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Le blog de Bernard SARLANDIE

Le long chemin des profs qui souhaitent se reconvertir

13 Mars 2026, 18:59pm

Publié par Bernardoc

In La Croix du 11 mars 2026

C’est un phénomène circonscrit mais qui prend de l’ampleur : en cinq ans, les départs volontaires d’enseignants ont été multipliés par dix, avec 2 400 professeurs sur l’année scolaire 2023-2024, sur un total de 850 000 enseignants.

Partir, mais pour faire quoi ? Les professeurs qui veulent changer d’air peuvent d’abord envisager d’évoluer en interne : concours pour devenir chef d’établissement ou inspecteur, départ à l’étranger, postes en détachement… Mais certains choisissent de quitter pour de bon l’éducation nationale. Malgré les près de 400 responsables ressources humaines de proximité implantés depuis 2019 dans les académies, ils doivent souvent solliciter des tiers associatifs pour réussir à partir, faute d’informations claires et d’accompagnement.

La première motivation de ces professeurs semble de fuir leurs conditions de travail. « Surcharge d’effectifs, formations hors temps scolaires, injonctions de la hiérarchie, difficulté de mobilité, rémunération… », égrène Matthieu DROUHIN, secrétaire national du syndicat d’enseignants SE-Unsa qui propose régulièrement des stages dédiés à la mobilité des enseignants.

C’est en effet un « ras-le-bol » dû à la charge mentale et à l’épuisement liés à des classes surchargées et à un manque d’AESH qui a poussé Dominique, 58 ans, à démissionner il y a deux ans, après vingt ans d’enseignement en maternelle au nord de Grenoble. Ancienne ingénieure dans l’industrie déjà reconvertie par goût de transmettre aux élèves, elle ne voulait pas y finir sa carrière.

Mais le parcours n’a pas été simple. Ne sachant où s’orienter, elle commence par un bilan de compétences puis découvre la graphothérapie (la rééducation de l’écriture), à laquelle elle se forme pendant les vacances, avant de demander une rupture conventionnelle pour ouvrir son cabinet. Celle-ci lui est refusée pour « nécessité de service », c’est-à-dire pour assurer la continuité du service public. Décidée à partir, elle finit par démissionner trois jours avant la rentrée scolaire, soutenue par l’association Aide aux profs, qui accompagne les professeurs à se reconvertir, et lance son activité.

Coaching, artisanat, rachat de franchise, salariat, ouverture de commerce… Les reconversions constatées par Rémi BOYER, président et fondateur de l’association Aide aux profs, sont variées. Lui explique la hausse des départs par le recul de l’âge de la retraite et par le Covid, qui a agi comme un déclic, et relève la difficulté des enseignants à « cerner leurs compétences transférables » pour s’orienter.

Frédéric, 51 ans, a lui aussi bataillé pour quitter son métier d’enseignant en élémentaire dans les Yvelines, un territoire en tension. Sa demande de prolongation de sa mise en disponibilité – afin de créer son entreprise de maquettes en relief pour enfants – lui a également été refusée pour les mêmes motifs. Après un long chemin pour négocier son départ et pour faire reconnaître son diagnostic d’autisme, il a fini par démissionner. Un départ selon lui « impossible » sans le soutien d’Aide aux profs. « On ne quitte pas l’éducation nationale comme ça », insiste celui qui a lancé son entreprise.

Stéphanie, agrégée d’anglais de 42 ans, a réussi à jeter l’éponge avec l’aide de l’association, après des années où le plaisir d’enseigner « ne pesait plus assez lourd dans la balance ». Celle qui a quitté son poste en 2021 après onze ans dans un lycée de banlieue parisienne puis trois ans dans des classes Ulis évoque le poids de la charge mentale, l’impression « de ne servir à rien », et un manque de reconnaissance. Mais le coup de grâce a lieu en 2015, quand elle confie son souhait de partir à un inspecteur. « Vous n’allez quand même pas quitter la grande maison ! », lui répond-il. Une phrase symptomatique selon elle : « L’éducation nationale ne veut pas reconnaître qu’on a besoin de seconde carrière. Aujourd’hui, on ne veut plus faire ça toute sa vie », s’insurge celle qui, après un long cheminement, a fini par trouver un poste en détachement au sein de France Éducation International, un établissement public administratif (EPA) rattaché au ministère, où elle s’épanouit.

L’éducation nationale tente en effet de juguler le phénomène des départs pour réguler les effectifs, alors que 2 500 professeurs manquaient à l’appel à la rentrée 2025. Le motif de « nécessité de service » est souvent invoqué pour refuser des mises en disponibilité ou des ruptures conventionnelles. Ce mode de départ permettant de toucher le chômage a récemment été pérennisé pour la fonction publique, mais quatre demandes sur cinq seraient refusées.

Et ce n’est pas fini...

 

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