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Le blog de Bernard SARLANDIE

Canicule : « La rénovation thermique de l’ensemble du bâti scolaire est une urgence absolue »

26 Juin 2026, 16:37pm

Publié par Bernardoc

In Le Monde du 25 juin 2026

Le 7 février 1973, la France se réveille en état de choc. La veille dans la soirée, le collège Edouard-Pailleron, situé dans le 19e arrondissement de Paris, a brûlé et s’est effondré en moins de trente minutes comme un château de cartes. Il y a 20 morts, dont 16 enfants, tous là parce que le conservatoire y avait délocalisé ses cours de solfège. Cet établissement incarne une technique de construction modulaire reproduite à l’identique sur l’ensemble du territoire. On parlera des « collèges Pailleron ». Un enfant de 14 ans avoue rapidement avoir mis le feu à une poubelle sans savoir que le collège était encore occupé.

Mais les parents de victimes, constitués en association, réclament que les vrais responsables et coupables soient condamnés : l’administration de l’éducation nationale restée sourde à toutes les alertes depuis plusieurs années : cloisons trop fines, fils électriques apparents, sol qui s’effondre, fuites de gaz, chauffage défaillant et, surtout, risque d’incendie.

L’affaire déchaîne les médias jusqu’au procès, qui n’a lieu qu’en 1977. Huit personnes sont inculpées, et quatre condamnées à de la prison avec sursis, une chaîne de responsabilités allant de l’architecte à différents responsables administratifs. Une chaîne difficile et longue à identifier dans le contexte de millefeuille administratif et de déconcentration balbutiante où tout le monde se renvoie la balle. Mais le procès est implacable : pour des raisons d’économies budgétaires, et parce qu’il fallait construire « un CES par jour », selon les mots du ministre de l’éducation Christian FOUCHET (1962-1967), la sécurité des enfants a été négligée.

Un demi-siècle plus tard, les contingences budgétaires sont encore à l’origine des images devenues banales de plafonds qui s’effondrent, de cours dispensés dans des préfabriqués, de souris qui s’invitent dans les classes et, surtout, des cas recensés chaque année de grand froid dans les classes en plein hiver et de chaleur insupportable en situation de canicule.

En temps normal, les écoles des quartiers populaires sont les plus touchées, double peine pour les enfants qui vivent déjà souvent dans des conditions compliquées. Mais en situation d’extrême chaleur, toutes les écoles, tous les collèges et les lycées suffoquent alors que s’y déroulent les examens. On retiendra comme image de l’année 2026 celle des couvertures de survie, en rupture de stock dans les magasins, accrochées par les parents eux-mêmes aux vitres des écoles de leurs enfants dans des salles où la température dépasse, dès le matin, 30 °C.

Mais on retiendra aussi que, dans la foulée de la première semaine de canicule, en mai, le gouvernement a choisi de geler une part du fonds vert destiné à accompagner la transition écologique, sacrifiant au passage la rénovation thermique des écoles. Il faut bien parler de choix politique qui est ici double : d’abord, la minoration consternante, confinant au climatoscepticisme, de l’enjeu climatique ; ensuite, le signe d’un désintérêt pour l’éducation et le bien-être des enfants mis en danger à et par l’école alors que cette institution devrait les protéger.

L’État central se défausse sur les collectivités territoriales et les agents auxquels il confie la responsabilité de la gestion de crise. Bien sûr on sort pour cela les grands principes de management : il s’agit d’être « au plus près des réalités locales », on « adaptera », on sera « flexible » comme un élastique qui fond au soleil. Ce faisant, la responsabilité n’est plus politique, elle est déplacée sur les individus chargés de faire fonctionner la machine : parents, enseignants, directions d’établissement.

En rejetant toute forme de gestion nationale, le ministère de l’éducation place les membres du personnel dans le même piège qu’au moment du Covid-19 : sommés de se dévouer pour le bien-être des élèves, ils sont culpabilisés dès qu’ils réclament de travailler dans des conditions matérielles décentes.

Il a fallu attendre plus de cinquante ans avant que ne soit prévue la fermeture des derniers « collèges Pailleron ». Combien de temps allons-nous devoir patienter pour que soit prise en considération l’urgence absolue d’une rénovation thermique de l’ensemble du bâti scolaire ? Et comment avancer politiquement sur une politique écologique digne de ce nom, qui témoignerait d’une considération réelle pour les enfants dans les écoles, mais aussi, plus largement, dans l’espace public ?

Cette dépolitisation renforce le sentiment que la réponse à la crise est affaire de bricolage technique : on débat alors médiatiquement de climatisation, de ventilateurs, de blanc de Meudon, de brumisateurs et de bouteilles d’eau. Des rustines sur des jambes de bois aussi pertinentes que lorsque le ministère de l’éducation avait fini par envoyer des masques en tissu aux membres du personnel pour se protéger du virus responsable du Covid-19.

Laurence De Cock ( historienne et enseignante en lycée).

Et ce n’est pas fini...

 

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