Orthographe.
Ah ! Ça manquait dans la campagne. Après la viande hallal et le permis de conduire il fallait bien trouver quelque chose de nouveau pour distraire les électeurs des problèmes que va devoir résoudre la VI° République (au fait, le futur ministre Montebourg en est-il toujours partisan ?).
Comme si l’orthographe était un « problème » nouveau. Je pense que c’est surtout un instrument qui permettait à la bourgeoisie de se reconnaître. Lorsque je prenais des élèves de 1ère année CAP du bâtiment, si je voulais débloquer leur écriture, je n’insistais surtout pas sur l’orthographe avant qu’ils arrivent à me faire une composition française d’au moins une page, ce qui pouvait prendre plusieurs mois ; et c’est à ce moment que nous nous attaquions à l’orthographe. Je vous parle là de la fin des années 1970.
Jean-Pierre TIMBAUD, célèbre syndicaliste limousin de la métallurgie, fusillé à Châteaubriand en même temps que Guy MÔCQUET, était loin de maîtriser cet outil, ce qui ne l’a pas empêché d’être un meneur d’hommes et un patriote défenseur de la classe ouvrière.
Mais cette pseudo inquiétude ministérielle ne risque-t-elle pas de se retourner contre celui qui la propage ? En effet, pense-t-on que l’augmentation du nombre d’élèves par classe, la disparition des RASED, et surtout l’absence de formation des maîtres conduira à une amélioration des apprentissages ? Si je n’étais pas passé par une ENNA, je suis sûr que j’aurais éprouvé énormément de difficultés à introduire l’orthographe dans mes cours et d’aboutir à des résultats.
Mais je pense aussi qu’il peut y avoir un déclic, et que certaines difficultés peuvent s’aplanir au cours de la scolarité, résultat d’un entraînement régulier et non traumatisant et d’une plus grande maturité.
Bien sûr, je trouve plus agréable de lire un courrier vierge de toute anomalie orthographique, mais à l’époque des correcteurs informatiques d’orthographe, quelle est la part authentique et quelle est la part de l’ordinateur ? C’est pour cela que je n’attache à l’orthographe qu’une valeur toute relative, d’autant que la langue évolue sans cesse et que certains mots ne s’écrivent plus de la même façon qu’il y a 58 ans lorsque j’ai appris à écrire.
Et ce n’est pas fini…