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Le blog de Bernard SARLANDIE

culture

Un autre Camerounais.

12 Mars 2017, 12:27pm

Publié par Bernardoc

J’ai frappé à ta porte
J’ai frappé à ton cœur
Pour avoir un bon lit
Pour avoir un bon feu
Pourquoi me repousser?
Ouvre-moi mon frère !…

Pourquoi me demander
Si je suis d’Afrique
Si je suis d’Amérique
Si je suis d’Asie
Si je suis d’Europe ?
Ouvre moi mon frère !.. .

Pourquoi me demander
La longueur de mon nez
L’épaisseur de ma bouche
La couleur de ma peau
Et le nom de mes dieux,
Ouvre-moi mon frère !…

Je ne suis pas un noir
Je ne suis pas un rouge
Je ne suis pas un jaune
Je ne suis pas un blanc
Mais je ne suis qu’un homme
Ouvre-moi mon frère !…

Ouvre-moi ta porte
Ouvre-moi ton cœur
Car je suis un homme
L’homme de tous les temps
L’homme de tous les cieux
L’homme qui te ressemble !…

 

René PHILOMBE.

Et ce n'est pas fini...

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Aujourd'hui, un poète marocain

11 Mars 2017, 11:25am

Publié par Bernardoc

Nous roulons dans les ténèbres sans rythme.

Des flocons tourbillonnent.

Éclipsant la lune, la neige épouse notre haleine.

Furieuse, la bourrasque suit la cadence.

Sur une terre morte, nos pas cahotants

s'engendrent,

petitement,

dans la couleur, par leur propre souffle


Effrayée, la nuit

essaie de s'endormir

sur un lit gris aux draps blancs

Le pourra-t-elle, tandis que les amants claquent des dents ?

Au sein d'une chaotique harmonie,

je me noie dans l'insomnie

O rage de vivre la splendeur d'une nature indifférente !

Je racle ma mémoire,

en quête de souvenirs

et attends les heures du jour fleuri.

Par, la parole, je vais me réinstaller dans la vie : le rythme me réchauffe, et le poème m'abrite

Mohammed Aziz Lahbabi

Et ce n'est pas fini...

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Un autre poète sénégalais.

10 Mars 2017, 07:06am

Publié par Bernardoc

« Afrique mon Afrique »

Afrique

Afrique mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales

Afrique que chante ma grand-mère

Au bord de son fleuve lointain

Je ne t’ai jamais connue

Mais mon regard est plein de ton sang

Ton beau sang noir à travers les champs répandu

Le sang de ta sueur

La sueur de ton travail

Le travail de l’esclavage

L’esclavage de tes enfants

Afrique dis moi Afrique

Est-ce donc toi ce dos qui se courbe

Et se couche sous le poids de l’humilité

Ce dos tremblant à zébrures rouges

Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit

Fils impétueux cet arbre robuste et jeune

Cet arbre là-bas

Splendidement seul au milieu des fleurs

Blanches et fanées

C’est l’Afrique ton Afrique qui repousse

Qui repousse patiemment obstinément

Et dont les fruits ont peu à peu

L’amère saveur de la liberté.


 

David MANDESSI DIOP

Et ce n'est pas fini...

 

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Aujourd'hui, c'est le Cameroun.

9 Mars 2017, 09:06am

Publié par Bernardoc

Nous reviendrons

Nous reviendrons
Avec la parole
Seule
Dressée comme un éclair
Ténu
Avec le pain
Seul
Pétri de larmes
Et de sang
Versés
Avec une symétrie
De soleil
Pur

Nous reviendrons
Demain
Nous joindre à l’homme
Anonyme
Frémissant dans la nuit
Sur ma terre de bise
Et de froidure
Cruelle
Ma ville en ruine
Se redressant à l’horizon
En flammes
À la densité de notre faim
Quotidienne

Nous reviendrons
Avec nos montagnes
Aux espaces inaccessibles
Et mon chant d’accusation
Armé de pierres de fleuves
D’arbres de présences invisibles
Nos morts qui surgissent
Du sol
Avec leur haine sans recul
Comme autant de tempêtes
Vienne l’heure de la levée
En masse
Vienne l’heure
La colère de mon peuple
Semée de guérilla
Vienne la trame tissée
De nos souffrances
Contre la Négritude lasse

Nous sortirons des forêts
Les plus larges
Dans l’immensité sonore
De ma terre polie de sang
Avec notre cri de syllabes
Denses
Face à la mort
Qui patrouille dans la nuit.

Paul DAKEYO

[ce poème a paru dans Chant d’accusation, St Germain des Prés, 1976]

Et ce n'est pas fini...

 

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Une voix guinéenne.

8 Mars 2017, 06:48am

Publié par Bernardoc

J’ai de la mémoire

 

J’ai une mémoire

Longue longue infinie

Une mémoire intraitable et têtue

Qui pousse

Jusque

Dans la nuit des temps

 

Ma mémoire est

Celle de mes frères et de mes sœurs

Celle de mes pères et mères

Celle de toutes les générations

De mon peuple

Qui a souffert

Tout le temps

 

Je suis de la lignée

Des deux cents millions

De mes frères

Qui ont connu

Les peines et les douleurs

Qui ont connu

La mort et l’humiliation

 

Je suis dans le sentier

Des morts et des humiliés des siècles

Je suis dans l’itinéraire

De ceux que

Par l’Europe criminelle

L’Afrique a perdus déracinés

Et qui ont été jetés

Dans tous les bagnes

Des Amériques

 

Ma mémoire est fidèle

Aux souvenirs amers perspicaces

A ce que dit l’histoire

De tous les temps

A ce que connaît l’expérience

De toutes les générations

 

Ma mémoire

Si longue

Si fidèle

Si têtue

Interroge l’histoire…

 

Ma mémoire sagace

N’a oublié

Ni les inégalités

Les injustices

Ni les prestations

L’indigénat

Le travail forcé

L’effort de guerre

Pour une guerre

Qui n’était pas notre guerre

Mais la leur

Celle des capitaux

 

Sur les routes de l’enfer

Dans l’air flamboyant

Sur les chemins brûlants

J’ai vu trimer les prestataires

Dans les vastes chantiers

Loin des villes des villages

Sous la pluie

Dans le vent énervé

 

Affamés exsangues

Criblés de blessures

Les yeux révulsés hagards

Privés exilés

Des centaines

Des milliers

Des millions

De travailleurs forcés déplacés

Ont souffert leur martyre

 

Les grandes forêts discrètes

Les vastes fleuves

Aux immenses caïmans

Les profondeurs abyssales des mers

Ont été témoins

Muets

De la tragédie centenaire

Des coupeurs de billes

Des coupeurs de bananes

Des cueilleurs de caoutchouc

Des ramasseurs de palmistes

Des chasseurs d’éléphants

Des chasseurs de crocodiles

Des pêcheurs de perles

De toute l’existence humiliée

De mes frères

 

Ma mémoire

Qui juge

Qui condamne

Ne pardonne pas

La disqualification

Que connaissent mes frères

Mes frères

Du Sud de l’Afrique martyre

Mes frères

De l’Angola invincible

Mes frères de l’irrésistible Bissao

Mes frères

Du courageux Mozambique

Ceux de Zimbabwe

De toute l’Afrique

Dépossédée

Violentée

Révoltée

Camara SIKHÉ

Poème de combat et de vérité, P.-J. Oswald, 1967

Et ce n'est pas fini...

 

 

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En direct du Sénégal.

7 Mars 2017, 00:48am

Publié par Bernardoc

[1]

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s'entend,

Entends la voix de l'eau.

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot:

C'est le souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis

Ils sont dans l'ombre qui s'éclaire

Et dans l'ombre qui s'épaissit,

Les morts ne sont pas sous la terre

Ils sont dans l'arbre qui frémit,

Ils sont dans le bois qui gémit,

Ils sont dans l'eau qui coule,

Ils sont dans la case, ils sont dans la foule

Les morts ne sont pas morts.

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s'entend,

Entends la voix de l'eau.

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot:

C'est le souffle des ancêtres.

Le souffle des ancêtres morts

Qui ne sont pas partis,

Qui ne sont pas sous terre,

Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis,

Ils sont dans le sein de la femme,

Ils sont dans l'enfant qui vagit,

Et dans le tison qui s'enflamme.

Les morts ne sont pas sous la terre,

Ils sont dans le feu qui s'éteint,

Ils sont dans le rocher qui geint,

Ils sont dans les herbes qui pleurent,

Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,

Les morts ne sont pas morts.

[2, SUITE]

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres,

La voix du feu s'entend,

Endents la voix de l'eau.

Ecoute dans le vent

Le buisson en sanglot:

C'est le souffle des ancêtres.

Il redit chaque jour le pacte,

Le grand pacte qui lie,

Qui lie à la loi notre sort;

Aux actes des souffles plus forts

Le sort de nos morts qui ne sont pas morts;

Le lourd pacte qui nous lie à la vie,

La lourde loi qui nous lie aux actes

Des souffles qui se meurent.

Dans le lit et sur les rives du fleuve,

Des souffles qui se meuvent

Dans le rocher qui geint et dans l'herbe qui pleure.

Des souffles qui demeurent

Dans l'ombre qui s'éclaire ou s'épaissit,

Dans l'arbe qui frémit, dans le bois qui gémit,

Et dans l'eau qui coule et dans l'eau qui dort,

Des souffles plus forts, qui ont prise

Le souffle des morts qui ne sont pas morts,

Des morts qui ne sont pas partis,

Des morts qui ne sont plus sous terre.

Ecoute plus souvent

Les choses que les êtres...

BIRAGO DIOP

LE SOUFFLE DES ANCETRES (du recueil LEURRES ET LUEURS

, 1960, ÉD. PRÉSENCE AFRICAINE)

Et ce n'est pas fini...

 

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Nous avons dansé

6 Mars 2017, 10:08am

Publié par Bernardoc

Nous avons dansé, dansé,

Secoué nos misères pour faire briller nos rêves,

frappé le sol de toutes nos forces

pour en faire jaillir les flots de chansons.

Le vent, en nos mains, repartait en poussière.

 

Nos joies en feux d'artifice

ont illuminé notre ciel.

Et les pieds endoloris,soufflant au repos

S'interrogent sur l'étape de demain.

Nous avons dansé, dansé, dansé, dansé "jusqu'à fatigué".

 

Ils étaient venus aussi, les morts

nos morts

pour donner de l'éclat à la fête;

Ils dansaient au rythme des tam-tams

Tous ceux qui faisaient de leur droit de vivre

un bouclier d'airain

des chansons dans la tête

et des rêves dans les yeux.

 

Ils étaient venus

la peau boursouflée de balles

et ils piétinaient le sol pour briser des chaînes

et ils battaient des mains pour chasser des fantômes.

Nous avons dansé, dansé, dansé "jusqu'à fatigué".

 

J'ai les yeux pleins d'images,

les oreilles pleines de chansons

les mains pleines de rêves.

 

J'en ai fait un bouquet lumineux

que je dresserai un jour au long du sentier

en borne milliaire

 

Ce sont les images, les chansons et les rêves

de tous ceux qui moururent de faim

de ceux qui hurlèrent d'épouvante dans les incendies

allumés par les foudres de guerre

de ceux qui pensent que les enseignes

ne peuvent plus être de dorure

lorsque les hommes se vêtent de misère.


 

Bernard DADIE (Côte d'Ivoire)

 

Hommes de tous les continents, Présence Africaine 1967.

Et ce n'est pas fini...

 

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C'est le Printemps des Poètes !

5 Mars 2017, 11:34am

Publié par Bernardoc

Femme noire

Léopold Sédar SENGHOR

Recueil : "Chants d'ombre"

Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Été et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l’éclair d’un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d’Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l’athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire
A l’ombre de ta chevelure, s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Éternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.
Et ce n'est pas fini...

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De mémoires d'ouvriers.

3 Mars 2017, 14:20pm

Publié par Bernardoc

Encore un film de Gilles PERRET qui a enrichi ma soirée hier soir, un film militant qui prolonge bien les films datant du Front Populaire que je visionne de temps en temps depuis juillet dernier et ma visite à l'expo célébrant les 80 ans à la mairie de Paris.

Le film s'ouvre sur l'évocation de la fusillade de Cluses (Haute Savoie) en 1904, lorsque les patrons ont tiré sur les ouvriers qui s'étaient mis en grève pour exiger la réintégration de ceux qui avaient été licenciés pour avoir osé s'être présentés sur une liste municipale opposée à celle conduite par leur patron. Interrogés en 2010, plusieurs habitants de la ville ignoraient cette tragédie, preuve s'il en était de la nécessité des Instituts d'Histoire Sociale, garants de l'histoire trop souvent masquée.

Des portraits sont réalisés de ces montagnards qui exerçaient une double journée : le matin à l'usine comme ouvrier et l'après-midi dans leur lointain village où ils s'occupaient de leur ferme.

Un autre épisode décrit dans le film est celui de la construction de grands barrages hydroélectriques dans des conditions souvent très difficiles, mais supportables grâce à la solidarité qui régnait dans cette communauté qui avait recréé un véritable village.

Solidarité : le mot est lâché, par tous les acteurs, qu'ils soient retraités ou en fin de carrière. Tous déplorent le fait que cela a tendance à disparaître, notamment par la division et l'individualisation du travail qui ne favorisent pas la conscience de classe.

La dernière séquence nous montre un quatuor de jeunes, dont une femme, qui travaillent dans une usine d'aluminium, plusieurs fois vendue et revendue, et dont les propriétaires actuels sont australiens et qui ignorent vraisemblablement où se situe la Savoie, voire la France. Mais l'espoir demeure malgré tout chez ces jeunes techniciens (?) qui ont dû braver la réprobation de leurs amis lorsqu'ils ont décidé d'aller bosser en usine, plutôt qu'assis bien au chaud dans un bureau.

De beaux témoignages, et ce ne sont pas les derniers que m'a apportés le Père Noël.

Et ce n'est pas fini...

 

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A la lucarne.

24 Février 2017, 11:56am

Publié par Bernardoc

Il y a plusieurs décennies que je n'étais plus retourné au théâtre La Lucarne à Bordeaux, mais l'accueil est toujours aussi sympa. Et donc hier soir, la sortie culturelle a primé sur la soirée télé avec Jean-Luc MELENCHON et même sur la présentation de la candidate de la VI° circonscription à Martignas. C'est dire que la campagne ne m'intéresse que modérément : les primaires à la mode états-unienne m'ont saturé.

C'est donc volontiers que j'ai répondu à l'appel d'Anne-Marie CHEVASSUS, une ancienne partenaire de théâtre, qui mettait en scène Les trois vieilles, une comédie ( ?) d'Alejandro JODOROWSKY, qui, comme son nom l'indique est un franco-Chilien. Honnêtement, je n'avais jamais entendu parler de lui, mais quand on s'est qu'il a travaillé avec Topor et Arrabal, on est moins étonné de voir cette pièce, relativement récente puisque créée en 2009.

Je vais citer la présentation qu'en fait La lucarne :

Grazia et Meliza sont deux sœurs de 88 ans. Leur servante Garga est centenaire. Avec ses trois vieilles nous tanguons entre fiction et réalité au travers d’un langage proche du conte. De cet univers poétique, mythique et populaire, il ressort un climat déjanté et grand-guignolesque.

Dans un mélodrame grotesque, les trois vieilles anéantissent l’ordre moral et donnent en spectacle la condition humaine, grandiose et dérisoire.

« Déjanté » est vraiment le terme qui s'applique le mieux à ce spectacle, et les trois actrices sont remarquables, notamment les faux-culs des deux sœurs !

Pour bien finir la soirée nous nous sommes replongés dans un autre exotisme, polynésien cette fois-ci, par un dîner au kaï-kaï.

La pièce se joue encore trois fois : ce soir, et demain (matinée et soirée).

Bon spectacle !

Et ce n'est pas fini...

 

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