Chers camarades, chers amis, mesdames, messieurs,
Eh bien oui, nous sommes là, hélas une fois de plus, pour réclamer justice, c’est-à-dire la réhabilitation collective des plus de 900 soldats de la première guerre mondiale fusillés pour l’exemple, ceux qui n’ont pas été déclarés « Morts pour la France » et qu’une exposition dans le cadre du centenaire de cette boucherie a qualifié de « fantômes de la République ».
Si la réhabilitation est nécessaire pour ces martyrs, n’oublions cependant pas que ce n’est qu’un pis-aller après ces hécatombes inutiles et néfastes, car comme le disait Louis LECOIN :
« S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une SOCIETE HUMAINE sur des monceaux de cadavres. »
Et ce n’était pas le premier à penser de la sorte. Déjà, au XVII° siècle, avant le siècle des Lumières, Pascal ne disait-il pas dans ses Pensées : « Pourquoi me tuez-vous ? Eh quoi ! Ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin, cela serait injuste de vous tuer de la sorte ; mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave et cela est juste. » On peut noter l’ironie du propos qui remet la guerre à sa juste place, qui devrait être sa disparition.
L’Union pacifiste se souvient du courage de ses prédécesseurs : fidèles aux fondateurs de l’UPF, continuons la campagne pour réhabiliter tous les réfractaires de 14-18, les résistants sans armes au nazisme, au pétainisme, au fascisme, au colonialisme et à l’impérialisme. Honorer les insoumis et les déserteurs dérange les gouvernants : ne nous privons pas de ce plaisir !
Et pour en revenir à ce qui nous réunit aujourd’hui, l’Allemagne a déclaré la guerre à la France le 3 août 1914, et dès le 1er septembre les dirigeants de l’armée de notre pays ont commencé à fusiller pour l’exemple. Et pas n’importe qui :
A commencer par Frédéric Henri Wolff : fils d’un officier du 69e régiment d'infanterie, il avait fait ses études au prytanée de La Flèche (un lycée militaire) puis St Cyr et était lui-même officier.
Décoré de la Légion d'honneur, médaillé du Tonkin et chevalier de l'ordre du Dragon d'Annam, le 25 août 1914 il est à la tête du 4e bataillon du 36e régiment d'infanterie coloniale. Il tente de se rendre pour épargner ses hommes. Il est condamné par le conseil de guerre du quartier général de la IIe armée le 1er septembre 1914 à la peine de mort avec dégradation militaire. Il est également rayé des cadres de la Légion d'honneur et du Dragon de l'Annam pour tentative de capitulation et de provocation à la fuite en présence de l'ennemi. Il avait 45 ans. Une demande de réhabilitation est déposée en 1933. En 2015, il n’est toujours pas réhabilité. Ce fut le premier fusillé « pour l'exemple ».
On a pu dire que plus l’état-major est incompétent, plus il y a de fusillés.
Il existe pourtant des militaires de haut rang, des officiers généraux, qui ont pris conscience des horreurs que l’Etat leur demandait de commettre. Ainsi, le général Jacques de BOLLARDIERE, trop jeune pour avoir participé à la première guerre puisqu’il n’avait que 11 ans à l’armistice, a-t-il remarqué :
« La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain. »
« Le mythe c’est l’armée défendant la communauté française dans ce qu’elle a de meilleur : la réalité, c’est l’armée traumatisant toute une jeunesse française, qui est l’avenir de cette communauté. Avec mon conditionnement d’officier d’active, fils d’une famille de militaires, il m’a fallu arriver jusqu’à un certain seuil pour accomplir cette démystification. Sans le savoir, je m’acheminais vers la non-violence, ayant compris, à travers le langage des faits, que la voie de la violence était une voie sans issue ».
Mais il était bien seul dans sa démarche.
Et donc, mes chers camarades, aucun progrès depuis 2012. Faudra-t-il attendre le prochain président de droite en 2017 pour espérer voir aboutir nos demandes ? En tous cas, nous serons encore à nouveau présents l’an prochain au même endroit pour clamer notre soif de justice.
Comment ne pas terminer en évoquant Boris VIAN :
…S’il faut verser son sang,
Allez verser le vôtre,
Vous êtes bon apôtre,
Monsieur le Président.
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer.
Vivent les fusillés pour l’exemple ! A bas toutes les armées !
Et ce n'est pas fini...