Procès de l'accident du Burdigala II à Bordeaux
Ici Gironde
Le 19 août 2019, le bateau de croisière le Burdigala II heurtait une pile du pont Chaban-Delmas à Bordeaux, blessant plusieurs dizaines de passagers à bord. "Le capitaine avait autant d’aptitude à naviguer qu’à piloter une navette spatiale", déclare l’avocat d’une partie civile.
A l’image de la croisière ce jour-là sur la Garonne, la première demi-journée d’audience n’a pas été un long fleuve tranquille. Ce jeudi 11 décembre s’est ouvert le procès de l’accident du Burdigala II devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Il y a six ans, ce navire percutait une pile du pont Chaban-Delmas, occasionnant de nombreux blessés parmi les 97 passagers. Le capitaine Denis LARROSE comparaît jusqu’à vendredi pour blessures involontaires et manquement délibéré à une obligation de prudence et de sécurité. Le prévenu, sexagénaire aujourd’hui, aurait pris les commandes du bateau sans en avoir les capacités.
Ce 19 août 2019, les passagers du Burdigala II embarquent "sous le soleil" pour une croisière de deux heures sur la Garonne. L’immense majorité d’entre eux est alors conviée par un ami, Bernard SARLANDIE qui célèbre son 70e anniversaire. "Ça devait être la croisière s’amuse", raconte ce Girondin né en Dordogne. Le champagne est servi et l'orgue de Barbarie tourne déjà.
Mais, quelques minutes seulement après avoir largué les amarres, le navire heurte une pile "babord" du pont Chaban-Delmas. "Ça a tapé", se souvient sobrement le capitaine. Les passagers eux craignent alors le pire surtout que le bateau percute ensuite le quai de Brazza. "Le choc a été violent, beaucoup de personnes sont tombés sur le pont", déclare M. Sarlandie. Son épouse est projetée au sol, blessée, "elle souffre d’une double fracture du bassin."
"Votre licence de patron-pilote n’était plus à jour depuis 1997", relève le président du tribunal à l’adresse du capitaine. "Il n’a pas de certificat de capacité de navigation", ajoutent les avocats des parties civiles. "Le prévenu a eu quatre heures de formation sur ce navire" pour apprendre "la marche avant et la marche arrière".
Les inscriptions dans la timonerie, là où se trouvent les instruments de navigation, n’étaient pas en français. "Les manuels, le mode d’emploi du bateau était en hollandais. Mais est-ce vous parlez le hollandais", demande le président au capitaine. "Non", répond ce dernier. Abasourdie, l'une des passagères bordelaises préfère se gausser : "On le surnomme Vasco de Gama", du nom du célèbre navigateur ayant découvert les Indes orientales.
Sur une photo projetée dans la salle d’audience apparaît la console des commandes du bateau, le capitaine n’est pas en mesure de désigner du doigt où se trouve le bouton d’arrêt d’urgence des moteurs. "Le problème, c’est qu’il ne le sait toujours pas, six ans après", remarque une ancienne passagère. Au moment du choc, aucun signal d'alerte n'est activé par l'équipage. C'est un passager qui conseille aux autres de se mettre en position de sécurité.
"Ce qui choque, c’est qu’il n’a pas conscience d’avoir mis en danger des dizaines de personnes, dont des enfants", s’insurge l’un des avocats des parties civiles. "Effectivement, je n’avais pas compté les gilets de sauvetage", reconnaît Denis LARROSE entraînant un murmure de consternation dans la salle d’audience. A propos de l’absence de certificats de navigation, "mes papiers ont brûlé", indique le capitaine. "Si vous perdez votre permis de conduire, ce n'est pas pour cela que vous ne savez plus conduire", estiment ses avocates avant de plaider la relaxe.
"Un bateau, c'est un bateau", affirme Denis LARROSE qui parle d’un "bug informatique". Pourtant, aucun problème n’avait été constaté lors des inspections réalisées par une société spécialisée. "Je regrette cet accident, aucun capitaine ne le souhaite, j’ai fait tout ce que j’ai pu", insiste le prévenu sans convaincre les victimes. "Vous ne conduisez quand même pas des avions aussi", ironise un avocat des parties civiles. "Vous n'êtes pas plus capitaine que moi je suis archevêque".
Et ce n’est pas fini...
/image%2F1563000%2F20251205%2Fob_f7ba91_separation.png)