L'île sud
Les élèves étaient disséminés dans de nombreuses écoles, pas toutes dans Christchurch. Je fus donc amené par deux fois à louer une voiture pour rendre visite aux élèves. Chaque fois l’accueil était éminemment chaleureux et dans le hall de chaque école figuraient en bonne place les portraits des anciens élèves devenus All blacks.
La première question portait immanquablement sur le rugby : j’arrivais après une tournée du XV de France qui ne s’était pas soldée par un succès, mais on me complimentait toujours sur la qualité de jeu de notre équipe, qui aurait au moins mérité de gagner un test match. Puis j’étais mis en contact avec le professeur de français, ou plutôt la personne responsable du suivi de l’apprentissage du français dans l’école. En effet, parfois il n’y avait que deux ou trois élèves qui apprenaient notre langue, et l’enseignement se faisait donc à distance, supervisé par un enseignant qui n’avait rien à voir avec la discipline. En fallait-il du courage à ces élèves des antipodes pour vouloir apprendre la langue de chez nous !
Dans l’hémisphère austral, juillet et août sont les mois d’hiver, ce qui constituait un choc pour nos jeunes tahitiens habitués à des températures plus clémentes. Mais ils s’acclimataient bien et n’hésitaient pas à participer à des sorties au ski dans les Alpes néo-zélandaises avec leurs écoles au moment des vacances de mi-trimestre.
Et moi j’en profitais pour découvrir les paysages. Il n’y avait pas très
longtemps que j’étais allé au Québec, et parfois les vastes étendues où l’on roulait pendant des heures en ne voyant qu’un homme, un mouton, un mouton, un mouton, un mouton, un mouton, un mouton, un mouton, un homme, un mouton,…me rappelaient un peu le continent nord américain, avec cette différence essentielle que lorsque l’on arrivait enfin à une ville, elle avait un aspect européen, anglais pour la plupart, écossais pour Dunnedin, toujours dans l’île sud. Il existe même un village qui s’appelle « Erehwon » (Nowhere – nulle part – à l’envers), ce qui indique bien les déserts que l’on peut traverser.
Le réchauffement climatique n’était pas à la une de l’actualité il y a vingt cinq ans, mais j’avais été très choqué de voir le recul des glaciers locaux depuis un siècle.
Et ce n’est pas fini…
Premier « été » à BoraBora : Rose faisait un remplacement à l’infirmerie de l’île, et je décidai donc de continuer ce que j’avais fait pendant deux ans avec le CLTC (de la Ligue de l’Enseignement) en direction de l’Angleterre, c'est-à-dire accompagner des jeunes à l’étranger. La Ligue polynésienne ne faisait pas partie du dispositif, mais elle me mit en relation avec une association de parents d’élèves (surtout du privé ! ) qui organisait des voyages vers la Nouvelle Zélande.


Les vacances de Pâques ayant déjà commencé en France, Rose et Estelle vinrent me chercher. Elles débarquèrent donc à l’aéroport de Shannon, et ce furent les dernières surprises irlandaises.
Avec Rose et Estelle, nous allâmes jusqu’à Galway,
aux portes du Connemara, après avoir traversé le Burren, un désert calcaire très accueillant pour…les lichens.

mes visites. La côte ouest de l’Irlande, face à l’Amérique, est très découpée. Dans le county Clare se dressent face à l’océan les fameuse falaises de Moher, peu éloignées des iles d’Aran (dont j’ignore si elles ont une relation avec l’opéra de Gilbert Bécaud).
battus, avec nos cartes anglaises, il n’est pas évident de se repérer au milieu de ces petits murets de pierres sèches, car lorsque l’on arrive à un croisement, lorsqu’il y a des panneaux indicateurs, ils sont rédigés en…gaëlique, et les noms locaux n’ont absolument rien à voir avec leur traduction anglaise.
Shannon, on arrive à Dingle, un doigt qui s’avance dans l’océan atlantique. Là encore des paysages superbes et un col qui s’appelle le ‘Khyber pass’ mais quand même beaucoup plus sûr que le col du même nom au Pakistan.

Je pris donc la route en direction du nord, mon voyage maritime m’ayant permis de récupérer de la fatigue de la conduite depuis Lormont. Lorsque j’arrivais à Ennis, il était convenu que j’appelle le Principal-adjoint, Philip McMahon si je me souviens bien. Mais il était 6h30, ce qui, compte-tenu des habitudes britanniques était bien trop tôt pour déranger les gens. J’allongeais mon siège et tentais de sommeiller à nouveau, mais au bout d’une heure, le froid était si saisissant que je me décidai quand même à l’avertir de mon arrivée. Il arriva rapidement et me conduisit chez lui pour le breakfast traditionnel, avant de me montrer la maison que Kathleen avait réservée pour moi, au milieu de nulle part, en face d’un pub qui avait malencontreusement brûlé la semaine précédente. J’allais donc être contraint à une sobriété forcée pendant tout mon séjour !
