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Le blog de Bernard SARLANDIE

culture

À une jeune veuve

29 Mars 2021, 12:00pm

Publié par Bernardoc

Jeune et charmant objet à qui pour son partage
Le ciel a prodigué les trésors les plus doux,
Les grâces, la beauté, l’esprit, et le veuvage,
Jouissez du rare avantage
D’être sans préjugés, ainsi que sans époux !
Libre de ce double esclavage,
Joignez à tous ces dons celui d’en faire usage ;
Faites de votre lit le trône de l’Amour ;
Qu’il ramène les Ris, bannis de votre cour
Par la puissance maritale.
Ah ! ce n’est pas au lit qu’un mari se signale :
Il dort toute la nuit et gronde tout le jour ;
Ou s’il arrive par merveille
Que chez lui la nature éveille le désir,
Attend-il qu’à son tour chez sa femme il s’éveille ?
Non : sans aucun prélude il brusque le plaisir ;
Il ne connaît point l’art d’animer ce qu’on aime,
D’amener par degrés la volupté suprême :
Le traître jouit seul… si pourtant c’est jouir.
Loin de vous tous liens, fût-ce avec Plutus même !
L’Amour se chargera du soin de vous pourvoir.
Vous n’avez jusqu’ici connu que le devoir,
Le plaisir vous reste à connaître.
Quel fortuné mortel y sera votre maître !
Ah ! lorsque, d’amour enivré,
Dans le sein du plaisir il vous fera renaître,
Lui-même trouvera qu’il l’avait ignoré.

Voltaire, Épîtres, stances et odes

Et ce n'est pas fini...

 

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Renée VIVIEN

28 Mars 2021, 09:42am

Publié par Bernardoc

Désir


 

Elle est lasse, après tant d’épuisantes luxures.
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein du souvenir des lentes meurtrissures.
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l’Amante aux cruels ongles longs

Soudain la ressaisit, et l’étreint, et l’embrasse
D’une ardeur si sauvage et si douce à la fois,
Que le beau corps brisé s’offre, en demandant grâce,
Dans un râle d’amour, de désirs et d’effrois.

Et le sanglot qui monte avec monotonie,
S’exaspérant enfin de trop de volupté,
Hurle comme l’on hurle aux moments d’agonie,
Sans espoir d’attendrir l’immense surdité.

Puis, l’atroce silence, et l’horreur qu’il apporte,
Le brusque étouffement de la plaintive voix,
Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,
Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.

Cendres et Poussières, 1902

Et ce n'est pas fini...

 

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Billet à Lily

27 Mars 2021, 11:26am

Publié par Bernardoc

Ma petite compatriote,
M’est avis que veniez ce soir
Frapper à ma porte et me voir.

Ô la scandaleuse ribote
De gros baisers et de petits
Conforme à mes gros appétits ?
Mais les vôtres sont si mièvres ?

Primo, je baiserai vos lèvres,
Toutes, c’est mon cher entremets,
Et les manières que j’y mets,
Comme en tant de choses vécues,
Sont friandes et convaincues !
Vous passerez vos doigts jolis
Dans ma flave barbe d’apôtre,
Et je caresserai la vôtre.
Et sur votre gorge de lys,
Où mes ardeurs mettront des roses,
Je poserai ma bouche en feu.
Mes bras se piqueront au jeu,
Pâmés autour de bonnes choses
De dessous la taille et plus bas.
Puis mes mains, non sans fols combats
Avec vos mains mal courroucées
Flatteront de tendres fessées
Ce beau derrière qu’étreindra
tout l’effort qui lors bandera
Ma gravité vers votre centre.

À mon tour je frappe. Ô dis : Entre !

Paul VERLAINE, Femmes, 1890

Et ce n'est pas fini...

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L’Escale

26 Mars 2021, 11:18am

Publié par Bernardoc

Dans la coursive de l’immeuble,
Le phonographe résonne encore.

L’horloge s’emballe
à mesure que le temps avance.
Mon coeur s’enflamme, je l’attends.

Lorsqu’il apparaît sur le perron,
Sa silhouette élancée
Me fait l’effet d’une valse qui m’étourdit.

Son regard se pose avec douceur
Dans mes yeux pétillants.

Comme un peintre qui prépare sa toile
Pour dresser mon portrait,
Il balaie de bas en haut mon corps.

À cœur ouvert,
Je ne peux cacher mon expression,
Troublée et intimidée.

Il esquisse un sourire réconfortant
Avant de sortir de l’immeuble.

Je suis imprégnée par sa présence
Encore quelques minutes
Avant de revenir à moi
Et de tourner une nouvelle page.

Laetitia SIOEN, 2017

Et ce n'est pas fini...

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Je ne veux qu’un rêve

25 Mars 2021, 09:08am

Publié par Bernardoc

Je ne veux qu’un rêve
À demi-flottant,
Que mon âme brève
Passe en voletant,
Que la brume fine
L’enveloppe aussi ;
Qu’elle s’achemine
Sans autre souci
Que celui d’errer
Avec une brise,
Sur l’arbre léger,
Sur la terre grise.

Cécile SAUVAGE, Fumées

Et ce n'est pas fini...

 

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Comme une grande fleur

24 Mars 2021, 08:53am

Publié par Bernardoc

Comme une grande fleur trop lourde qui défaille,
Parfois, toute en mes bras, tu renverses ta taille
Et plonges dans mes yeux tes beaux yeux verts ardents,
Avec un long sourire où miroitent tes dents…
Je t’enlace ; j’ai comme un peu de l’âpre joie
Du fauve frémissant et fier qui tient sa proie.
Tu souris… je te tiens pâle et l’âme perdue
De se sentir au bord du bonheur suspendue,
Et toujours le désir pareil au coeur me mord
De t’emporter ainsi, vivante, dans la mort.
Incliné sur tes yeux où palpite une flamme
Je descends, je descends, on dirait, dans ton âme…
De ta robe entr’ouverte aux larges plis flottants,
Où des éclairs de peau reluisent par instants,
Un arôme charnel où le désir s’allume
Monte à longs flots vers moi comme un parfum qui fume.
Et, lentement, les yeux clos, pour mieux m’en griser,
Je cueille sur tes dents la fleur de ton baiser !

Albert SAMAIN, Le chariot d’or (1900)

Et ce n'est pas fini...

 

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Je voudrais être Ixion et Tantale

23 Mars 2021, 09:44am

Publié par Bernardoc

Je voudrais être Ixion et Tantale,
Dessus la roue et dans les eaux là-bas,
Et nu à nu presser entre mes bras
Cette beauté qui les anges égale.

S’ainsi était, toute peine fatale
Me serait douce et ne me chaudrait pas,
Non, d’un vautour fussé-je le repas,
Non, qui le roc remonte et redévale.

Lui tâtonner seulement le tétin.
Echangerait l’obscur de mon destin
Au sort meilleur des princes de l’Asie :

Un demi-dieu me ferait son baiser,
Et flanc à flanc entre ses bras m’aiser,
Un de ces Dieux qui mangent l’Ambrosie.

Pierre de RONSARD

Et ce n'est pas fini...

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Ivresse rose

22 Mars 2021, 18:27pm

Publié par Bernardoc

Fraîche omniprésence du destin
Ton parfum, ma beauté, cette rose oblique
Heureusement qu’on peut être
Je crie ma joie, mon étourdissement, noyée dans cette banlieue oubliée du monde
Passion jaillissante de toi
Envie d’exister
de vivre
de jouir
de tes mains, chaleur enivrante
Ma peau est là encore aujourd’hui, demain, qui sait, elle ne sera point
Cuirasse, bouclier ou coquelicot sauvage
Pétales à cueillir cet instant
Chair sublime
Engrenage de reproduction humaine

Sybille REMBARD, Beauté fractionnée, 2002

Et ce n'est pas fini...

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A Julie

21 Mars 2021, 09:19am

Publié par Bernardoc

On me demande, par les rues,
Pourquoi je vais bayant aux grues,
Fumant mon cigare au soleil,
A quoi se passe ma jeunesse,
Et depuis trois ans de paresse
Ce qu’ont fait mes nuits sans sommeil.

Donne-moi tes lèvres, Julie ;
Les folles nuits qui t’ont pâlie
Ont séché leur corail luisant.
Parfume-les de ton haleine ;
Donne-les-moi, mon Africaine,
Tes belles lèvres de pur sang.

Mon imprimeur crie à tue-tête
Que sa machine est toujours prête,
Et que la mienne n’en peut mais.
D’honnêtes gens, qu’un club admire,
N’ont pas dédaigné de prédire
Que je n’en reviendrai jamais.

Julie, as-tu du vin d’Espagne ?
Hier, nous battions la campagne ;
Va donc voir s’il en reste encor.
Ta bouche est brûlante, Julie ;
Inventons donc quelque folie
Qui nous perde l’âme et le corps.

On dit que ma gourme me rentre,
Que je n’ai plus rien dans le ventre,
Que je suis vide à faire peur ;
Je crois, si j’en valais la peine,
Qu’on m’enverrait à Sainte-Hélène,
Avec un cancer dans le coeur.

Allons, Julie, il faut t’attendre
A me voir quelque jour en cendre,
Comme Hercule sur son rocher.
Puisque c’est par toi que j’expire,
Ouvre ta robe, Déjanire,
Que je monte sur mon bûcher.

Alfred de MUSSET

Et ce n'est pas fini...

 

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Étoiles de mes nuits

20 Mars 2021, 07:55am

Publié par Bernardoc

Par un matin laiteux où j’errais en maraude
Une femme inconnue a surgi du brouillard
En passant tout près d’elle, j’ai croisé son regard
Deux gemmes de saphir aux reflets d’émeraude

Bordées de longs cils noirs qui formaient un écrin
A des prunelles ardentes où brûlaient les paillettes
D’un or gris plus brillant que les mille facettes
D’un diamant ciselé par un outil divin

Dans un instant secret, cet éclair de lumière
A enflammé ma vie, morose et routinière
Me sortant pour toujours de ce mortel ennui

Depuis, dans le visage des ombres fugitives
Je cherche ces yeux pers, dont mon âme est captive
Et je les vois parfois, dans le ciel de mes nuits

Antoine LIVIC, Chants d’écume suivi de Fleurs fanées, 2017

Et ce n'est pas fini...

 

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