mais j’ai commencé à douter lorsque je l’ai vu hésiter sur la prescription. Croyant bien faire, il me prescrivit deux traitements curatifs. Je lus moi aussi les notices et je me rendis compte que si je suivais son ordonnance, je risquais l’empoisonnement. Je ne pris donc qu’un traitement sur les deux et je récupérais normalement. Mais je décidai, puisque l’absorption régulière de Nivaquine ne m’avait pas prévenu des crises, de ne plus prendre les cachets qu’un jour sur deux, et je ne m’en suis pas plus mal porté jusqu’au bout.
De Ouagadougou, nous avons poussé jusqu’à Koudougou et son lac aux crocodiles, ville que nous reverrons peut-être d’ici la fin de l’année, en partant avec l’association haillannaise Partage et coup de pouce pour une mission humanitaire, qui me donnera notamment l’occasion de voir l’enfant que je parraine dans l’espoir que, scolarisé, il ait de meilleures chances de s’en sortir.
Le toubib avait quand même eu une initiative généreuse : comme j’étais en permission et que j’accomplissais mon service national actif, il rédigea un certificat en me disant que, de retour en France, je pourrai essayer d’obtenir une pension d’invalidité.
Je fus donc convoqué un beau jour à l’hôpital Robert Picqué, où l’on me posa des questions sur ma santé, questions auxquelles je répondis honnêtement que depuis mon retour en France je n’avais eu aucune crise de paludisme. La commission de réforme me déclara que j’avais une invalidité de 5%, et que, comme elle n’était pas apparue au cours d’une période militaire, je demeurais réserviste du service militaire. Je m’adressai au plus gradé en lui spécifiant que je ne savais pas me servir d’un fusil, vu que je n’avais jamais été militaire. Ma question dérangeait (Etait-ce déjà une spécialité ? ) et il passa le bébé à son voisin, qui se défaussa aussi vers un autre, et c’est finalement celui qui avait le moins de barrettes qui me répondit textuellement : « Ce n’est pas un problème ; vous savez, on peut très bien faire la guerre dans un bureau. ». Joli, non ?
Le paludisme se rappela à mon bon souvenir il y a une dizaine d’années, lorsque je fus définitivement interdit de don du sang et d’organes.
Et ce n’est pas fini…