L'expérience irlandaise
Comment m’étais-je retrouvé à Dublin, un jour de France-Irlande ? Cela faisait cinq ans que j’étais à Blanquefort, et j’avais envie d’aller un peu respirer ailleurs. En pistant le BO, je formulais la demande pour un échange poste pour poste. Je n’avais pas envie de partir pour un an, et tant qu’à faire, je souhaitais découvrir un pays anglophone que je ne connaissais pas. L’Irlande offrait la possibilité de partir pour un trimestre. Je devais obtenir une appréciation de l’inspecteur. Comme je n’avais pas été inspecté depuis mon Caecet, je pensais qu’il viendrait me voir et qu’il en profiterait pour écrire son appréciation. Que nenni ! Il me convoqua dans un bureau du rectorat, me félicita de ma démarche et découvrit que j’avais besoin d’une inspection. Il en profiterait pour inspecter également ma collègue.
L’échange eut donc lieu au cours du deuxième trimestre entre le LEP de Blanquefort et l’école secondaire de Tulla, dans le County Clare, un comté de l’ouest irlandais. Grand adepte de la correspondance scolaire, je proposai d’établir des relations avec une classe de BEP, et ma partenaire souhaita même la diversifier avec des classes de CAP. Comme tous les anglicistes de CAP étaient des volontaires, j’acceptai cette idée, et nous fîmes un premier envoi. Nous attendîmes en vain la réponse.
Estelle allait passer six semaines chez chacun de ses grands-parents, nous disposions donc d’une chambre dans notre HLM que nous mîmes à la disposition de Kathleen. Le trimestre commençant plus tard en Irlande, j’accueillis ma partenaire à son arrivée, et en lui faisant visiter Lormont, je tombais sur le curé, qui était un ami, même s’il connaissait mes positions religieuses, et je lui présentai une de ses nouvelles ouailles, puisque lorsque je lui avais demandé si elle était catholique, sa réponse avait été : « Of course ». Apparemment, elle ne mit pas les pieds plus d’une fois à la messe, car lorsqu’elle se fut rendu compte que personne ne lui ferait de remarque si elle s’en dispensait, elle trouva mieux à faire, surtout que, contrairement à ce qu’il se passait en Irlande où les messes se succédaient toutes les heures, c'est-à-dire que le service ne dépassait pas quarante à quarante-cinq minutes, ce n’était pas le cas à Lormont où Jean-Marie aimait bien insister sur le sermon, sans contrainte de temps.
Deux jours plus tard j’allais présenter Kathleen à mon établissement, où nous débarquâmes comme des cheveux sur la soupe au moment où le patron et les secrétaires fêtaient au champagne l’année nouvelle. Ils ne nous invitèrent d’ailleurs pas à partager leurs libations.
Et ce n’est pas fini…