Ireland by night
Je devais m’embarquer au Havre pour débarquer à Cork. J’avais réservé une cabine vu la longueur de la traversée. La tempête faisait rage sur la Manche si bien que le départ fut décalé d’une douzaine d’heures. Ma cabine se trouvait à la proue, au niveau de la ligne de flottaison, sans hublot. Et j’avais des visions de Titanic lorsque j’entendais les vagues déchaînées venir se briser contre la coque. J’ai passé mon temps à manger, boire et dormir : c’était la confirmation que j’avais le pied marin. Et lorsque nous rejoignions nos voitures au moment de débarquer, je me rendis compte que pour certains le voyage n’avait pas été de tout repos.
Il faisait bien froid, j’avais ma casquette écossaise, mon blouson et mon écharpe qui ne cachait pas la longueur de ma barbe. Au moment de débarquer, la police aux frontières arrêta une seule voiture, ma « Samba » afin de vérifier peut-être le nombre de Kalachnikov qu’il y avait dans le coffre. J’ouvris donc mon coffre, ils pointèrent la trousse à outils, me demandèrent de l’ouvrir, puis me laissèrent repartir après m’avoir posé quelques questions. Il devait être trois heures du matin.
Je pris donc la route en direction du nord, mon voyage maritime m’ayant permis de récupérer de la fatigue de la conduite depuis Lormont. Lorsque j’arrivais à Ennis, il était convenu que j’appelle le Principal-adjoint, Philip McMahon si je me souviens bien. Mais il était 6h30, ce qui, compte-tenu des habitudes britanniques était bien trop tôt pour déranger les gens. J’allongeais mon siège et tentais de sommeiller à nouveau, mais au bout d’une heure, le froid était si saisissant que je me décidai quand même à l’avertir de mon arrivée. Il arriva rapidement et me conduisit chez lui pour le breakfast traditionnel, avant de me montrer la maison que Kathleen avait réservée pour moi, au milieu de nulle part, en face d’un pub qui avait malencontreusement brûlé la semaine précédente. J’allais donc être contraint à une sobriété forcée pendant tout mon séjour !
Il s’agissait d’une maison avec trois chambres, fort mal isolée. Je condamnais tout de suite deux des trois chambres, ce qui m’évitait de les chauffer, et je me régalais de passer du temps en face de la cheminée que j’allumais tous les soirs en revenant de l’école qui se trouvait à une quinzaine de kilomètres.
Et ce n’est pas fini…