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Le blog de Bernard SARLANDIE

Goya, deuxième époque

17 Octobre 2009, 13:27pm

Publié par Bernardoc

            Camille et moi étions arrivés en même temps, et au cours de la troisième année chacun d’entre nous fit une demande de mutation. Je me doutais bien que nous avions peu de chance de muter tous les deux, mais je me disais que j’avais mes chances et que le patron resterait au moins pour une génération d’élèves, ne serait-ce que pour voir les résultats au Diplôme National du Brevet, car nous avions commencé avec un taux de 25% de réussite…dont nous ne nous sentions pas totalement responsables. Et bien, je me trompais une fois de plus sur la pertinence rectorale dans la Gestion des Ressources Humaines : c’est le chef et non l’adjoint qui obtînt sa mutation.

         Un nouveau patron, Jean-Pierre REYNAUD, arrivait du collège de Monségur dans le sud-Gironde. Je le croisai la première fois à une réunion du GCU (Groupement des Campeurs Universitaires), car la Gironde organisait cette année-là le rassemblement national, mais il n’avait pas envie de parler du collège en ce lieu.

         La première année fut rude : Jean-Pierre arrivait avec toutes ses disquettes de Monségur, et nous l’avons souvent entendu Nicole et moi répéter qu’il n’avait jamais vu un bahut fonctionner de façon aussi merdique (ce n’est pas une citation). Combien de fois Nicole n’a-telle pas pleuré et combien de fois n’ai-je pas dû serrer les dents pour ne pas l’envoyer paître, car nous l’avions mauvaise, nous qui faisions de notre mieux depuis trois ans pour essayer de redonner du lustre à cet établissement ?

         Pourtant, Goya continuait de tourner, et même s’il me semble que souvent j’ai pu servir à arrondir les angles, les tâches étaient mieux définies et on sentait une volonté d’aller de l’avant dans la concertation. De plus, Jean-Pierre, qui arrivait d’un collège où il était seul, me confiait des dossiers qu’il me laissait mener à leur terme sans interférer, le bilan se faisant à la fin. C’était avant les « lettres de mission » et cela lui valait parfois des retours de l’administration à qui il devait expliquer que le Principal-adjoint était personnellement en charge de dossiers et que c’est moi qui apparaîtrait dans les réunions et non lui. Il avait coutume de dire que nous étions deux Principaux et qu’il y avait un chef et un adjoint, formule que j’ai utilisée et tenté de mettre en pratique lorsque je suis enfin devenu chef à mon tour.

         C’est au cours de cette quatrième année que les travaux de rénovation eurent lieu.

Et ce n’est pas fini…

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Troisième parenthèse "actuelle"

16 Octobre 2009, 21:02pm

Publié par Bernardoc

 

         Ca y est : je viens de faire ma première manif’…de retraité ! Je siégeais au titre de la MGEN à la Commission Départementale de l’Action Sociale à l’inspection académique, mais j’avais prévenu que je devrai partir avant la fin pour un autre rendez-vous.

         Le rendez-vous était devant le grand théâtre, à l’appel de la plupart des organisations syndicales et des organisations spécifiques de retraités. Nous étions au départ environ deux fois plus nombreux me semble-t-il que lors du rassemblement « pour le travail décent », et j’ai eu l’impression que le cortège a gagné en force lors du défilé qui nous a conduit jusqu’à la mairie de Bordeaux en passant par la rue Ste Catherine, la rue des Trois conils et la place Jean Moulin ; un petit tracé donc, mais suffisamment de drapeaux et de sono pour ne pas passer inaperçus.

         Radios et télévisions étaient là, mais comment cela a-t-il été retranscrit ? C’est bien entendu quelque chose que les organisateurs ne maîtrisent pas.

         Il y a eu quelques prises de parole au début, retraités mais aussi actifs, qui ont fait remarquer la calamiteuse politique gouvernementale, qui encourage le cumul entre une maigre pension de retraite, désindexée pour les fonctionnaires des augmentations salariales, et un emploi complémentaire pour arriver à joindre les deux bouts. Il faut dire qu’avec le déremboursement des médicaments, l’augmentation du forfait hospitalier, la participation des malades (et non pas comme l’exigerait la solidarité, les bien-portants) au financement de la sécurité sociale, ceci devient quasiment une obligation. Quand on voit la façon dont se goinfrent les dirigeants des grandes entreprises, les rémunérations que certains jeunes de niveau Bac+1 s’apprêtent à toucher et le traitement de départ d’un enseignant recruté à Bac+4 ou 5, il est temps de dire : « STOP ! » et ce n’est pas nous les vieux qui arriveront à faire bouger les choses tous seuls. Il faut un grand mouvement d’ensemble, seul capable de redonner à l’ensemble de la population, notamment les plus défavorisés, la dignité qui leur est due de la part de la nation. La première mesure solidaire serait de mettre fin au bouclier fiscal et de mettre en place un autre bouclier, solidaire celui-là : le bouclier social.

Et ce n’est pas fini…

 

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Les réseaux

15 Octobre 2009, 11:25am

Publié par Bernardoc

          Le collège Francisco Goya est situé en Zone d’Education Prioritaire, et contrairement à l’habitude, ce n’était pas le Principal qui était le responsable, mais l’Inspectrice de la circonscription. Il s’agissait d’une ZEP réduite : une seule école primaire et maternelle sur les trois de notre secteur de recrutement, le collège et le LP des Menuts.

         Rappelons que les Zep avaient été créées par Alain SAVARY, qui dans la cadre projet avorté de grand service public unifié et laïque d’éducation nationale, voulait ainsi donner plus à ceux qui avaient moins. Goya étant le collège de St Michel, quartier d’immigration de Bordeaux depuis le XIV° siècle, correspondait donc parfaitement à ces critères. La mixité sociale était cependant préservée grâce aux deux autres écoles primaires de notre secteur, situées dans des quartiers plus bourgeois (cf les résultats dans les bureaux de vote de ces secteurs). Encore fallait-il que les parents consentent à nous envoyer leurs enfants, ce qui n’était pas gagné et c’est sans doute pour cela que le Principal ne voulait pas mettre la ZEP en avant.

         Mais les réseaux, ce n’était pas uniquement les établissements scolaires. Ils incluaient aussi la bibliothèque municipale de quartier, le centre social et d’animation, les services sociaux de la ville ainsi qu’une bonne partie du tissu associatif. Travailler avec tous ces gens-là a été très formateur et j’ai eu l’occasion de mettre en pratique cette volonté d’ouverture sur l’extérieur dans les deux collèges que j’ai dirigés par la suite, même si les conditions étaient différentes.

         Le tissu associatif était si dense que lorsqu’on nous a sollicités pour participer à « Ecole ouverte », Camille n’a pas souhaité que nous nous y associions car la prise en charge des nos adolescents lui paraissait suffisante hors temps scolaire. L’arrivée de JPR au bout de trois ans a permis un changement de cette politique et nous avons alors pris toute notre place dans ce dispositif, grâce à la volonté d’enseignants…qui n’attendaient que d’être sollicités, la réussite des élèves par tous les moyens, y compris détournés, faisant partie, comme je l’ai dit plus haut, de leur objectif primordial.

Et ce n’est pas fini…  

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Redonner la parole

14 Octobre 2009, 09:23am

Publié par Bernardoc

          La prise de fonction se déroula parfaitement ; une des qualités qui me sont reconnues est la faculté de communiquer de façon directe, positive et avenante avec la plupart des gens, jeunes ou adultes. Je distribuai les emplois du temps dont je n’étais pas responsable et qui avaient été sous-traités par une personne en Contrat Emploi Solidarité avec le logiciel…du lycée Saint Louis ! Ayant eu six mois de formation, je m’estimais sûrement davantage prêt à jouer mon rôle que les néo-recrutés d’aujourd’hui (à tous les niveaux) qui se retrouvent devant une classe, un groupe ou des enseignants sans avoir reçu une quelconque initiation autre que livresque.

         Le collège Francisco Goya, ancienne Ecole Primaire Supérieure de garçons, était une vieille maison, avec une longue histoire. A notre arrivée, au moins trois professeurs étaient d’anciens élèves de cet établissement. Il y avait une grande stabilité du personnel, certains étant présents depuis le début de leur carrière, qu’ils termineront là. Sous une apparente bonhomie, il y avait cependant deux clans : les « pédagos de choc », qui s’étaient baptisés « la bande des quatre » et les autres, sans doute plus timides, mais tout autant pédagogues et qui avaient peur de s’affirmer.

         Le projet d’établissement était très solide et avait été bâti après une étude minutieuse des conditions de vie et de travail des élèves, avec un objectif ambitieux de réussite pour ces enfants majoritairement défavorisés, voire très défavorisés. Or ce projet d’établissement n’était pas maîtrisé par l’ensemble de l’équipe car, vous vous en doutez, il avait été verrouillé par la bande des quatre. Mon premier projet était donc de redonner la parole à l’ensemble du personnel et de les conduire à s’approprier, quitte à l’infléchir, ce projet d’établissement.

         Curieusement, je fus aidé dans cette tâche par le Ministre de l’époque, François BAYROU, qui lançait sa consultation sur l’école, qui devait aboutir au Nouveau Contrat pour l’école et ses 148 propositions, dont une, la banalisation d’une journée par trimestre pour réfléchir en équipes, que j’ai plusieurs fois utilisée lorsque j’ai dirigé le collège Paul Langevin de Mérignac. Cette réflexion sur l’école devait se dérouler de façon transdisciplinaire et je dois ici rendre hommage à Camille FROMONT, le Principal, qui s’est opposé à la venue des corps d’inspection en ordre dispersé, mais a exigé qu’ils viennent à plusieurs afin que nous tous puissions entendre le même discours éducatif et non des discours séparés dans lesquels primerait la didactique des disciplines.

         Donc, je peux dire qu’au bout d’une année, l’équipe enseignante était davantage unie qu’à mon arrivée.

Et ce n’est pas fini…

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Installation à Goya

13 Octobre 2009, 13:32pm

Publié par Bernardoc

          Je pris sans attendre contact avec l’Inspection académique pour savoir ce qu’il en était du logement. Je tombais sur une Madame KERBRAT qui me dit qu’elle était nommée secrétaire à Goya. Elle partit se renseigner et me dit que ma demande de logement avait fait sourire, que ce n’était pas vraiment prévu. Je pris mon mal en patience (nous louions une grande maison de ville à Caudéran) et attendis donc la rentrée pour prendre contact avec le Principal, qui débarquait à Goya lui aussi. J’allai visiter l’appartement de fonction qui n’était pas rue du Commandant Arnould, comme le collège, mais rue des Augustins, siège de l’annexe inutilisée alors (elle venait d’être désertée par la Division des Examens et Concours). Ce fut un choc : ma prédécesseure y était restée vingt-six ans et l’électricité, pour ne parler que de cela, y était encore sous fil coton et baguette bois !

         A cette époque, à cause d’un retard dans la décentralisation, les logements de fonction de Bordeaux étaient gérés par la Communauté Urbaine, mais nous dépendions cependant du Conseil général. Mon chef alla expliquer mon cas à cette institution, et immédiatement deux cent mille francs furent débloqués pour la réfection de l’appartement. La CUB prit donc contact avec moi pour le choix des peintures, papiers et agencement, et tout fut accepté. Je devais faire la réception de l’appartement le 23 décembre 1993 et les déménageurs devaient arriver le 27. Lorsque nous arrivâmes avec le représentant de la CUB (qui abandonnait sa gestion au profit du Conseil général le 31), nous découvrîmes avec effroi qu’aucune entreprise n’avait nettoyé le chantier. Il fallut donc une rallonge financière pour qu’une entreprise de nettoyage vienne rendre le logement « occupable » quatre jours plus tard.

Et bien, ce fut fait, et au lieu d’une demi-heure à pied, je commençai le deuxième trimestre avec une marche de seulement dix minutes pour arriver au collège. Guilhem, qui était au CP, changea d’école et étonna tous ses nouveaux copains car il savait déjà lire. Il venait avec moi tous les matins et repartait à l’école avec la fille de Camille (mon chef) après avoir manipulé l’ordinateur de mon bureau…qui n’avait pas grand-chose à voir avec celui qui vous permet de lire ce blog !

Et ce n’est pas fini…

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Echo

12 Octobre 2009, 11:09am

Publié par Bernardoc

          Du fait de mes fonctions municipales, je viens d’avoir un contact avec mon successeur à Zola, qui se trouve m’avoir déjà succédé, avec trois ans de décalage, à Goya en tant que Principal-adjoint.  Dans ce dernier établissement, il avait continué à faire vivre ce que nous avions mis en place, en particulier au niveau européen et au niveau de l’orientation, en ayant l’honnêteté de dire qu’il avait trouvé tous les dispositifs en place et qui fonctionnaient de façon tout à fait satisfaisante.

         Et bien, au bout d’un mois et demi, il a déjà pu faire la différence entre un collège de ZEP où l’ensemble de l’équipe se mobilise avec enthousiasme (et succès ! ) pour la réussite de tous les enfants, notamment les plus défavorisés qui sont la majorité, afin de ne laisser personne au bord du chemin, et un collège d’une banlieue bourgeoise où la minorité des élèves en difficulté n’est pas la bienvenue, car elle pose problème ; d’autant plus que, contrairement à ce qui se passait il y a trente ans, on ne peut pas s’en débarrasser à la fin de la cinquième,  mais qu’on doit les amener jusqu’à la troisième et les orienter vers une poursuite d’études secondaires.

         Lorsque l’accompagnement éducatif a été initié, le quotidien Sud Ouest a consacré une demi-page à ce qui se passait à Goya, où les élèves restaient volontiers en petits groupes pour bénéficier de cette aide des professeurs.  Quel contraste avec ce qui s’était passé à Zola où cet accompagnement éducatif « aide aux devoirs » n’avait pu débuter que grâce à des intervenants extérieurs et à l’arrivée de nouveaux professeurs pour qui cette implication paraissait naturelle.

         Cette attitude réfractaire et d’opposition systématique semble persister chez certains malgré mon départ…Je ne regrette donc pas ma gestion de ce collège pendant trois ans, et j’espère que par le jeu des mutations et des départs en retraite, R.B. pourra arriver à augmenter le nombre des individus, et il y en a !  qui ont envie, comme à Goya, de donner leur chance à l’ensemble des élèves.

Et ce n’est pas fini…

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L'épisode Goya

9 Octobre 2009, 13:28pm

Publié par Bernardoc

         Tout a commencé fin mai 1993 : le poste de Principal-adjoint du collège Francisco Goya qui était apparu vacant lors du premier mouvement, n’avait pas été pourvu mais ne figurait plus sur la liste. Or, ce poste m’aurait intéressé car le logement était un T7, et comme je tenais à être logé…

         Lorsque nous remplissions nos fiches de vœux, le collègue qui était à côté de moi mit Goya en premier ; je lui fis remarquer que le poste n’existait plus ; quant à moi, je me rabattis sur le collège Edouard Vailland en n°1.

         Lorsque les affectations arrivèrent : catastrophe ! J’étais affecté au LP Jehan Dupérier de St Médard en Jalles, le seul poste que nous avions visité avec mon épouse ; et même si en tant qu’ancien PLP j’étais attiré par ce poste (car il y avait du boulot à faire ! ), lorsqu’après deux heures d’entretien avec le Proviseur il nous conduisit visiter l’appartement, je lui annonçai que je ne viendrais que contraint et forcé : pompeusement baptisé T5 pour 65 m² en duplex, ce logement comportait bien quatre chambres, mais lorsque nous mettions un lit dans la chambre qui n’avait pas de placard, il était impossible d’y rajouter une armoire. De plus les chambres étaient au premier et la salle de bains au rez-de-chaussée. Invivable pour une famille de cinq !

Le syndicat monopoliste et co-gestionnaire faisait de la retape et cherchait des manifestants, mais à l’époque je militais au Syndicat Occitan de l’Education, et comme j’ai pour habitude de rester fidèle dans mes engagements, je ne me sentais pas concerné. Je contactai la collègue qui avait été affectée à Edouard Vailland pour lui proposer un échange de poste, car elle serait seule dans le logement. Comme elle n’avait aucune connaissance des lycées professionnels, elle déclina mon offre. Il ne me restait plus qu’à prendre mon téléphone et faire le siège du ministère. J’y trouvais une empathie et une écoute attentive, ce qui contrastait beaucoup avec les contacts départementaux ou académiques. La personne que j’avais au bout du fil me dit que le ministère négociait avec le rectorat la non-ouverture du poste de St Médard en Jalles et la réouverture de Goya. J’avais donc peu d’espoir, car cela faisait des années que le collègue du Lycée Professionnel réclamait un adjoint et je pense qu’il n’allait pas le laisser filer comme ça.             Et bien un miracle eût lieu : les deux postes furent conservés, je fus nommé Principal-adjoint au collège Francisco Goya de Bordeaux, ce qui permit à un collègue qui aurait dû quitter l’académie d’être affecté à Jehan Dupérier.

Et ce n’est pas fini…

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Retour en métropole

8 Octobre 2009, 10:57am

Publié par Bernardoc

         A cette époque, nous bénéficiions encore de six mois de « congé administratif » au retour en métropole, lointain vestige du temps où les fonctionnaires voyageaient par bateau.  J’avais envie de profiter de cet « avantage acquis », mais ce n’était pas compatible avec ma formation de CPE. J’ai donc demandé un report de stage supplémentaire pour pouvoir bénéficier de ce congé, report qui me fut accordé, ce qui me permit une réadaptation en douceur.

         Par hasard, nous avons trouvé à nous reloger sur Lormont, que nous avions quitté six ans plus tôt, et c’est avec plaisir que nous avons constaté que nous n’avions pas été oubliés.

         C’était la troisième ou quatrième édition du salon du livre de Bordeaux sur les quais, et j’ai vraiment eu l’impression pendant un week-end de replonger dans la civilisation après six ans de disette.

         J’allais donc terminer ma carrière de professeur au Lycée Professionnel des Menuts, dans le quartier St Michel à Bordeaux, où je rencontrais un Proviseur, Michel LACAPE, d’une profonde humanité et qui aura lui aussi été un de mes modèles. Je me suis trouvé bien dans cet établissement où je connaissais des syndicalistes, le gestionnaire (que j’étais le seul à tutoyer car c’était un ancien de Blanquefort) et où j’avais un public essentiellement féminin, ce qui impliquait une méthode d’approche des groupes différente : j’abandonnais la force que j’avais dû déployer pendant six ans face à des classes quasi exclusivement masculines pour utiliser le charme, ce qui était beaucoup moins épuisant. N’oublions pas qu’il est beaucoup moins fatiguant de sourire que de faire la gueule, et bien c’était ce que j’ai vécu pendant ces six derniers mois de métier.

         Je me suis présenté après la Toussaint et nous avons eu une chaleureuse discussion avec le Proviseur, qui m’a appris que le rectorat ne l’avait pas prévenu de mon absence à la rentrée. Je lui appris que je partais aussi à la fin de l’année, ce qu’il ignorait aussi bien entendu. C’est ce qu’on appelle « Gestion des Ressources Humaines » à la mode rectorale, mais j’y reviendrai plus tard.

         Je devais reprendre mon travail le 25 décembre ( !!! ) et le patron m’expliqua que pour des tas de raisons il ne serait pas présent ce jour-là et m’encouragea à venir signer mon procès-verbal d’installation avant les vacances pour éviter toute interruption de traitement. Ce fut le cas, mais pas pour les prestations familiales que je perçus avec du retard et qui ne correspondaient pas à ce que j’attendais : je touchais les allocations pour trois enfants (environ 800 francs) au lieu de l’Allocation Parentale d’Education (environ 2 400 francs). Je suppose que le rectorat était déjà dans une politique d’économies. Je finis par toucher cette APE, mais pas l’allocation logement qui se montait à environ 100 francs par mois et qui était « insuffisante pour être versée » : il n’y a vraiment pas de petites économies.

         Et voilà qui clôt la parenthèse polynésienne.

Et ce n’est pas fini…  

        

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Dernière année sous les tropiques

7 Octobre 2009, 10:31am

Publié par Bernardoc

          Il me semble que c’est cette année-là que la fête nationale était célébrée en grande pompe par le Secrétaire d’Etat aux Affaires du Pacifique (Gaston FLOSSE ) à BoraBora avec toute une brochette des représentants des micro-états de la région ; et bien, moi qui ne suis pourtant pas un défenseur intransigeant de La Marseillaise (je veux dire de ses paroles), j’ai quand même été profondément choqué par le fait que toutes les huiles restent assises lors de la diffusion de l’hymne national.


21939 1322580858783 1058686208 31019333 3411975 n[1]Quant au collège, après cinq ans avec deux Principaux remarquables, voici qu’arrive une femme : sans doute le pire chef d’établissement avec qui j’ai eu à travailler. Dès le départ, je lui parle des soucis que j’avais eus l’année précédente avec un élève : elle convoque le père, l’enfant et moi : j’ai eu honte ! Elle a été insultante avec le père qui du coup a définitivement retiré son gamin du collège.

         Chaque fois que je faisais une proposition sa réponse était : « Monsieur Sarlandie, vous allez partir, alors laissez tomber. » A un collègue qui venait d’arriver : « Monsieur Daniel, vous venez d’arriver, installez-vous avant de faire des propositions. » A cette époque, nous venions pour des séjours de trois ans, éventuellement renouvelables une fois, donc si la première année il fallait attendre et ne rien proposer, de même que la dernière année, nous n’étions « rentables » qu’une année !

         J’ai parlé plus haut de la nécessité de posséder un véhicule pour se déplacer sur l’île ; son véhicule à elle était un cyclomoteur, conduit par son mari, elle se contentait du porte-bagages : belle image de la République et de ses institutions !

         Son mari avait été intronisé documentaliste, alors que le CDI était en rénovation ; il l’occupait donc pour lire La dépêche de Tahiti, et il était tranquille puisque sur la porte était affiché : « Interdit aux élèves ».

         Je me souviens de l’accueil des nouveaux collègues et notamment un soir au coucher du soleil j’avais emmené René faire un tour dans mon bateau et je lui avais dit : « Ca fait cinq ans que je suis payé pour être ici, et ça, c’est magnifique ! » Il a eu l’occasion de me dire que cinq ans plus tard il avait eu la même attitude vis-à-vis des arrivants.21939 1322580818782 1058686208 31019332 4674742 n[1]

         Nous avons profité de nos dernières vacances de Noël pour partir en Nouvelle Zélande en famille (Guilhem était encore dans son couffin) et en camping car. Ah ! le barbecue de Noël dans le jardin de Lloyd UPTON, le consul honoraire de France à Christchurch fera partie de nos plus agréables souvenirs ; mais j’aurai l’occasion plus tard de revenir sur la Nouvelle Zélande.

         Et notre départ, en l’absence de certains amis tahitiens qui ne voulaient pas pleurer sur le quai et qui donc nous avaient fait leurs adieux avant, nous conduisit après l’indispensable arrêt à Disneyland, nous conduisit sur les Champs Elysées pour le défilé du bicentenaire : nous avons beaucoup moins bien vu qu’à la télévision, mais l’ambiance pour notre retour en métropole fut très festive.

Et ce n’est pas fini… 

          

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Anticipation

6 Octobre 2009, 10:20am

Publié par Bernardoc

         J’optais donc pour le concours de CPE pour plusieurs raisons : une envie de ne pas replonger à mon retour dans la même routine que j’avais quittée six ans auparavant ; peut-être augmenter mes chances de devenir chef d’établissement (à l’époque, les CE/CPE représentaient pratiquement un tiers du recrutement) ; mais surtout la volonté de profiter au maximum de mon séjour en Polynésie. En effet, si je choisissais le concours de PLP2, je devais rentrer immédiatement en métropole, repasser par l’ENNA puis participer au mouvement national sans aucune bonification. Ayant eu la chance de commencer ma carrière dans l’académie de Bordeaux, je ne me voyais pas, avec ma petite famille, aller faire un séjour du côté de Nancy-Metz. A contrario, CPE me permettait de demander un report de stage avant de participer à une formation.

  21939 1322577018687 1058686208 31019303 7178996 n[1]       Cette année-là, sous l’impulsion d’un collègue fondu de théâtre qui venait d’arriver, nous apprîmes le métier d’acteur, dans une troupe mixte popa’a et polynésienne en participant régulièrement à un atelier de formation de l’acteur qui alternait avec la mise en scène de…En attendant Godot. Le choix de cette pièce, que la plupart d’entre nous ne connaissait que de nom, étonnait le patron qui émettait des doutes sur la portée que ce spectacle pourrait avoir sur la population de BoraBora. De plus, certains d’entre nous avaient des problèmes d’apprentissage du texte. Si bien qu’une autre idée germa dans la tête de notre metteur en scène : imaginer un spectacle fondé sur la poésie des prénoms tahitiens. Et pour être sûr d’avoir du public et de montrer ce que nous étions capables de faire, le proposer pour le tiurai (juillet) ou plutôt le Heiva comme il venait d’être rebaptisé, c'est-à-dire les festivités du 14 juillet qui durent habituellement entre deux et trois semaines, avec des spectacles tous les soirs, concours de chants et de danses entre les différents villages de l’île. Nous étions donc les seuls à n’être pas en compétition, mais simplement là pour prendre du plaisir ensemble, ce que nous fîmes par deux fois. Ce fut une très bonne expérience qui malheureusement ne devint pas pérenne, notre metteur en scène ayant trouvé d’autres centres d’intérêt l’année suivante.

Et ce n’est pas fini…

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