Atteintes antipodes et vous îles lointaines
Dans mes rêves d’enfant jetées loin devant moi,
Rêveuses vahinés, glaciers profonds, forêts hautaines,
M’y voici homme fait, l’avenir derrière moi.
Je m’étais figuré de fabuleux domaines
Peuples d’animaux fous où les riants émois
D’heureux peuples oubliés au fond de leurs Edens
Volaient au gré des vents ondoyant leurs trémois.
J’ai vu des terres marines, patries de peuples braves
Travaillant au milieu des geysers et des laves
Libres des continents qui les ont exilés
Mes rêves en vieillissant plus vrais sont devenus
Et plus libres, et mon âme qui les voit défiler
Retient l’amer plaisir d’abolir l’inconnu.
il y avait l’homme Blanc
il y avait l’homme Noir
il y a maintenant les Chiens
les chiens aboyant dans Alabama…
quelque part dans Birmingham des enfants ne chantent plus
les blues de la faim de la faim de vivre enfin
Birmingham est une prison une nuit de portes de fer
rabattues sur des corps noirs comme un verrou de braise
Birmingham est lieu de mort la lèpre noire est déclarée
rentrez madame vos toutous et vos caniches
les molosses vont sauter aux poignets et mordre dans les jambes
déchirer les dos baver contre les ventres laver la ville
ternir les miroirs nègres jusqu’à l’image de peur…
et pourtant dans ces miroirs leurs yeux du souvenir
pas très loin dans autrefois vivait Mindanao
brûlait Guadalcanal flambait Tassafong
en ce temps là le sang fuyait également
la peau roussissait également
l’abîme s’ouvrait également
en ce temps là un seul et même doigt
libérait le chien des fusils…
Amérique quelque chose rôde autour de toi
pétri du sang de peau et de vertige
des blues se préparent qui seront alléluias
Amérique ne force pas la naissance d’un Chaka
n’appelle pas d’étranges sortilèges
car les nègres Amérique les nègres vont sortir…
Il est mort, le rieur, les doigts pleins d’encre
Gavroche du crayon, espiègle diablotin
Qui croquait la bêtise de sa plume épicée.
Son regard, lampion contre l’obscurantisme
S’est éteint ce matin. Ravivons la lumière
Nulle voix ne va jamais se taire
Face à la barbarie encagoulée.
Debout les vivants !
Aucune peur ne musellera nos paroles :
Sans bâillon ni camisole,
Par un cri accordé à nos gorges éraillées
D’une seule et même voix clamons :
Le rire vole plus haut que les plombs !
Rions, rions de l’ignorance crasse
Des fanatismes de tout poil.
Poètes, affûtons nos crayons
Osons être plus audacieux en créant
Ce rien et ce tout qui se nourrit d’âme
Et qui fait vivre intensément.
Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.
Rebelle silencieuse
délicate comme de la dentelle
enrobée de lumière
ton corps doré-bourbier
du reflet de ta rivière
Hausser les ailes turquoises verdoyantes !
Tu veux exploser, cracheuse du feu d’artifice!
Tu en as marre du tremblement incessant
Dans ton âme amoureuse, terminé le silence patient.
Ne voltige plus,
voler loin
caresser les vents du Nord
utiliser les nuages
pleurer tout ce que tu veux
hurler à faire peur.
Il faut prévenir La Terre
de la défaillance finale.
Plus jamais d’impitoyable loi de silence.
Chantonner, bourdonner,
rigoler jusqu’au retour
à ta chère rivière.
Ta voix retrouvée
dans une sagesse transparente.
Il essaie des fois de défaire ce nœud
Essentiel, sa force, sa faiblesse
Une couronne imaginaire posée sur la tête,
Une brioche croquée dans la pénombre,
Loin du regard des autres
Le soleil brille sur lui
Il ne le voit pas
L’estragon de son hémisphère,
Il pourrait laisser ses bagages derrière lui
Et aller dans les roses de son enfance
Embrasser le sable des jours oubliés
Pourquoi se cache-t-il quand le vent se lève ?
Ses poches sont vides de toute façon.
Le chien errant en lui le suit depuis toujours
Mais n’a jamais la force pour le rattraper
Son ciel de l’absolu est entouré d’horizons
Mais il l’écarte, un mensonge démenti
Installé confortablement sur son canapé
Au milieu d’un champ de poussière
Il ne vit que la moitié de son existence
BYZANCE, mon berceau, jamais tes janissaires
Du Musulman paisible ont-ils forcé le seuil ?
Vont-ils jusqu’en son lit, nocturnes émissaires,
Porter l’épouvante et le deuil ?
Son harem ne connaît, invisible retraite,
Le choix, ni les projets, ni le nom des visirs.
Là, sûr du lendemain, il repose sa tête,
Sans craindre au sein de ses plaisirs,
Que cent nouvelles lois qu’une nuit a fait naître,
De juges assassins un tribunal pervers,
Lancent sur son réveil, avec le nom de traître,
La mort, la ruine, ou les fers.
Tes mœurs et ton Coran sur ton sultan farouche
Veillent, le glaive nu, s’il croyait tout pouvoir ;
S’il osait tout braver ; et dérober sa bouche
Au frein de l’antique devoir.
Voilà donc une digue où la toute-puissance
Voit briser le torrent de ses vastes progrès !
Liberté qui nous fuis, tu ne fuis point Byzance ;
Tu planes sur ses minarets !