Faire payer les retraités rapporterait bien moins que prévu
In Le Figaro du 29 septembre 2026
Ils ne savent pas encore à quelle sauce ils vont être mangés mais une chose est sûre : les retraités seront mis à contribution. En amont de la présentation du budget prévue ce jeudi 1er octobre, Sébastien LECORNU a confirmé dans nos colonnes que les Français à la retraite devront participer à l’effort l’an prochain, mais le premier ministre n’a pas tranché entre les deux méthodes mises sur la table : la désindexation d’une partie des pensions ou la suppression de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités. Une note de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée ce lundi chiffre les rendements de ces mesures et leurs conséquences socio-économiques.
La première mesure étudiée, la désindexation, consiste à ne pas revaloriser les pensions de retraite de base le 1er janvier sur l’inflation, comme le prévoit la loi chaque année (les pensions ont augmenté de + 0,9 % en 2026, + 2,2 % en 2025 et + 5,3 % en 2024). Cette mesure permet de réduire la facture pour les finances publiques, sans augmenter les recettes. Avant Sébastien LECORNU, ses prédécesseurs François BAYROU et Michel BARNIER ont déjà voulu recourir à ce levier, avant de renoncer face à la fronde des parlementaires. Selon l’IPP, avec une inflation estimée à 2,5 % en 2026 - sur laquelle serait calculée la revalorisation pour 2027 - cette mesure aurait l’effet direct « le plus fort » pour les régimes de retraite, avec un gain de 6,6 milliards d’euros.
Pour autant, l’IPP souligne que « la baisse des pensions diminue les revenus primaires des ménages, donc les recettes d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux », comme la CSG ou la CRDS. En réduisant la capacité financière des retraités, l’État rabote donc ses propres recettes. Cette désindexation conduit par ailleurs à l’accroissement de « certaines dépenses sociales (minimum vieillesse, aides au logement) », note l’étude. Le gain net pour l’ensemble des finances publiques serait in fine de 5,2 milliards d’euros. Ce scénario se base cependant sur la désindexation de toutes les pensions de retraite, des plus petites aux plus élevées. Or, Sébastien LECORNU a prévenu que « les petites retraites seront protégées ». En fonction de la barre où serait mis le curseur d’une « petite » retraite (2 000 ou 3 000 euros), le rendement attendu pour les caisses publiques est plus faible encore.
L’IPP démontre en effet que « le rendement budgétaire décroît rapidement avec le seuil retenu ». En ne désindexant que les pensions supérieures à 3 000 euros, le gain pour l’État serait de 1,2 milliard d’euros, contre 2,8 milliards si les pensions de plus de 2 000 euros ne sont pas indexées. Un rendement bien plus faible qui s’explique par le fait que la majorité des Français ont aujourd’hui une petite retraite. Selon la Drees, le service de la statistique rattaché au ministère de la Santé, la pension moyenne de droit direct brut s’élevait à 1 620 euros en 2023 et seuls 8 % des retraités reçoivent plus de 3 000 euros bruts par mois.
Une autre piste d’économies qui revient chaque année dans le débat public, et que Matignon n’a pas manqué de reprendre à son compte, est la suppression de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités depuis 1978. Ils peuvent en effet réduire de 10 % de leur revenu imposable chaque année, dans la limite de 4 439 euros par foyer. Selon l’IPP, supprimer la totalité de cette niche fiscale rapporterait 5,4 milliards d’euros à l’État. Ce serait d’ailleurs la piste « au rendement net le plus élevé ». Une mesure « globalement progressive », détaille l’étude, car « l’avantage fiscal supprimé étant concentré sur les foyers imposables, les pertes relatives croissent avec le niveau de vie ». Les plus petites retraites, moins imposables, seraient alors moins mises à contribution, mais les aides au logement diminueraient pour les plus modestes, car elles sont calculées sur le revenu après abattement.
L’IPP assortit toutefois son analyse d’une mise en garde, notamment vis-à-vis du levier du montant des pensions. L’institut affirme que la désindexation complète « produit un profil anti-redistributif ». Ainsi, « les pertes relatives (de revenu), comprises entre 0,8 % et 1,5 % dans la moitié la plus modeste, décroissent ensuite le long de la distribution, jusqu’à 0,4 % pour le vingtième le plus aisé ». Les plus pauvres seront donc bien plus affectés par une désindexation, car la pension de base représente une part plus faible du revenu des ménages aisés, lesquels disposent d’autres revenus (retraite complémentaire, rentes, etc.). Ces deux mesures auraient alors pour conséquence de pénaliser les seniors les moins bien lotis, sauf si, là encore, le gouvernement décide en définitive de conserver l’abattement fiscal pour les plus petites retraites.
En plus du risque qu’elles font peser sur les plus modestes, la désindexation ou la suppression de l’abattement fiscal de 10 % sont en outre des mesures « récessives », selon le Conseil d’orientation des retraites (COR). Cet organisme, rattaché à Matignon, estime qu’une sous-indexation des retraites, parce qu’elle réduit le revenu des ménages - leur pouvoir d’achat étant de facto amoindri face à la hausse des prix - entraînerait « une contraction de la consommation, un ralentissement de l’activité (- 0,1 point) et un recul de l’emploi à court terme (environ 10 000 postes) ». Parmi les mesures examinées par le COR, seule l’augmentation de l’âge de départ est jugée « expansive », car elle permettrait de créer des emplois, d’augmenter les recettes fiscales et de décaler le versement des pensions des seniors qui continueraient de travailler. Un sujet qui ne manquera pas d’animer les débats entre les candidats à l’élection présidentielle d’avril et mai 2027.
Et ce n’est pas fini...
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