Petits bonheurs
Il est des choses comme ça, qui depuis un mois m’ont aidé à porter à nouveau un regard positif sur une administration que j’ai servie pendant quarante ans et que le déplaisir que j’ai eu à terminer ma carrière en côtoyant certains fonctionnaires m’avait conduit à haïr.
Il y a environ un mois, une professeure de lettres classiques à la retraite se voyait remettre la Légion d’Honneur, et bien que j’aie quitté l’établissement où nous nous étions rencontrés depuis plus de dix ans, elle n’avait pas oublié d’inviter le Principal-adjoint que j’avais été pour cette cérémonie. Là, je croisais aussi une autre collègue, devenue inspectrice depuis, et qui me raconta combien elle avait été surprise, lorsqu’elle était venue se présenter, de voir affiché sur la porte de mon bureau : « Bernard SARLANDIE sera toujours jeune ». Elle avait fait demi-tour et était redescendue à l’accueil pour redemander où se trouvait « l’administration ». Je dois dire que c’est un épisode que j’avais complètement oublié. Et dire que je suis devenu Principal l’année suivante…Certains auraient sans doute trouvé cela rédhibitoire. Merci à la personne du ministère qui m’avait reçu et s’est souvenue de moi !
Il y a eu ensuite notre « repas solsticial » des anciens de Langevin, une coutume qui perdure depuis plusieurs années, mais qui cette année n’a rassemblé que des retraités. Là aussi, c’est un plaisir sans cesse renouvelé : évoquer les souvenirs communs est le ferment d’une bonne soirée.
Vinrent ensuite les vœux d’une autre collègue, enseignante de lettres dans un autre collège et qui m’avoue combien elle a hâte de prendre sa retraite ; quand je me souviens de l’enthousiasme qu’elle manifestait en classe et de la façon dont elle avait ébloui l’inspectrice, on ne peut que constater combien l’institution, par les conditions de travail de plus en plus dégradées qu’elle impose, arrive à briser ses plus fidèles et talentueux serviteurs.
Enfin, et ça date de ce midi, je suis allé manger dans un restaurant asiatique à côté du collège Francisco Goya, où il nous était arrivé de faire des repas de pré-rentrée. Lorsque le patron est venu me servir, je lui ai demandé des nouvelles de sa fille, que nous avions eue comme élève. Il a eu du mal à me reconnaître, mais sa fille est arrivée peu après et il lui a demandé si elle savait qui j’étais : elle n’a pas hésité et nous avons discuté un moment des années passées et de son nouveau métier de professeure d’anglais. Elle m’a révélé que pendant les vacances de Noël, ils s’étaient retrouvés une quinzaine d’anciens élèves pour faire une photo devant le collège. La ZEP, ça forme !
Et ce n’est pas fini…