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Le blog de Bernard SARLANDIE

culture

A une robe rose

19 Mars 2021, 09:14am

Publié par Bernardoc

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !

Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un coeur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.

De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.

D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?

Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?

Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.

Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.

Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.

Théophile GAUTIER, La comédie de la mort

Et ce n'est pas fini...

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L’attente

18 Mars 2021, 09:24am

Publié par Bernardoc

Je languis pour toi, mon amour, c’est trop !
De fabuleuses touches, doigts doux au piano,
Sur tout l’instrument, hanté de frissons,
Voix veloutées, soupires profonds,
A un cheveu près avec mes défauts,
Je te sens me caresser sous la peau.

Encore des frissons puisque tu me manques,
Un manque de rappels physiques pour l’instant,
Jusqu’au jour, oui, retour dans mes bras, joie !
Sublime mais tranquille et active de toute foi.

Chloé DOUGLAS, 2015

Et ce n'est pas fini...

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La Mémoire

17 Mars 2021, 11:28am

Publié par Bernardoc

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?
Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr’ouverte qui rende
L’incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l’antilope errant sous le taillis humide
N’a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie,
O faculté sublime à l’égal du génie,
Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois ! »

François COPPEE, L’Exilée (1877)

Et ce n'est pas fini...

 

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A une passante

16 Mars 2021, 08:00am

Publié par Bernardoc

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Charles BAUDELAIRE

Et ce n'est pas fini...

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L’infâme adultère

15 Mars 2021, 10:00am

Publié par Bernardoc

Regards furtifs aux lueurs incandescentes
Caractère fautif et allure indécente
Sourires entendus et palabres bues
Promesse du fruit si peu défendu

L’infâme adultère ne dit jamais non
A l’homme délétère qui ne dit pas son nom

Investissant sur le pêché capital
Le bénéfice de l’amour marital
Spéculant sur les courbes boursières
Telle une chatte en mal de litière

Voluptueuse et enivrante imminence
Du jour promis à la jouissance
Expédiant le dîner qui précède
Au profit de l’idée qui l’obsède

L’infâme adultère ne dit jamais non
A l’homme délétère qui ne dit pas son nom

S’abandonnant sous des postures orpheline
Aux bons auspices de la gent masculine
Dans l’espoir qu’un monde meilleur
Illuminera son immonde laideur

A la liberté trop vite rendue
Par un amant dont la trace est perdue
Poursuivant sans répit son insatiable quête
A l’affut patiemment comme le ferait une bête

L’infâme adultère ne dit jamais non
A l’homme délétère qui ne dit pas son nom

Elie AYACHE

Et ce n'est pas fini...

 

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Désir

14 Mars 2021, 10:53am

Publié par Bernardoc

Mon désir est la région qui est devant moi
Derrière les lignes boches
Mon désir est aussi derrière moi
Après la zone des armées

Mon désir c’est la butte du Mesnil
Mon désir est là sur quoi je tire
De mon désir qui est au-delà de la zone des armées
Je n’en parle pas aujourd’hui mais j’y pense

Butte du Mesnil je t’imagine en vain
Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop sûrs d’eux
Trop enfoncés sous terre déjà enterrés

Ca ta clac des coups qui meurent en s’éloignant

En y veillant tard dans la nuit
Le Decauville qui toussote
La tôle ondulée sous la pluie
Et sous la pluie ma bourguignotte

Entends la terre véhémente
Vois les lueurs avant d’entendre les coups
Et tel obus siffler de la démence
Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût

Je désire
Te serrer dans ma main Main de Massiges
Si décharnée sur la carte

Le boyau Goethe où j’ai tiré
J’ai tiré même sur le boyau Nietzsche
Décidément je ne respecte aucune gloire
Nuit violente et violette et sombre et pleine d’or par moments
Nuits des hommes seulement

Nuit du 24 septembre
Demain l’assaut
Nuit violente ô nuit dont l’épouvantable cri profond devenait
plus intense de minute en minute
Nuit qui criait comme une femme qui accouche
Nuit des hommes seulement

Guillaume APOLLINAIRE, Calligrammes

Et ce n'est pas fini...

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Endymion

13 Mars 2021, 09:42am

Publié par Bernardoc

Endymion s’endort sur le mont solitaire,
Lui que Phœbé la nuit visite avec mystère,
Qu’elle adore en secret, un enfant, un pasteur.
Il est timide et fier, il est discret comme elle ;
Un charme grave au choix d’une amante immortelle
A désigné son front rêveur.

C’est lui qu’elle cherchait sur la vaste bruyère
Quand, sortant du nuage où tremblait sa lumière,
Elle jetait au loin un regard calme et pur,
Quand elle abandonnait jusqu’à son dernier voile,
Tandis qu’à ses côtés une pensive étoile
Scintillait dans l’éther obscur.

Phœbé ! le vallon, les bois et la colline
Dorment enveloppés dans ta pâleur divine ;
A peine au pied des monts flotte un léger brouillard.
Si l’air a des soupirs, ils ne sont point sensibles ;
Le lac dans le lointain berce ses eaux paisibles
Qui s’argentent sous ton regard.

Non, ton amour n’a pas cette ardeur qui consume.
Si quelquefois, le soir, quand ton flambeau s’allume.
Ton amant te contemple avant de s’endormir.
Nul éclat qui l’aveugle, aucun feu qui l’embrase ;
Rien ne trouble sa paix ni son heureuse extase ;
Tu l’éclaires sans l’éblouir.

Tu n’as pour le baiser que ton rayon timide,
Qui vers lui mollement glisse dans l’air humide,
Et sur sa lèvre pâle expire sans témoin.
Jamais le beau pasteur, objet de ta tendresse,
Ne te rendra, Phœbé, ta furtive caresse.
Qu’il reçoit, mais qu’il ne sent point.

Il va dormir ainsi sous la voûte étoilée
Jusqu’à l’heure où la nuit, frissonnante et voilée.
Disparaîtra des cieux t’entraînant sur ses pas.
Peut-être en s’éveillant te verra-t-il encore
Qui, t’effaçant devant les rougeurs de l’aurore,
Dans ta fuite lui souriras.

Louise ACKERMANN, Premières Poésies, 1871

Et ce n'est pas fini...

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On va en parler de la Commune, 150 ans après.

9 Mars 2021, 11:40am

Publié par Bernardoc

Début d'un article de Retronews

Lorsque la grande révolutionnaire retrouve Paris après neuf ans de bagne en Calédonie, une incroyable liesse populaire l’attend pour réveiller le souvenir de la Commune.

« Elle arrive ! Elle arrive ! » Une foule compacte se presse sur le quai de la gare Saint-Lazare en ce 9 novembre 1880. Il y a là des Parisiennes et Parisiens anonymes (certains journaux estiment la foule à 20 000 personnes tout autour de la gare) mais aussi des visages connus : Eugène Pottier, Frédéric Cournet, Charles Longuet ou Jules Vallès, tous membres de la Commune.

Selon La Justice du 11 novembre, le « Tout-Paris des grandes journées, des grandes émotions populaires, le Paris qui, même au milieu des hontes et des apostasies de l’Empire garda, intacte, sa foi à la République, le Paris pour lequel on est fier d’avoir souffert, ce Paris-là était sur pied ». Et n’attendait qu’une femme : Louise Michel.

Grande figure de la Commune, Louise Michel s’était vu refuser lors de son procès de décembre 1871 le peloton d’exécution qu’elle réclamait.

Et ce n'est pas fini...

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Dis maman, c’est quoi le 8 mars ?

8 Mars 2021, 09:37am

Publié par Michel BECERRO

En aout 1910, à Copenhague, au cours de la Conférence Internationale des femmes socialistes (au sens de l’époque), Clara Zetkin fait approuver la décision d’organiser chaque année une journée universelle de luttes pour les droits des femmes et pour la paix, avec au centre la bataille pour de droit de vote.

Au fil des années, cette initiative historique pour les droits des femmes allait subir une dérive mémorielle que Clara Zetkin ne pouvait imaginer.

Les mots ont un sens. L’adversaire de classe le sait bien. Tout ce qui peut contribuer à altérer, atténuer, dissoudre les velléités de l’action collective organisée est largement utilisé et sans répit.

Les raccourcis de langage ou d’écriture sont utilisés sans retenues.

Ainsi à l’origine, en 1910, la volonté des initiateurs est de faire du 8 mars une journée internationale de lutte des femmes pour leurs droits fondamentaux et quotidiens.

En 1975, l’ONU le transforme, en journée internationale des Femme, occultant toute idée de luttes

En 1982, la France va encore plus loin en le réduisant à la Journée de la Femme.

Ainsi, progressivement, est évacuée la référence aux luttes et à l’internationalisme, et l’indication de la femme au singulier écarte l’enjeu collectif pour privilégier le « chacune pour soi ».

S’agit-il d’erreur de langage, de faute d’inattention, de querelle sémantique ? Pas du tout. Rien de gratuit et pas de hasard dans tout cela.

Clara Zetkin, militante féministe, socialiste au sens de l’époque, n’a jamais voulu donner au 8 mars un caractère étriqué.

Aujourd’hui, comme en 1910, le 8 mars reste une journée de lutte pour les droits des femmes. De toute évidence et surtout dans le monde du travail, l’égalité hommes/femmes reste à conquérir.

Aujourd’hui, la crise sanitaire du Covid-19 est un témoignage puissant et criant de vérité car il rend visible les femmes en tant que premières de corvée. Elles sont 87 % du personnel soignant, infirmières et aides-soignantes, 68 % du personnel enseignant et non enseignant des écoles, 97 % des aides ménagères et aides à domicile, 73 % du personnel de nettoyage et d’entretien, 76 % des caissières et vendeuses. La crise montre la dureté de leur travail, la division sexuée du travail et met en évidence un paradoxe prégnant : toujours en première ligne sur le front des inégalités au travail et dans la vie. Et malgré ce rôle crucial, leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur !

Est-il besoin de dire la nécessité de porter ce message de lutte sans le dévoyer, ni le raccourcir au détriment de la vérité historique ?

Mars 2021 - Michel Becerro

Et ce n'est pas fini...

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Ma lycéenne.

20 Février 2021, 13:48pm

Publié par Bernardoc

Rien qu'un dimanche au bout d'la semaine
Et de l'encre bleue plein les mains
Et des récréations qui traînent
Au milieu des journées sans fin
Parfois tu m'écris une lettre
Où tu ne signes que d'un point
Ça met du soleil à ma fenêtre
Mais pour toi ça ne résout rien

Refrain
Je te réponds ma lycéenne
Moi qui ne suis plus lycéen
Tu veux quelqu'un qui te comprenne
Je te comprends j'essaie au moins


Derrière un maquillage timide
Un peu de noir autour des yeux
Vient se cacher la peur du vide
Tu penses " nous " mais tu dis " je "

Bien sûr tes parents tu les aimes
Mais tu dis qu'ils n'comprennent rien
Ce n'est pas l'avenir qui t'entraîne
Mais c'est l'ennui qui te retient


 

Refrain


Même si ta vie commence à peine
T'as déjà plus envie de rien
Et ce frisson que tu étrennes
N'est qu'une larme sans chagrin
Ta chambre est une grande scène

Mais les héros sont en photo
Et la voix qui te dit " je t'aime "
N'est qu'une chanson à la radio


 

Refrain


Dans tous les disques et tous les livres
Qui sont le décor de tes nuits
Tu cherches une raison de vivre
Comme un écho à ton ennui
Je n'ai de toi que quelques lignes
Quelques mots écrits à la main
Mais à mon tour je te fais signe
Même si tu m'oublies demain

Refrain

Le temps qui passe me fait de la peine
Et il nous sépare déjà
Mais tes angoisses et puis les miennes

Viennent à se ressembler parfois


Je te réponds ma lycéenne
J'aimerais être lycéen
J'attends quelqu'un qui me comprenne
Si c'était toi ce serait bien

Philippe CHATEL 1978

Et ce n'est pas fini...

 

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