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Le blog de Bernard SARLANDIE

culture

Au musée des antiques

17 Mars 2019, 09:04am

Publié par Bernardoc

Elle veille en sa chaise étroite ;
Quelque roi d’Egypte a sculpté
Dans l’extase et la gravité
Le corps droit et la tête droite.

Moitié coiffe et moitié bandeau,
Fond pur à des lignes vermeilles,
Un pan tourne autour des oreilles,
Sa robe est la prison du Beau.

Ses yeux, de profonds péristyles
Où ne passe rien de réel,
De toute la largeur d’un ciel
S’ouvrent aux visions stériles ;

Et le menton rit tel qu’un fruit,
Et la joue est une colline ;
Quant à l’aile de la narine,
C’est l’ibis envolé sans bruit.

De l’épaule menue et grasse
Les bras courent le long des reins
Jusques à ses genoux sereins
Que chacune des mains embrasse,

Et le plat des cuisses est tel
Qu’il vous trouble et qu’il vous apaise
Par des attirances de chaise
Et des solennités d’autel !

La fraîcheur du visage antique
Laisse au vague appétit des yeux
Deviner les seins précieux
Dans un pli trop énigmatique,

Et sous l’impur raffinement
D’un profil qu’on rêve à des chèvres,
C’est pour des dieux que vont les lèvres
Souriant indéfiniment.

Germain NOUVEAU, Premiers poèmes

Et ce n'est pas fini...

 

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A Julie

16 Mars 2019, 10:12am

Publié par Bernardoc

On me demande, par les rues,
Pourquoi je vais bayant aux grues,
Fumant mon cigare au soleil,
A quoi se passe ma jeunesse,
Et depuis trois ans de paresse
Ce qu’ont fait mes nuits sans sommeil.

Donne-moi tes lèvres, Julie ;
Les folles nuits qui t’ont pâlie
Ont séché leur corail luisant.
Parfume-les de ton haleine ;
Donne-les-moi, mon Africaine,
Tes belles lèvres de pur sang.

Mon imprimeur crie à tue-tête
Que sa machine est toujours prête,
Et que la mienne n’en peut mais.
D’honnêtes gens, qu’un club admire,
N’ont pas dédaigné de prédire
Que je n’en reviendrai jamais.

Julie, as-tu du vin d’Espagne ?
Hier, nous battions la campagne ;
Va donc voir s’il en reste encor.
Ta bouche est brûlante, Julie ;
Inventons donc quelque folie
Qui nous perde l’âme et le corps.

On dit que ma gourme me rentre,
Que je n’ai plus rien dans le ventre,
Que je suis vide à faire peur ;
Je crois, si j’en valais la peine,
Qu’on m’enverrait à Sainte-Hélène,
Avec un cancer dans le coeur.

Allons, Julie, il faut t’attendre
A me voir quelque jour en cendre,
Comme Hercule sur son rocher.
Puisque c’est par toi que j’expire,
Ouvre ta robe, Déjanire,
Que je monte sur mon bûcher.

Alfred de Musset

Et ce n'est pas fini...

 

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Baiser rose, baiser bleu

15 Mars 2019, 07:17am

Publié par Bernardoc

A table, l’autre jour, un réseau de guipure,
Comme un filet d’argent sur un marbre jeté,
De votre sein, voilant à demi la beauté,
Montrait, sous sa blancheur, une blancheur plus pure.

Vous trôniez parmi nous, radieuse figure,
Et le baiser du soir, d’un faible azur teinté,
Comme au contour d’un fruit la fleur du velouté,
Glissait sur votre épaule en mince découpure.

Mais la lampe allumée et se mêlant au jeu,
Posait un baiser rose auprès du baiser bleu :
Tel brille au clair de lune un feu dans de l’albâtre.

À ce charmant tableau, je me disais, rêveur,
Jaloux du reflet rose et du reflet bleuâtre :
 « Ô trop heureux reflets, s’ils savaient leur bonheur ! »

Théophile GAUTIER, Dernières poésies

Et ce n'est pas fini...

 

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À une jeune fille

14 Mars 2019, 22:01pm

Publié par Bernardoc

Pourquoi, tout à coup, quand tu joues,
Ces airs émus et soucieux ?
Qui te met cette fièvre aux yeux,
Ce rose marbré sur les joues ?

Ta vie était, jusqu’au moment
Où ces vagues langueurs t’ont prise,
Un ruisseau que frôlait la brise,
Un matinal gazouillement.

*

Comme ta beauté se révèle
Au-dessus de toute beauté,
Comme ton cœur semble emporté
Vers une existence nouvelle,

Comme en de mystiques ardeurs
Tu laisses planer haut ton âme.
Comme tu te sens naître femme
À ces printanières odeurs,

Peut-être que la destinée
Te montre un glorieux chemin ;
Peut-être ta nerveuse main
Mènera la terre enchaînée.

*

À coup sûr, tu ne seras pas
Épouse heureuse, douce mère ;
Aucun attachement vulgaire
Ne peut te retenir en bas.

*

As-tu des influx de victoire
Dans tes beaux yeux clairs, pleins d’orgueil,
Comme en son virginal coup d’œil
Jeanne d’Arc, de haute mémoire ?

Dois-tu fonder des ordres saints,
Être martyre ou prophétesse ?
Ou bien écouter l’âcre ivresse
Du sang vif qui gonfle tes seins ?

Dois-tu, reine, bâtir des villes
Aux inoubliables splendeurs,
Et pour ces vagues airs boudeurs
Faire trembler les foules viles ?

*

Va donc ! tout ploiera sous tes pas,
Que tu sois la vierge idéale
Ou la courtisane fatale…
Si la mort ne t’arrête pas.

Charles CROS, Le Coffret de santal

Et ce n'est pas fini...

 

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A un ange gardien

13 Mars 2019, 05:17am

Publié par Bernardoc

Mon rêve, par l’amour redevenu chrétien,
T’évoque à ses côtés, ô doux ange gardien,
Divin et pur esprit, compagnon invisible
Qui veilles sur cette âme innocente et paisible !
N’est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu,
Qui, pour la protéger, fais toujours, en tout lieu,
Sur l’adorable enfant planer ton ombre ailée,
Que ta chaste personne est moins immaculée,
Que ton regard, reflet des immenses azurs,
Et que le feu qui brille à ton front, sont moins purs,
Dans leur sublime essence au paradis conquise,
Que le coeur virginal de cette enfant exquise ?

O toi qui de la voir as toujours la douceur,
Bel ange, n’est-ce pas qu’elle est comme ta soeur ?
O céleste témoin qui fais que sa pensée
Par une humble prière au matin commencée
Dans ses rêves du soir est plus naïve encor,
N’est-ce pas qu’en voyant s’abaisser ses cils d’or
Sur ses yeux ingénus comme ceux des gazelles,
Tu t’étonnes parfois qu’elle n’ait pas des ailes ?

François COPPEE, L’Exilée (1877)

Et ce n'est pas fini...

 

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Bel astre de Vénus

12 Mars 2019, 10:31am

Publié par Bernardoc

Bel astre de Vénus, de son front délicat
Puisque Diane encor voile le doux éclat,
Jusques à ce tilleul, au pied de la colline,
Prête à mes pas secrets ta lumière divine.
Je ne vais point tenter de nocturnes larcins,
Ni tendre aux voyageurs des pièges assassins.
J’aime : je vais trouver des ardeurs mutuelles,
Une nymphe adorée, et belle entre les belles,
Comme, parmi les feux que Diane conduit,
Brillent tes feux si purs, ornement de la nuit.

André CHENIER, Poésies Antiques

Et ce n'est pas fini...

 

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A une passante

11 Mars 2019, 11:05am

Publié par Bernardoc

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Charles BAUDELAIRE

Et ce n'est pas fini...

 

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1909

10 Mars 2019, 08:33am

Publié par Bernardoc

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d’or
Était composée de deux panneaux
S’attachant sur l’épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N’entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer

J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau

J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur

 

Guillaume APOLLINAIRE, Alcools, 1913

Et ce n'est pas fini...

 

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A l’éclair violent de ta face divine

9 Mars 2019, 00:28am

Publié par Bernardoc

A l’éclair violent de ta face divine,
N’étant qu’homme mortel, ta céleste beauté
Me fit goûter la mort, la mort et la ruine
Pour de nouveau venir à l’immortalité.

Ton feu divin brûla mon essence mortelle,
Ton céleste m’éprit et me ravit aux Cieux,
Ton âme était divine et la mienne fut telle :
Déesse, tu me mis au rang des autres dieux.

Ma bouche osa toucher la bouche cramoisie
Pour cueillir, sans la mort, l’immortelle beauté,
J’ai vécu de nectar, j’ai sucé l’ambroisie,
Savourant le plus doux de la divinité.

Aux yeux des Dieux jaloux, remplis de frénésie,
J’ai des autels fumants comme les autres dieux,
Et pour moi, Dieu secret, rougit la jalousie
Quand mon astre inconnu a déguisé les Cieux.

Même un Dieu contrefait, refusé de la bouche,
Venge à coups de marteaux son impuissant courroux,
Tandis que j’ai cueilli le baiser et la couche
Et le cinquième fruit du nectar le plus doux.

Ces humains aveuglés envieux me font guerre,
Dressant contre le ciel l’échelle, ils ont monté,
Mais de mon paradis je méprise leur terre
Et le ciel ne m’est rien au prix de ta beauté.

Théodore Agrippa d’Aubigné, Stances

Et ce n'est pas fini...

 

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Patrick

6 Mars 2019, 10:25am

Publié par Bernardoc

En avant-première du Printemps des Poètes, un magnifique texte satirique de Grand Corps Malade. Mais vous pouvez remplacer « Patrick » par n'importe quel prénom, ça marche ( ! ) aussi.

Je t'admire intensément, je suis ton parcours en secret
Je veux t'écrire depuis longtemps et, cette année, je me sens prêt
C'est pas facile, tu m'impressionnes par ton charisme et ton talent
Tu parles fort, t'en fais des tonnes ; pour moi, c'est bien toi le plus grand
Tu marches fièrement dans ta ville où tout l'monde te voit comme un roi
Tu as rendu la vie plus belle pour ceux qui habitent Levallois
Les entreprises viennent à la pelle, mais pas trop les logements sociaux

 Du coup, ta ville est bien plus belle ; c'est vrai que, les pauvres, c'est pas beau

Patrick, Patrick, les juges sont des méchants
T'inquiète, Patrick, personne ne les entend
Patrick, Patrick, tu es fort, fier et franc
Merci Patrick, c'est bien toi le plus grand

Depuis longtemps, tu sais très bien que la morale et la décence
C'est pour les faibles, ça sert à rien ; toi, loin des scrupules, tu avances
C'est prouvé : c'est toi l'meilleur, t'as sur le dos et sur les bras
Plus de mises en examen que ton ami Nicolas
Blanchiment de fraude fiscale, et déclaration mensongère
Corruption, Panama papers, j'oublie sûrement quelques affaires

Toi, tu restes droit dans tes bottes, tête haute et grande gueule
Tous ces juges, toi et tes potes, tu sais même pas ce qu'ils vous veulent

Patrick, Patrick, les juges sont des méchants
T'inquiète, Patrick, personne ne les entend
Patrick, Patrick, tu es fort, fier et franc
Merci Patrick, c'est bien toi le plus grand

Pour servir ton clientélisme, rien n'pourra jamais t'arrêter
Tu t'en fous si, de toute la France, c'est ta ville la plus endettée
J'me demande parfois qui sont ceux que tu tiens par les couilles
Pour être encore en liberté après avoir mis tant de douilles
Y'a plein de p'tits frères en prison pour des conneries, des p'tits trafics
Toi, tu croules sous les affaires, mais t'es élu d'la république
C'est bien grâce à des gens comme toi que j'ai confiance en mon pays
En sa justice et en ses droits, vive la France et son mépris
Et, si tu m'invites à chanter dans ton royaume, je veux bien venir
J'prends pas d'cash j'veux être déclaré : tu sais même pas c'que ça veut dire
Mais je chanterai avec bonheur, avec ardeur à chaque instant
Je chanterai pour toi, Patrick, car, pour moi, tu es le plus grand

Patrick, Patrick, les juges sont des méchants
T'inquiète, Patrick, personne ne les entend
Patrick, Patrick, tu es fort, fier et franc
Merci Patrick, c'est bien toi le plus grand

Grand Corps Malade

Et ce n'est pas fini...

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