Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le blog de Bernard SARLANDIE

culture

Et maintenant on attend que la pluie s'arrête...

27 Mars 2019, 08:07am

Publié par Bernardoc

Tu parles d'un titre ! En fait c'est pour tromper l'adversaire (?) : il s'agit d'une chronique illustrée de la première guerre mondiale à travers un échange de lettres entre les poilus et leurs familles ou leur marraine de guerre.

Le lieu choisi n'était pas évident pour représenter cette pièce : c'était le musée national de l'assurance maladie à Lormont. Mais la troupe est une habituée de ce lieu puisqu'elle y organise régulièrement avec beaucoup de succès, des visites nocturnes théâtralisées.

Cela commence autour d'un pique-nique dans le hall d'entrée, en été bien entendu, quand arrive l'annonce de la mobilisation générale. La fête est finie et les hommes revêtent sans grand enthousiasme leurs habits militaires. Les spectateurs, eux, sont toujours debout...jusqu'à ce que l'on nous invite à rejoindre une « guinguette » où l'on nous installe et on nous sert à boire. Et c'est là que nous assisterons au spectacle. C'est très émouvant et la façon de lire les lettres à plusieurs voix, la vie suggérée dans les tranchées, la succession des bonheurs (la naissance d'une petite fille) ou des malheurs (le suicide d'un soldat au front) captivaient les spectateurs qui entouraient les acteurs, entassés dans un espace confiné. La troupe de six personnes en parfaite parité jouait avec une finesse et une justesse bouleversantes.

Un regret : que l'ensemble du public n'ait pas repris la chanson de Craonne ; mais sans doute tout le monde ne la connaissait pas.

Je pense que c'était la dernière fois que ce spectacle était donné, les célébrations du centenaire de l'armistice étant terminées. Place maintenant à la réhabilitation des fusillés pour l'exemple ! Un thème pour une autre pièce ?

Et ce n'est pas fini...

Voir les commentaires

Dîner de famille.

26 Mars 2019, 08:59am

Publié par Bernardoc

C'était ma sortie théâtrale lors de mon dernier séjour à Paris. Le thème : « A l'occasion de ses 30 ans, Alexandre souhaite demander à ses parents d'être les témoins de son mariage. Son père, animateur de télé parisien, et sa mère, femme au foyer provinciale, sont fâchés depuis sa naissance. Alexandre va utiliser de faux prétextes pour les réunir. »

J'ai eu la chance de voir une représentattion dans laquelle un des co-auteurs, Joseph GALLET jouait Alexandre. Et c'est le deuxième co-auteur, Pascal ROCHER qui assurait une mise en scène très dynamique. Quiproquos, comique de situations, trouvailles sémantiques s'enchaînent à la manière d'un feu d'artifice, opposant la vie de la nouvelle famille de la mère, enfants compris, à la vie branchée du père homosexuel. Le public est souvent sollicité et répond avec bonheur.

Changement de décor et de thème à la fin ; c'est une petite faiblesse selon moi, mais qui symbolise la réussite du plan inventé par Alexandre : la réunion de ses parents, non plus chez lui mais sur un plateau de télévision où les trois sont réunis pour une nouvelle émission, encore plus débile que celle que le père présentait auparavant.

Une bonne soirée, allez-y ! Le Théâtre d'Edgar est à deux pas de la gare Montparnasse.

Et ce n'est pas fini...

Voir les commentaires

À Mademoiselle Le Couvreur

25 Mars 2019, 11:21am

Publié par Bernardoc

L’heureux talent dont vous charmez la France
Avait en vous brillé dès votre enfance ;
Il fut dès lors dangereux de vous voir,
Et vous plaisiez même sans le savoir.
Sur le théâtre heureusement conduite,
Parmi les vœux de cent cœurs empressés,
Vous récitiez, par la nature instruite :
C’était beaucoup, ce n’était point assez ;
Il vous fallut encore un plus grand maître.
Permettez-moi de faire ici connaître
Quel est ce Dieu de qui l’air enchanteur
Vous a donné votre gloire suprême :
Le tendre Amour me l’a conté lui-même ;
On me dira que l’Amour est menteur :
Hélas! je sais qu’il faut qu’on s’en défie ;
Qui mieux que moi connaît sa perfidie ?
Qui souffre plus de sa déloyauté ?
Je ne croirai cet enfant de ma vie ;
Mais cette fois il a dit vérité.
Ce même Amour, Vénus et Melpomène,
Loin de Paris faisaient voyage un jour ;
Ces Dieux charmants vinrent dans ce séjour
Où vos appas éclataient sur la scène ;
Chacun des trois avec étonnement
Vit cette grâce et simple et naturelle,
Qui faisait lors votre unique ornement :
Ah ! dirent-ils, cette jeune mortelle
Mérite bien que sans retardement
Nous répandions tous nos trésors sur elle.
Ce qu’un Dieu veut se fait dans le moment.
Tout aussitôt la tragique déesse
Vous inspira le goût, le sentiment,
Le pathétique, et la délicatesse :
Moi, dit Vénus, je lui fais un présent
Plus précieux, et c’est le don de plaire ;
Elle accroîtra l’empire de Cythère,
A son aspect tout cœur sera troublé,
Tous les esprits viendront lui rendre hommage ;
Moi, dit l’Amour, je ferai davantage,
Je veux qu’elle aime. A peine eut-il parlé
Que dans l’instant vous devîntes parfaite ;
Sans aucuns soins, sans étude, sans fard,
Des passions vous fûtes l’interprète :
Ô de l’Amour adorable sujette,
N’oubliez point le secret de votre art.

Voltaire, Épîtres, stances et odes

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires

Ballade des femmes de Paris

24 Mars 2019, 08:33am

Publié par Bernardoc

Quoiqu’on tient belles langagères
Florentines, Vénitiennes,
Assez pour être messagères,
Et mêmement les anciennes,
Mais soient Lombardes, Romaines.
Genevoises, à mes périls,
Pimontoises, savoisiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

De beau parler tiennent chaïères,
Ce dit-on, les Napolitaines,
Et sont très bonnes caquetières
Allemandes et Prussiennes ;
Soient Grecques, Egyptiennes,
De Hongrie ou d’autres pays,
Espagnoles ou Catelennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

Brettes, Suisses n’y savent guères,
Gasconnes, n’aussi Toulousaines :
De Petit Pont deux harengères
Les concluront, et les Lorraines,
Angloises et Calaisiennes,
(Ai-je beaucoup de lieux compris ?)
Picardes de Valenciennes ;
Il n’est bon bec que de Paris.

Prince, aux dames parisiennes
De bien parler donnez le prix ;
Quoi que l’on die d’Italiennes,
Il n’est bon bec que de Paris.

François VILLON, Le testament

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires

À celle qu’on dit froide

23 Mars 2019, 10:07am

Publié par Bernardoc

Tu n’es pas la plus amoureuse
De celles qui m’ont pris ma chair ;
Tu n’es pas la plus savoureuse
De mes femmes de l’autre hiver.

Mais je t’adore tout de même !
D’ailleurs ton corps doux et bénin
A tout, dans son calme suprême,
De si grassement féminin,

De si voluptueux sans phrase,
Depuis les pieds longtemps baisés
Jusqu’à ces yeux clairs pur d’extase,
Mais que bien et mieux apaisés !

Depuis les jambes et les cuisses
Jeunettes sous la jeune peau,
A travers ton odeur d’éclisses
Et d’écrevisses fraîches, beau,

Mignon, discret, doux, petit Chose
A peine ombré d’un or fluet,
T’ouvrant en une apothéose
A mon désir rauque et muet,

Jusqu’aux jolis tétins d’infante,
De miss à peine en puberté,
Jusqu’à ta gorge triomphante
Dans sa gracile venusté,

Jusqu’à ces épaules luisantes,
Jusqu’à la bouche, jusqu’au front
Naïfs aux mines innocentes
Qu’au fond les faits démentiront,

Jusqu’aux cheveux courts bouclés comme
Les cheveux d’un joli garçon,
Mais dont le flot nous charme, en somme,
Parmi leur apprêt sans façon,

En passant par la lente échine
Dodue à plaisir, jusques au
Cul somptueux, blancheur divine,
Rondeurs dignes de ton ciseau,

Mol Canova ! jusques aux cuisses

Qu’il sied de saluer encor,
Jusqu’aux mollets, fermes délices,
Jusqu’aux talons de rose et d’or !

Nos nœuds furent incoërcibles ?
Non, mais eurent leur attrait leur.
Nos feux se trouvèrent terribles ?
Non, mais donnèrent leur chaleur.

Quant au Point, Froide ? Non pas, Fraîche.
Je dis que notre « sérieux »
Fut surtout, et je m’en pourlèche,
Une masturbation mieux,

Bien qu’aussi bien les prévenances
Sussent te préparer sans plus,
Comme l’on dit, d’inconvenances,
Pensionnaire qui me plus.

Et je te garde entre mes femmes
Du regret non sans quelque espoir
De quand peut-être nous aimâmes
Et de sans doute nous ravoir.

Paul VERLAINE, Femmes, 1890

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires

A Londres je connus Bella

22 Mars 2019, 08:47am

Publié par Bernardoc

A Londres je connus Bella,
Princesse moins lointaine
Que son mari le capitaine
Qui n’était jamais là.

Et peut-être aimait-il la mangue ;
Mais Bella, les Français
Tels qu’on le parle : c’est assez
Pour qui ne prend que langue ;

Et la tienne vaut un talbin.
Mais quoi ? Rester rebelle,
Bella, quand te montre si belle
Le désordre du bain ?

Paul-Jean TOULETContrerimes

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires

Beauté, dans ce vallon

21 Mars 2019, 08:34am

Publié par Bernardoc

Beauté, dans ce vallon étends-toi blanche et nue
Et que ta chevelure alentour répandue
S’allonge sur la mousse en onduleux rameaux ;
Que l’immatérielle et pure voix de l’eau,
Mêlée au bruit léger de la brise qui pleure,
Module doucement ta plainte intérieure.
Une souple lumière à travers les bouleaux
Veloute ta blancheur d’une ombre claire et molle ;
Grêle, un rameau retombe et touche ton épaule
Dans le fin mouvement des arbres où l’oiseau
Voit la lune glisser sous la pâleur de l’eau,
Ô silence et fraîcheur de la verte atmosphère
Qui semble dans son calme envelopper la terre
Et t’endormir au sein d’un limpide univers,
Ô silence et fraîcheur où tes yeux sont ouverts
Pour suivre longuement ta muette pensée
Sur l’eau, dans le feuillage et dans l’ombre bercée.
Immortelle beauté,
Pensée harmonieuse embrassant la nature,
Endors sereinement ton rêve et ton murmure
Au-dessus des clameurs lointaines des cités.
Le monde à ton regard s’efface et se balance
Autour de ces bouleaux pleureurs
Et l’hymne de ton âme infiniment s’élance
Dans l’insaisissable rumeur.

Vallon, pelouse, silence
Où l’ombre vient s’allonger ;
Une pâle lueur danse
Et de son voile léger
Effleure ta forme claire
Sur qui rêvent les rameaux
Et le mouvement de l’eau
Paisible entre les fougères.

Cécile SAUVAGE, Le Vallon

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires

Comme on voit sur la branche

20 Mars 2019, 08:05am

Publié par Bernardoc

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose;

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur;
Mais battue, ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendres tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.

Pierre de RONSARD, Amours, 1560

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires

Comédie en trois baisers

19 Mars 2019, 09:22am

Publié par Bernardoc

Elle était fort déshabillée,
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres penchaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.

Je regardai, couleur de cire
Un petit rayon buissonnier
Papillonner, comme un sourire
Sur son beau sein, mouche au rosier.

Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un long rire tris-mal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Une risure de cristal…

Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : « Veux-tu finir ! »
La première audace permise,
Le rire feignait de punir !

Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : « Oh c’est encor mieux !… »

« Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »
Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…

Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres penchaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.

Arthur RIMBAUD, Poésies

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires

Anton Van Dyck

18 Mars 2019, 07:53am

Publié par Bernardoc

Douce fierté des coeurs, grâce noble des choses,
Qui brillent dans les yeux, les velours et les bois ;
Beau langage élevé du maintien et des poses
Héréditaire orgueil des femmes et des rois !

Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,
Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,
Dans toute belle main qui sait encor s’ouvrir…
Sans s’en douter, qu’importe, elle te tend les palmes !

Halte de cavaliers sous les pins, près des flots
Calmes comme eux, comme eux bien proches des sanglots ;
Enfants royaux déjà magnifiques et graves,
Vêtements résignés, chapeaux à plumes braves,
Et bijoux en qui pleure, onde à travers les flammes,
L’amertume des pleurs dont sont pleines les âmes,
Trop hautaines pour les laisser monter aux yeux ;
Et toi par-dessus tous, promeneur précieux
En chemise bleu pâle, une main à la hanche,
Dans l’autre un fruit feuillu détaché de la branche,
Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux :
Debout mais reposé dans cet obscur asile
Duc de Richmond, ô jeune sage ! – ou charmant fou ? –
Je te reviens toujours… -. Un saphir à ton cou
A des feux aussi doux que ton regard tranquille.

Marcel PROUST, Les Plaisirs et les Jours, Portraits de peintres et de musiciens 1896

Et ce n'est pas fini...

 

Voir les commentaires