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Le blog de Bernard SARLANDIE

Éducation nationale : la disette au programme

8 Décembre 2025, 11:40am

Publié par Bernardoc

In Libération du 5 décembre 2025

Loin de l’image exemplaire d’un portefeuille généreux, renforcé en faveur «de l’avenir» et de l’école inclusive qu’on essaie de lui coller, le budget de l’Éducation nationale n’échappe pas à la disette budgétaire. Comme chaque automne, la dramaturgie est maîtrisée : sur scène, on vante une hausse de 200 millions d’euros de l’enveloppe allouée à l’école par rapport à 2025, la création de 5 440 postes à l’Éducation nationale ou encore l’embauche de 1 200 accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) supplémentaires. Et on se garde bien de mentionner les coupes dans les effectifs de profs, le gel des aides pour les élèves les plus défavorisés et les réformes abandonnées en cours de route.

Concernant l’enseignement scolaire, le projet de loi de finances (PLF) pour 2026 prévoit un budget de 64,5 milliards d’euros, hors pensions. Soit, sur le papier, une hausse de 200 millions d’euros par rapport aux 64,3 milliards d’euros prévus pour 2025. Mais c’est un écran de fumée : rien que le «glissement vieillesse technicité», ce phénomène mécanique qui alourdit les dépenses du fait de l’ancienneté et des évolutions de carrière des fonctionnaires, induit une hausse des dépenses de personnel de 419 millions d’euros pour 2026.

Côté effectifs, on se targue de la création de 5 440 postes ETP (équivalent temps plein). En farfouillant dans les méandres budgétaires relatifs à l’enseignement scolaire, la réalité s’avère bien moins reluisante : dans les grilles chiffrées, on lit la suppression de 4 018 postes d’enseignants (2 373 dans le premier degré et 1 645 dans le second). «On nous fait croire à un effort alors qu’on joue avec les chiffres. On assiste à des jeux de dupes permanents par rapport au budget de l’Éducation nationale», dénonce Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du syndicat enseignant SE-Unsa.

«Il y a des suppressions de postes d’un côté, il y a des créations de postes de l’autre», s’était défendu le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Édouard GEFFRAY, en octobre lors d’un déplacement dans une école élémentaire en Essonne. «D’un côté, ce sont des postes qui correspondent [...] à l’effondrement démographique, et de l’autre, il y a des créations de postes qui correspondent aux concours, qui seront nos futurs professeurs. […] Le solde des deux fait que le ministère de l’Éducation nationale continue à créer des emplois cette année.»

En effet, le solde positif de 5 440 ETP tient à la création de 7 938 postes de professeurs stagiaires dans le cadre de la réforme du recrutement et de la formation initiale des personnels enseignants. Pour tenter d’enrayer la pénurie de profs qui frappe de plein fouet l’Éducation nationale, le concours sera avancé à bac + 3 au lieu de bac + 5 actuellement. Résultat : pour laisser le temps aux étudiants déjà engagés dans le parcours de passer le concours à bac + 5, deux épreuves vont coexister pendant deux ans. «Donc oui, des emplois de stagiaires sont créés, mais ils sont liés à une période transitoire. Ces créations sont purement conjoncturelles et ne disent rien d’un investissement massif pour l’avenir», tonne Sophie VENETITAY, secrétaire générale du Snes-FSU.

Pour densifier les rangs clairsemés des accompagnants d’élèves en situation de handicap, 1 200 postes seront créés. Car ils manquent largement à l’appel : en septembre 2025, sur les 320 000 élèves en situation de handicap, près de 50 000 n’avaient pas d’accompagnant. Mais les créations de postes restent moins ambitieuses que par le passé : c’est presque moitié moins que l’année dernière (+ 2 000 ETP), et encore moins que 2024 (+ 3 000 ETP).

Pour justifier les coups de rabot dans les effectifs enseignants, le gouvernement s’appuie sur l’argument démographique. Entre 2024 et 2034, la France comptera 19 % d’écoliers en moins, anticipe l’Institut des politiques publiques (IPP), conséquence de l’effondrement de la natalité. Mais prendre cette évolution attendue pour sabrer dès à présent est un argument fallacieux, aux yeux de l’économiste de l’IPP Youssef SOUIDI : «Dans le premier degré, on est actuellement dans une période de stabilité, pas encore de baisse. Pareil dans le second degré, où on coupe alors que la baisse démographique ne s’y fait pas encore ressentir.»

Pour nombre d’économistes, la baisse du nombre d’enfants scolarisés représente surtout une opportunité en or de repenser notre système éducatif. «Soit on maintient un taux d’encadrement constant donc on baisse le nombre de professeurs. Soit on investit pour le futur et on maintient les effectifs enseignants pour diminuer le nombre d’enfants par classe, développe Youssef SOUIDI. C’est un levier efficace pour améliorer le niveau des élèves et l’attractivité du métier d’enseignant, qui pourront travailler dans de meilleures conditions.»

En douce, le PLF 2026 marque surtout un coup d’arrêt pour de nombreuses réformes annoncées par Emmanuel MACRON. Le pacte enseignant, dispositif phare porté par l’ancien ministre Pap NDIAYE en 2023 qui prévoit de rémunérer les profs volontaires qui mènent des missions supplémentaires, est à la diète : seulement 480 millions d’euros y sont consacrés pour l’année prochaine, loin des 900 millions annoncés chaque année à sa mise en place. «Deux ans plus tard, les crédits sont rabotés parce qu’il y a des choix budgétaires à faire. On est contre ce dispositif mais la logique laisse un goût amer : la rémunération des professeurs devient une variable d’ajustement quand il faut faire des économies», tacle Sophie VENETITAY.

Et le pacte est loin d’être le seul à se voir réduit comme peau de chagrin. Le Conseil national de la refondation Éducation, qui prévoyait depuis 2023 la mise en place de concertations locales pour faire émerger des initiatives autour de l’école, a pour sa part tout bonnement disparu du budget pour 2026. Tout juste évoque-t-on une dotation de «2,5 millions d’euros afin de couvrir les restes à payer» dans le premier degré. Comme annoncé en septembre par le Premier ministre, Sébastien LECORNU, le service national universel (SNU) est également enterré. Las face à tant de revirements, Bruno BOBKIEWICZ, secrétaire général du syndicat de direction SNPDEN, tonne : «On ne va pas pleurer la mort de ces dispositifs, mais c’est de l’argent et de l’énergie qu’on aurait pu mettre ailleurs. C’est terrible : on donne d’une main et on reprend de l’autre.»

Soumise à la même cure d’austérité, la part collective du pass culture, qui permet aux établissements scolaires de financer les activités artistiques et culturelles, est amputée de 10 millions d’euros et passe ainsi de 72 millions pour 2025 à 62 pour l’année prochaine. Enième sacrifice : les fonds sociaux collégiens et lycéens, ces précieux coups de pouces financiers pour les élèves les plus défavorisés qui ne peuvent faire face aux dépenses comme le transport, les fournitures scolaires ou la cantine, se voient rabotés de 1,34 million d’euros, portant l’enveloppe totale à plus de 47 millions. Si ce n’est pas la coupe la plus massive du budget, elle reste une preuve de plus d’une «école publique sacrifiée», comme le souligne Elisabeth Allain-Moreno : «Est-ce qu’on a abandonné nos élèves ? Est-ce qu’on a une autre vision de l’école ? Les moyens servent aujourd’hui une politique éducative conservatrice, à rebours des besoins réels de l’école.»

Et ce n’est pas fini...

 

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