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Le blog de Bernard SARLANDIE

L’Escale

26 Mars 2021, 11:18am

Publié par Bernardoc

Dans la coursive de l’immeuble,
Le phonographe résonne encore.

L’horloge s’emballe
à mesure que le temps avance.
Mon coeur s’enflamme, je l’attends.

Lorsqu’il apparaît sur le perron,
Sa silhouette élancée
Me fait l’effet d’une valse qui m’étourdit.

Son regard se pose avec douceur
Dans mes yeux pétillants.

Comme un peintre qui prépare sa toile
Pour dresser mon portrait,
Il balaie de bas en haut mon corps.

À cœur ouvert,
Je ne peux cacher mon expression,
Troublée et intimidée.

Il esquisse un sourire réconfortant
Avant de sortir de l’immeuble.

Je suis imprégnée par sa présence
Encore quelques minutes
Avant de revenir à moi
Et de tourner une nouvelle page.

Laetitia SIOEN, 2017

Et ce n'est pas fini...

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Je ne veux qu’un rêve

25 Mars 2021, 09:08am

Publié par Bernardoc

Je ne veux qu’un rêve
À demi-flottant,
Que mon âme brève
Passe en voletant,
Que la brume fine
L’enveloppe aussi ;
Qu’elle s’achemine
Sans autre souci
Que celui d’errer
Avec une brise,
Sur l’arbre léger,
Sur la terre grise.

Cécile SAUVAGE, Fumées

Et ce n'est pas fini...

 

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Comme une grande fleur

24 Mars 2021, 08:53am

Publié par Bernardoc

Comme une grande fleur trop lourde qui défaille,
Parfois, toute en mes bras, tu renverses ta taille
Et plonges dans mes yeux tes beaux yeux verts ardents,
Avec un long sourire où miroitent tes dents…
Je t’enlace ; j’ai comme un peu de l’âpre joie
Du fauve frémissant et fier qui tient sa proie.
Tu souris… je te tiens pâle et l’âme perdue
De se sentir au bord du bonheur suspendue,
Et toujours le désir pareil au coeur me mord
De t’emporter ainsi, vivante, dans la mort.
Incliné sur tes yeux où palpite une flamme
Je descends, je descends, on dirait, dans ton âme…
De ta robe entr’ouverte aux larges plis flottants,
Où des éclairs de peau reluisent par instants,
Un arôme charnel où le désir s’allume
Monte à longs flots vers moi comme un parfum qui fume.
Et, lentement, les yeux clos, pour mieux m’en griser,
Je cueille sur tes dents la fleur de ton baiser !

Albert SAMAIN, Le chariot d’or (1900)

Et ce n'est pas fini...

 

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Je voudrais être Ixion et Tantale

23 Mars 2021, 09:44am

Publié par Bernardoc

Je voudrais être Ixion et Tantale,
Dessus la roue et dans les eaux là-bas,
Et nu à nu presser entre mes bras
Cette beauté qui les anges égale.

S’ainsi était, toute peine fatale
Me serait douce et ne me chaudrait pas,
Non, d’un vautour fussé-je le repas,
Non, qui le roc remonte et redévale.

Lui tâtonner seulement le tétin.
Echangerait l’obscur de mon destin
Au sort meilleur des princes de l’Asie :

Un demi-dieu me ferait son baiser,
Et flanc à flanc entre ses bras m’aiser,
Un de ces Dieux qui mangent l’Ambrosie.

Pierre de RONSARD

Et ce n'est pas fini...

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Ivresse rose

22 Mars 2021, 18:27pm

Publié par Bernardoc

Fraîche omniprésence du destin
Ton parfum, ma beauté, cette rose oblique
Heureusement qu’on peut être
Je crie ma joie, mon étourdissement, noyée dans cette banlieue oubliée du monde
Passion jaillissante de toi
Envie d’exister
de vivre
de jouir
de tes mains, chaleur enivrante
Ma peau est là encore aujourd’hui, demain, qui sait, elle ne sera point
Cuirasse, bouclier ou coquelicot sauvage
Pétales à cueillir cet instant
Chair sublime
Engrenage de reproduction humaine

Sybille REMBARD, Beauté fractionnée, 2002

Et ce n'est pas fini...

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A Julie

21 Mars 2021, 09:19am

Publié par Bernardoc

On me demande, par les rues,
Pourquoi je vais bayant aux grues,
Fumant mon cigare au soleil,
A quoi se passe ma jeunesse,
Et depuis trois ans de paresse
Ce qu’ont fait mes nuits sans sommeil.

Donne-moi tes lèvres, Julie ;
Les folles nuits qui t’ont pâlie
Ont séché leur corail luisant.
Parfume-les de ton haleine ;
Donne-les-moi, mon Africaine,
Tes belles lèvres de pur sang.

Mon imprimeur crie à tue-tête
Que sa machine est toujours prête,
Et que la mienne n’en peut mais.
D’honnêtes gens, qu’un club admire,
N’ont pas dédaigné de prédire
Que je n’en reviendrai jamais.

Julie, as-tu du vin d’Espagne ?
Hier, nous battions la campagne ;
Va donc voir s’il en reste encor.
Ta bouche est brûlante, Julie ;
Inventons donc quelque folie
Qui nous perde l’âme et le corps.

On dit que ma gourme me rentre,
Que je n’ai plus rien dans le ventre,
Que je suis vide à faire peur ;
Je crois, si j’en valais la peine,
Qu’on m’enverrait à Sainte-Hélène,
Avec un cancer dans le coeur.

Allons, Julie, il faut t’attendre
A me voir quelque jour en cendre,
Comme Hercule sur son rocher.
Puisque c’est par toi que j’expire,
Ouvre ta robe, Déjanire,
Que je monte sur mon bûcher.

Alfred de MUSSET

Et ce n'est pas fini...

 

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Étoiles de mes nuits

20 Mars 2021, 07:55am

Publié par Bernardoc

Par un matin laiteux où j’errais en maraude
Une femme inconnue a surgi du brouillard
En passant tout près d’elle, j’ai croisé son regard
Deux gemmes de saphir aux reflets d’émeraude

Bordées de longs cils noirs qui formaient un écrin
A des prunelles ardentes où brûlaient les paillettes
D’un or gris plus brillant que les mille facettes
D’un diamant ciselé par un outil divin

Dans un instant secret, cet éclair de lumière
A enflammé ma vie, morose et routinière
Me sortant pour toujours de ce mortel ennui

Depuis, dans le visage des ombres fugitives
Je cherche ces yeux pers, dont mon âme est captive
Et je les vois parfois, dans le ciel de mes nuits

Antoine LIVIC, Chants d’écume suivi de Fleurs fanées, 2017

Et ce n'est pas fini...

 

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A une robe rose

19 Mars 2021, 09:14am

Publié par Bernardoc

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !

Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un coeur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.

De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.

D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?

Est-ce à la rougeur de l’aurore,
A la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?

Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.

Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.

Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.

Théophile GAUTIER, La comédie de la mort

Et ce n'est pas fini...

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L’attente

18 Mars 2021, 09:24am

Publié par Bernardoc

Je languis pour toi, mon amour, c’est trop !
De fabuleuses touches, doigts doux au piano,
Sur tout l’instrument, hanté de frissons,
Voix veloutées, soupires profonds,
A un cheveu près avec mes défauts,
Je te sens me caresser sous la peau.

Encore des frissons puisque tu me manques,
Un manque de rappels physiques pour l’instant,
Jusqu’au jour, oui, retour dans mes bras, joie !
Sublime mais tranquille et active de toute foi.

Chloé DOUGLAS, 2015

Et ce n'est pas fini...

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La Mémoire

17 Mars 2021, 11:28am

Publié par Bernardoc

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?
Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr’ouverte qui rende
L’incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l’antilope errant sous le taillis humide
N’a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie,
O faculté sublime à l’égal du génie,
Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois ! »

François COPPEE, L’Exilée (1877)

Et ce n'est pas fini...

 

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