Preston
Deuxième expérience de vie en Grande-Bretagne : je passais d’un comté rural et traditionnel des Midlands à un comté catholique du nord-ouest de l’Angleterre et dans la ville la plus catholique de ce comté. Je crois que maintenant elle est devenue une ville musulmane (à vérifier). L’école aussi était différente : au lieu d’une « anglican boarding grammar school », j’allais découvrir une « roman catholic day secondary school », c'est-à-dire que d’une école sélective qui conduisait au bac, je tombais sur un collège non sélectif qui s’arrêtait à la fin de la seconde (5th form) avec un examen final qui était les « O’levels » (pour « niveau ordinaire », et la fin des études pour un grand nombre d’élèves, surtout ceux issus des milieux défavorisés.
Les bâtiments n’étaient pas les mêmes non plus : au lieu des bâtiments datant du XVIII° ou XIX° siècle, je trouvais des constructions qui n’avaient rien à envier à nos fameux « Pailleron », et avec le recul, je dirais même qu’il ressemblait sacrément à Langevin ! La différence est que les autorités n’ont pas attendu 2010 pour fermer « St Cuthbert Mayne school » de Fulwood à Preston, puisque en la cherchant sur internet j’ai découvert qu’elle n’existait plus depuis 1998.
Mon travail était complètement différent : je prenais les élèves par petits groupes dès la 5ème et comme j’étais plus aguerri, j’avais davantage d’activités à proposer aux élèves, et ils préféraient venir avec moi que rester dans le cours traditionnel avec leur professeure, ce qui la rendait un peu jalouse même si elle essayait au mieux de le cacher. De ce fait, nos rapports sont toujours restés assez distants.
J’ai découvert dans cette école, en 1972 donc, la méthode de travail par projet, très similaire à nos « travaux croisés » mis en œuvre quelques trente ans plus tard dans nos collèges. Je me suis aussi émerveillé devant les travaux d’arts plastiques en découvrant des garçons en train de tricoter et des filles en train de construire des maquettes : on était vraiment très loin des cours de dessin que j’avais connus lycéen. Les cours de musique permettaient à quelques élèves de s’échapper pour aller pratiquer un instrument individuellement tandis que les autres continuaient leur apprentissage collectif. J’ai failli mettre cela en place à Goya, jusqu’à ce que la professeure en sous service soit réquisitionnée pour aller terminer son service dans un autre collège.
Le Principal de ce collège était un laïc, mais son adjointe était une bonne sœur, véritable « commissaire religieuse » chargée d’assurer la conformité de l’établissement avec les préceptes de Rome.
Et ce n’est pas fini…
J’ai eu l’occasion de pratiquer l’internat car, à partir du deuxième trimestre, le Directeur m’a proposé d’être logé, nourri, blanchi gratis en échange d’une à deux nuits de service par semaine. Grâce à cette aubaine j’ai pu faire de sérieuses économies, et comme nous étions trois jeunes célibataires à nous partager la tâche, il y avait toujours moyen de s’arranger si on avait calculé de sortir une nuit de service.
Ce gros bourg d’un comté rural des Midlands comportait deux écoles secondaires, une de garçons et une de filles. Bien entendu j’étais affecté sur l’écoles des garçons : Adams’ Grammar School. Il s’agissait d’une école semi-privée, en anglais : « volontary aided » qui, comme une demi-douzaine d’autres, appartenait à la guilde des merciers (haberdashers). L’enseignement y était gratuit, mais les parents, par exemple, avaient payé la piscine et le bloc scientifique. La majorité des élèves étaient internes et certains ne rentraient chez eux qu’aux petites vacances. Beaucoup d’enseignants venaient d’Oxbridge, c'est-à-dire les deux grandes universités anglaises.