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Le blog de Bernard SARLANDIE

Antipodes

24 Mars 2026, 11:43am

Publié par Bernardoc

Atteintes antipodes et vous îles lointaines
Dans mes rêves d’enfant jetées loin devant moi,
Rêveuses vahinés, glaciers profonds, forêts hautaines,
M’y voici homme fait, l’avenir derrière moi.

Je m’étais figuré de fabuleux domaines
Peuples d’animaux fous où les riants émois
D’heureux peuples oubliés au fond de leurs Edens
Volaient au gré des vents ondoyant leurs trémois.

J’ai vu des terres marines, patries de peuples braves
Travaillant au milieu des geysers et des laves
Libres des continents qui les ont exilés

Mes rêves en vieillissant plus vrais sont devenus
Et plus libres, et mon âme qui les voit défiler
Retient l’amer plaisir d’abolir l’inconnu.

Christian MEGRELIS, 2008

Et ce n’est pas fini...

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Alabama des chiens

23 Mars 2026, 11:10am

Publié par Bernardoc

il y avait l’homme Blanc
il y avait l’homme Noir
il y a maintenant les Chiens
les chiens aboyant dans Alabama…

quelque part dans Birmingham des enfants ne chantent plus
les blues de la faim de la faim de vivre enfin
Birmingham est une prison une nuit de portes de fer
rabattues sur des corps noirs comme un verrou de braise
Birmingham est lieu de mort la lèpre noire est déclarée
rentrez madame vos toutous et vos caniches
les molosses vont sauter aux poignets et mordre dans les jambes
déchirer les dos baver contre les ventres laver la ville
ternir les miroirs nègres jusqu’à l’image de peur…

et pourtant dans ces miroirs leurs yeux du souvenir
pas très loin dans autrefois vivait Mindanao
brûlait Guadalcanal flambait Tassafong
en ce temps là le sang fuyait également
la peau roussissait également
l’abîme s’ouvrait également
en ce temps là un seul et même doigt
libérait le chien des fusils…

Amérique quelque chose rôde autour de toi
pétri du sang de peau et de vertige
des blues se préparent qui seront alléluias
Amérique ne force pas la naissance d’un Chaka
n’appelle pas d’étranges sortilèges
car les nègres Amérique les nègres vont sortir…

Edouard J. MAUNICK

Et ce n’est pas fini...

 

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J’aime la solitude

22 Mars 2026, 09:08am

Publié par Bernardoc

J’aime la solitude
Quand les mots se voilent
Quand le silence chérit le murmure des étoiles

J’aime la solitude
Quand elle m’enveloppe de sa tendresse
L’esprit libéré des dictatures de la sagesse

J’aime la solitude
Elle seule connaît la vérité
Aux haillons de fortune, je préfère la nudité

J’aime la solitude
Mère de renaissance
Cousine de l’abandon néanmoins sœur de résilience

J’aime la solitude
Quand elle m’absout de l’œil humain
Et m’épargne le supplice des molles poignées de main

J’aime la solitude
Elle renforce mon armure
Quand l’amour haineux use de fers souillés

J’aime la solitude
Celle du voyageur
Seul…
Mais dont le sourire inonde le monde entier

Jérôme MATIN, 2021

Et ce n’est pas fini...

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Gavroche du crayon

21 Mars 2026, 11:53am

Publié par Bernardoc

A Cabu

Il est mort, le rieur, les doigts pleins d’encre
Gavroche du crayon, espiègle diablotin
Qui croquait la bêtise de sa plume épicée.
Son regard, lampion contre l’obscurantisme
S’est éteint ce matin. Ravivons la lumière
Nulle voix ne va jamais se taire
Face à la barbarie encagoulée.
Debout les vivants !
Aucune peur ne musellera nos paroles :
Sans bâillon ni camisole,
Par un cri accordé à nos gorges éraillées
D’une seule et même voix clamons :
Le rire vole plus haut que les plombs !
Rions, rions de l’ignorance crasse
Des fanatismes de tout poil.
Poètes, affûtons nos crayons
Osons être plus audacieux en créant
Ce rien et ce tout qui se nourrit d’âme
Et qui fait vivre intensément.

Michelle GRENIER

Et ce n’est pas fini...

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Far-niente

20 Mars 2026, 08:47am

Publié par Bernardoc

Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

Théophile GAUTIER, Premières Poésies

Et ce n’est pas fini...

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Liberté

19 Mars 2026, 17:49pm

Publié par Bernardoc

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul ELUARD

Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)
Au rendez-vous allemand (1945, Les Éditions de Minuit)

Et ce n’est pas fini...

 

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Citoyenne Libellule

18 Mars 2026, 08:48am

Publié par Bernardoc

Rebelle silencieuse
délicate comme de la dentelle
enrobée de lumière
ton corps doré-bourbier
du reflet de ta rivière

Hausser les ailes turquoises verdoyantes !
Tu veux exploser, cracheuse du feu d’artifice!

Tu en as marre du tremblement incessant
Dans ton âme amoureuse, terminé le silence patient.

Ne voltige plus,
voler loin
caresser les vents du Nord
utiliser les nuages
pleurer tout ce que tu veux
hurler à faire peur.

Il faut prévenir La Terre
de la défaillance finale.
Plus jamais d’impitoyable loi de silence.
Chantonner, bourdonner,
rigoler jusqu’au retour
à ta chère rivière.
Ta voix retrouvée
dans une sagesse transparente.

Chloé DOUGLAS, 2014

Et ce n’est pas fini...

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Chien errant

17 Mars 2026, 10:04am

Publié par Bernardoc

Il essaie des fois de défaire ce nœud
Essentiel, sa force, sa faiblesse
Une couronne imaginaire posée sur la tête,
Une brioche croquée dans la pénombre,
Loin du regard des autres

Le soleil brille sur lui
Il ne le voit pas

L’estragon de son hémisphère,
Il pourrait laisser ses bagages derrière lui
Et aller dans les roses de son enfance
Embrasser le sable des jours oubliés

Pourquoi se cache-t-il quand le vent se lève ?
Ses poches sont vides de toute façon.
Le chien errant en lui le suit depuis toujours
Mais n’a jamais la force pour le rattraper

Son ciel de l’absolu est entouré d’horizons
Mais il l’écarte, un mensonge démenti

Installé confortablement sur son canapé
Au milieu d’un champ de poussière
Il ne vit que la moitié de son existence

Jules DELAVIGNE, 2006

Et ce n’est pas fini...

 

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Byzance, mon berceau

16 Mars 2026, 16:00pm

Publié par Bernardoc

ODE III.

BYZANCE, mon berceau, jamais tes janissaires
Du Musulman paisible ont-ils forcé le seuil ?
Vont-ils jusqu’en son lit, nocturnes émissaires,
Porter l’épouvante et le deuil ?

Son harem ne connaît, invisible retraite,
Le choix, ni les projets, ni le nom des visirs.
Là, sûr du lendemain, il repose sa tête,
Sans craindre au sein de ses plaisirs,

Que cent nouvelles lois qu’une nuit a fait naître,
De juges assassins un tribunal pervers,
Lancent sur son réveil, avec le nom de traître,
La mort, la ruine, ou les fers.

Tes mœurs et ton Coran sur ton sultan farouche
Veillent, le glaive nu, s’il croyait tout pouvoir ;
S’il osait tout braver ; et dérober sa bouche
Au frein de l’antique devoir.

Voilà donc une digue où la toute-puissance
Voit briser le torrent de ses vastes progrès !
Liberté qui nous fuis, tu ne fuis point Byzance ;
Tu planes sur ses minarets !

André CHENIER

Et ce n’est pas fini...

 

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Des mots…

15 Mars 2026, 08:18am

Publié par Bernardoc

Des mots dans l’infamie
Des mots dans le mépris

La parole en filature
Pour redresser les tordus
Qui osent encore espérer

Des mots pour secouer
Des mots pour diviser

La parole en villégiature
Pour tresser l’ennui
Contre ceux qui osent encore rêver

Des mots pour soumettre
Des mots pour démettre

La parole entre parenthèses
Et imposer le silence
Contre le bruit des consciences

Dominique BLANCHEMAIN, 2017

Et ce n’est pas fini...

 

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