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In Marianne du 20 décembre 2024
Ce mercredi 18 décembre, Nicolas Sarkozy a été définitivement condamné pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire Bismuth à trois ans d'emprisonnement, dont un ferme, après un rejet de son pourvoi par la Cour de cassation. Toutefois, l'ancien président a bénéficié d'un aménagement de peine, sous la forme d'une détention à domicile sous surveillance électronique, et ne mettra donc pas un pied en cellule. Quels sont les profils concernés par ce dispositif ? Comment est-il contrôlé ? « Marianne » répond aux questions sur le fonctionnement du bracelet électronique.
Tout premier ancien chef de l’État condamné à une peine de prison ferme, Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable de corruption et trafic d’influence par la Cour de cassation, ce mercredi 18 décembre, qui a rejeté son pourvoi dans l’affaire Bismuth. S’il a écopé de trois ans d’emprisonnement dont un ferme, dans les faits, l'ex-président de la République ne mettra pas un pied dans un centre pénitentiaire. Pour cause, le condamné a bénéficié d’un aménagement de peine, sous la forme d’une détention à domicile sous surveillance électronique.
Autrement dit, Nicolas Sarkozy devra porter à la cheville un bracelet électronique pendant une année. Créé par la loi du 19 décembre 1997, ce dispositif est de plus en plus accordé par les juges, qui voient en cette mesure une solution pour pallier la surpopulation carcérale. Rappelons qu’au 1er septembre dernier, les prisons françaises comptaient 78 969 personnes incarcérées, avec une densité carcérale globale de 127,3 %. Profils concernés, contrôle, politiques condamnés… Marianne revient sur les questions qui se posent autour du fonctionnement du bracelet électronique.
Quels profils et quelles peines peuvent être concernés par la détention à domicile sous surveillance électronique ?
Il n’y a pas de causalité entre une infraction et l’ordonnance du port d’un bracelet électronique, qui s’impose pour certaines situations juridiques. En effet, pour les condamnations allant de un à six mois, le juge des libertés a l’obligation d’aménager la peine. Trois options sont alors possibles : la semi-liberté, le placement extérieur ou la détention à domicile sous surveillance électronique.
Pour les peines de prison ferme allant de six à douze mois, l'aménagement de la peine est laissé à la libre appréciation du juge de l’application des peines en fonction du profil de la personne condamnée. Dès le passage devant le tribunal, lorsque le procureur requiert une peine d’emprisonnement ferme, l’avocat peut formuler cette demande – comme l’a fait le conseil de Nicolas Sarkozy lors du procès. En revanche, si la durée de la peine est supérieure à un an, aucun aménagement n'est possible.
A noter que le bracelet électronique peut également être accordé à des détenus en fin de peine, dans les cas où le cumul des peines restantes est inférieur ou égal à 2 ans, ou dans le cas d’une remise en liberté après une longue période de détention.
Aujourd’hui, ce dispositif constitue l’aménagement de peine le plus courant et le plus accordé par les juges en France. Au 1er novembre 2024, 15 591 personnes portaient un bracelet électronique, sur un total de 96 569 personnes écrouées, selon les chiffres du ministère de la Justice. Un chiffre en constante augmentation ces dernières années, puisqu’en 2022, 14 719 condamnés en ont bénéficié, contre 10 620 en 2019.
Quel est le fonctionnement d’un bracelet électronique ?
Le bracelet électronique est vissé à la cheville du condamné, généralement au greffe de l’établissement pénitentiaire ou au service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP). En parallèle, un surveillant installe dans le logement de la personne écrouée un boîtier, relié à la ligne téléphonique et permettant de localiser le bracelet.
C’est au juge de l’application des peines de déterminer les modalités de la détention, comme les horaires de sortie du domicile. Généralement, ces dernières sont fixées entre 8 et 19 heures pour permettre au condamné de se rendre à son travail.
Sur son site, le ministère de la Justice indique qu’outre l’exercice d’une activité professionnelle, une personne placée sous surveillance électronique peut suivre une formation professionnelle, bénéficier d’un suivi médical, passer les portiques de sécurité d’un magasin sans que le bracelet ne déclenche l’alarme et même se doucher avec.
Une fois le dispositif mis en place, comment est-il contrôlé ?
Si le condamné n'est pas chez lui aux horaires fixés, une alerte se déclenche et directement transmise à un surveillant pénitentiaire, alors chargé d’appeler au domicile de la personne pour confirmer – ou non – sa présence. Un compte rendu d’incident, transmis au juge, au procureur de la République et au SPIP, est également rédigé par un agent du centre de surveillance.
Par ailleurs, la bonne application du dispositif est contrôlée par le SPIP, dont les membres peuvent décider de convoquer le condamné ou se rendre à son domicile. Toute tentative d’enlever, de casser ou de détériorer le bracelet électronique ou le boîtier peut entraîner des poursuites judiciaires, pouvant aller jusqu'à l'incarcération.
Quels autres politiques ont été condamnés à la détention à domicile sous surveillance électronique ?
Condamnés à trois ans de prison ferme et dix ans d’inéligibilité pour fraude fiscale en mars 2020, Isabelle et Patrick Balkany ont bénéficié, en raison de leur âge supérieur à 70 ans, de cet aménagement de peine. Rappelons qu’entre 2019 et 2020, l’ancien maire de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) avait été incarcéré cinq mois tandis que son épouse a toujours évité la prison pour raisons de santé. Toutefois, en 2022, la justice a révoqué le placement sous bracelet électronique des époux Balkany, en raison de multiples manquements à leurs obligations judiciaires.
Et ce n’est pas fini...
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