Mes voyages
Tout a commencé très tôt ; je devais être au CP à l’école de la rue St Luc à Paris (pas très loin de l’église St Bernard qui est devenue célèbre quarante ans plus tard quand les CRS pasquaïens ont attaqué la porte à coups de hache pour en déloger des sans-papiers) et lors de la distribution des prix je reçus un livre illustré intitulé Légendes de la savane. A sa lecture, je décidai que j’irai en Afrique quand je serai grand pour découvrir la réalité de ce beau pays qui venait de m’être révélé.
Mais avant, plus prosaïquement, les voyages se déroulaient chaque année entre Paris-gare d’Austerlitz et St Yrieix la Perche en Haute-Vienne avec changement à Limoges. Nous voyagions régulièrement avec trois de mes cousines et leurs parents. Une année fut particulièrement épique : les voitures étaient encore les vieux wagons en bois d’avant-guerre dans lesquels les compartiments étaient indépendants, chacun disposant de deux portes : une de chaque côté. Et bien entendu, qu’est-ce que j’ai imaginé de faire pendant que nos mères préparaient le casse-croûte ? Tripoter une des portes que je réussis à ouvrir ! Panique dans le compartiment : les tentatives des adultes pour refermer la porte n’aboutirent pas car, même si on était loin du TGV, le vent empêchait cette manœuvre. Nous avons été contraints de nous serrer à l’autre extrémité du compartiment jusqu’à la prochaine gare pour nous protéger du courant d’air. Il n’y a pas eu besoin de me donner une rouste (ce ne faisait d’ailleurs pas partie des méthodes éducatives de mes parents), mais la leçon fut sévère et je n’eus aucun mal à me rendre compte que j’aurais très bien pu finir sur la voie.
Le premier grand voyage fut notre déménagement de la rue Polonceau (entre Barbès et Château-rouge) à San Salvadour, à Hyères dans le Var, au sein d’un magnifique parc fleuri et arboré dans lequel se dressait un hôpital de l’Assistance Publique de Paris. Nous avions pris des couchettes, car le voyage durait toute la nuit, et en débarquant à Toulon mon père tint à nous montrer le marché du cours Lafayette, ce qui nous plongeait directement dans la Provence maritime et les « Goûtez le poisson, le monde ! » n’était pas sans rappeler (ou annoncer ?) Les marchés de Provence de Gilbert Bécaud, lui-même Toulonnais.
Et ce n’est pas fini…